Dépression de l’adolescent : les premières recommandations de la HAS

Dépression de l’adolescent : les premières recommandations de la HAS

16.12.2014
  • 1418748735573784_IMG_144225_HR.jpg

La Haute Autorité de santé (HAS) vient de publier ses premières recommandations de bonnes pratiques pour le repérage, le diagnostic et la stratégie de prise en charge de la dépression de l’adolescent par les médecins du premier recours.

Selon les auteurs, près de 8 % des adolescents entre 12 et 18 ans souffriraient d’une dépression, et constitueraient une cible très difficile à dépister. L’adolescent manifeste en effet sa souffrance différemment des adultes. Sa dépression peut être confondue avec les sentiments de déprime, courants dans cette période de la vie, et les médecins peuvent ainsi être amenés à confondre un épisode dépressif caractérisé (EDC) avec la « crise d’adolescence ».

Des somatisations fluctuantes et trompeuses

Les recommandations insistent donc sur les méthodes de repérage et sur l’évaluation de la souffrance dépressive. Les médecins généralistes sont particulièrement concernés par ces publications car ils constituent la spécialité privilégiée par les adolescents.

Chez l’adolescent, la dépression n’a pas de symptômes très spécifiques et se caractérise par des comportements et des somatisations fluctuantes et trompeuses comme l’irritabilité et l’agressivité. Il est donc recommandé de questionner directement l’adolescent en l’aidant à exprimer ses ressentis.

Plus faciles à identifier, les crises suicidaires peuvent se manifester par un sentiment de désespoir, d’impasse, d’avenir bouché, de perte du sens de la vie, de culpabilité et de dénégation de soi. Les auteurs attirent aussi l’attention sur les adolescents qui se désinvestissent des liens familiaux, qui font preuve d’une rage incontrôlée ou d’un sentiment de revanche ou d’une altération de la conscience de soi.

Deux questionnaires validés

Pour aider au repérage ou soutenir la relation thérapeutique, les médecins peuvent s’appuyer sur le questionnaire ADRS validé pour la détection d’un EDC et sur le questionnaire TSTS-CAFARD, plus adapté à la problématique suicidaire. Le diagnostic doit reposer sur l’association de symptômes, d’une souffrance cliniquement significative et d’un retentissement sur le fonctionnement. Les symptômes doivent durer au moins 15 jours et être au nombre de 5, comprenant un des deux symptômes cardinaux : humeur dépressive ou perte d’intérêt. Dans ce cas-là, le médecin peut envisager une consultation dédiée.

Une approche en quatre phases

La HAS détaille les spécificités d’une telle consultation et recommande de garder une approche empathique et collaborative centrée sur l’adolescent qui doit être considéré comme un individu singulier capable de participer autant que possible. La HAS estime nécessaire de passer par 4 phases. La première phase inclut les parents, afin d’explorer les comportements somatiques, l’histoire du sujet et la dynamique familiale. La deuxième phase se déroule uniquement en présence de l’adolescent qui a ainsi la possibilité de révéler sa souffrance interne, d’aborder sa vie relationnelle ainsi que ses conduites à risque.

Un examen somatique constitue la troisième phase tandis que la restitution à l’adolescent et à sa famille constitue la quatrième et dernière phase. C’est à ce moment-là que le médecin doit définir des objectifs thérapeutiques et une stratégie de soins claire et adaptée à l’âge developpemental et aux circonstances. La stratégie pouvant se limiter, dans un premier temps, à la construction d’une alliance thérapeutique. Le médecin doit prendre des précautions, notamment en ce qui concerne les règles de confidentialités vis-à-vis des parents à définir clairement avec le patient.

Les psychotropes en dernier recours

Les recommandations dressent un panorama détaillé des types de prise en charge : le suivi somatique, la thérapie relationnelle et les traitements psychotropes. Si après 4 à 8 semaines de psychothérapie, les symptômes persistent, la prise en charge médicamenteuse pourra être envisagée uniquement en association avec une psychothérapie. Enfin, l’hospitalisation est réservée à certaines situations graves, lorsque le risque de passage à l’acte suicidaire est imminent ou si le contexte familial est défavorable. En dehors de l’urgence, c’est un psychiatre ou un pédopsychiatre qui doit évaluer cette possibilité.

Damien Coulomb
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 9 Commentaires
 
20.12.2014 à 09h28

« Ce n'est pas pour râler, mais la HAS ferait bien de considérer le petit déjeuner des ces pauvres ado, sans oublier leur hydratation (catastrophique, ils n ont pas le temps) ... Sans oublier l'extinc Lire la suite

Répondre
 
Raphaël L Médecin ou Interne 17.12.2014 à 12h13

« Arf, l'HAS et ses "recommandations".... Faudrait peut-être aller sur le terrain pour voir comment çà se passe... Les Ados "déprimés" sont en rupture avec l'environnement (famille, travail, tout ce q Lire la suite

Répondre
 
17.12.2014 à 17h07

« Je suis médecin et le fils d'un ami, s'est confié à moi, j'ai pu le faire parler et rentrer dans leur groupe pourtant très fermé; 1érement parler leur langage, 2émement être accepté.
le langage ado Lire la suite

Répondre
 
22.12.2014 à 12h55

« Exacte description de la vraie vie de l'ado en rupture avec leurs croutons. Ce sont les copains qui peuvent parfois tirer la sonnette d'alarme. C'est rare. »

Répondre
 
17.12.2014 à 10h11

« Et le rendez vous à 4-6 mois avec le psychothérapeute ? Solitude, solitude... »

Répondre
 
17.12.2014 à 08h54

« Ah oui, bien vu. Indifférence sociale ET abrutissement organisée des enfants comme de ceux censés les soigner. »

Répondre
 
16.12.2014 à 22h47

« Indifférence sociale ou abrutissement organisé ? »

Répondre
Voir tous les commentaires

Commentez

Vous devez être inscrit ou abonné pour commenter un article et réagir. Pour rappel, la publication des commentaires est réservée aux professionnels de santé.

A la une

add

Climat et santé : le CNOM appelle les médecins à sensibiliser leurs patients

pollution

« Les médecins sont les premiers à prendre en charge les conséquences du changement climatique sur la santé de leurs patients. Ils doivent p... 4

Les libéraux de l'UNPS cherchent des alternatives au tiers payant généralisé

tiers payant

Discuter avec le gouvernement d'une alternative au tiers payant généralisé ? L'Union nationale des professionnels de santé (UNPS) n'est pas... 9

A découvrir
l'annuaire du-diu
GUIDE PHARMA SANTE

Le Guide Pharma Santé regroupe l’ensemble des informations et points de contacts des entreprises du monde de la Santé.

Consulter
imageagenda

Retrouvez tous les évènements
et congrès à venir

Consulter