Coca-Cola combat l’obésité par la publicité

Coca-Cola combat l’obésité par la publicité

16.06.2014
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Et si on vous demandait de payer votre Coca non pas avec de l’argent, mais en faisant 23 minutes de vélo pour éliminer les 140 calories que contient chaque canette ? Idée saugrenue, mais probablement intéressante en termes de santé publique, n’est-ce-pas ?

Et bien c’est exactement ce que font les acteurs de la publicité récemment mise en ligne par le leader mondial du soda : au bord de la mer, dans une ambiance festive toute en rouge et blanc, de jeunes gens pédalent sur fond de musique de foire, encouragés par un public enthousiaste. Leurs vélos actionnent une machinerie complexe, et leurs efforts sont matérialisés par un compteur : plus le nombre de calories qu’ils brûlent se rapproche de la barrière des 140, plus la précieuse canette progresse vers eux.

À la fin de l’exercice, dans une explosion de joie, ils se saisissent de leur butin et se désaltèrent goulûment. Le message est clair : puisqu’il peut être extrêmement drôle de perdre 140 calories, pourquoi se priver du plaisir que procure un bon

Coca bien frais ?

Cette offensive de charme de la part du géant des boissons sucrées fait partie d’une vaste stratégie destinée à promouvoir l’activité physique : comme le souligne dans une lettre au Lancet daté du 14 juin Thiago Hérick de Sá, de l’Université de Sao Paulo, Coca-Cola était même le sponsor principal du 5e Congrès International sur l’activité physique et la santé publique, organisé à Rio de Janeiro en avril 2014.

Il faut dire que la compagnie américaine se trouve actuellement sur la sellette et a besoin de reprendre la main. Michele Simon, une avocate américaine spécialiste de la santé publique citée par l’Associated Press, pense que la vidéo aux 140 calories pourrait être liée à la récente parution du documentaire « Fed-up », qui critiquait le rôle de l’industrie agroalimentaire dans l’épidémie d’obésité.

Coca-Cola doit également combattre des initiatives des pouvoirs publics qui menacent ses affaires, comme la réintroduction il y a quelques semaines par la ville de New York de la tentative d’interdire les boissons sucrées de grand format, ou encore comme l’imposition au début de l’année par le gouvernement mexicain d’une taxe sur les sodas.

Un message trompeur

Impossible de savoir à l’heure actuelle si cette publicité aura une influence positive sur l’image de la marque auprès des consommateurs et des pouvoirs publics. Mais pour le Pr Serge Hercberg, directeur du Programme national Nutrition Santé interrogé par « le Quotidien », le message qu’elle véhicule peut être trompeur car elle laisse supposer que 23 minutes d’activité physique peuvent régler le problème de la consommation de sodas.

Or, même sans consommer de Coca, il faudrait pratiquer une activité physique régulière. Dénonçant ce qu’il appelle un « pseudo alibi de dédramatisation », le chercheur rappelle que « les boissons sucrées, ce ne sont pas que des calories, ce sont des « calories vides », sans aucun intérêt sur le plan nutritionnel ».

Attention, avertit le Pr Hercberg, cela ne signifie pas qu’il ne faut pas boire de Coca du tout. D’après lui, ce qui pose problème, c’est avant tout la consommation excessive chez certaines populations et notamment chez les enfants. C’est pourquoi le chercheur plaide pour l’introduction d’un étiquetage des produits simple et compréhensible, permettant aux consommateurs de connaître facilement la valeur nutritionnelle des aliments qu’ils achètent, comme cela a récemment été préconisé par un collectif d’associations et de sociétés savantes.

D’après le Pr Hercberg, si un tel affichage était mis en place, le Coca-Cola se retrouverait probablement dans la pire des catégories. Cela pourrait d’après lui avoir un double effet : détourner les clients vers des produits plus sains d’une part, et inciter les industriels à réduire la teneur en sucre de leurs produits d’autre part. Car avec ses 35 grammes de glucides, chaque canette de 33 cl du soda le plus vendu au monde contient l’équivalent de 7 morceaux de sucre. En enlever quelques-uns ne peut pas faire de mal… et permettrait à ceux qui tiennent absolument à compenser leur consommation par le sport de pédaler un peu moins de 23 minutes.

Adrien Renaud
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 1 Commentaire
 
16.06.2014 à 20h09

« Il s'agit là d'une gigantesque escroquerie, où l'empoisonneur est le 1er à faire croire qu'il est le N° 1 de la lutte contre les troubles qu'il a lui-même tant contribué (et ça continue) à favoriser Lire la suite

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