Hébert, étudiant en médecine « n’était pas un héros » mais…

Hébert, étudiant en médecine « n’était pas un héros » mais…

19.04.2014
  • Jacques Hebert

« Il démissionna de l’armée (…) et décida de reprendre ses études de médecine. On était en 1946, il avait bientôt 26 ans et devait achever ses examens de première année, interrompue en 1940.  Un spécialiste d’embryologie se moqua de ses états universitaires.
– Eh bien, mon vieux, vous en avez mis du temps pour faire votre première année !
– Il y a eu la guerre, monsieur, bafouilla Jacques, rouge de colère. »

Pendant tout ce « temps », comme disait le mandarin, le jeune homme était passé par Londres, Dakar, la Sierra-Leone, le Cameroun, le Gabon, l’Afrique du Sud, Suez, la Palestine, la Syrie, Beyrouth, El-Alamein, Tunis, Casablanca, le Royaume-Uni… Il avait participé à la libération de Paris puis était reparti pour les Vosges, l’Alsace, la Bavière enfin.
Il avait eu un certain nombre d’os brisés et rafistolés, avait croisé et recroisé de Gaulle (« le grand Charlot », dit-il aujourd’hui), le général Montgomery, le général Leclerc…

Ce « Jacques », c’est Jacques Hébert, Compagnon de la Libération.  Le récit de son destin hors du commun ouvre le livre « Nous n’étions pas de héros »*, dans lequel le journaliste Benoît Hopquin retrace, à partir de témoignages recueillis « à l’automne de leur existence », les trajectoires incroyables de 14 membre de « l’ordre »**.
Si la médecine n’explique pas l’engagement de Jacques Hébert (le bachelier « s’inscrivit par défaut » dans la filière), elle préside à certaines bifurcations de sa vie, éclaire d’une lumière particulière ses cinq années de guerre ainsi que son retour difficile à des jours « normaux ».

Les combats

Ainsi, arrivé à Londres, et convoqué à l’Olympia Hall, alors centre de recrutement de la France libre, le jeune Jacques Hébert, une fois signé son acte d’engagement, hésite… puis « se dit que la mécanique était ce qui se rapprochait le plus de l’anatomie » et opte pour… les chars.

Plus tard, aux portes de Damas, Jacques Hébert se retrouve – dans un char, donc – à faire équipe avec un autre étudiant en médecine de 22 ans, Claude Rodébat. Le blindé est touché, renversé, les deux tankistes se réfugient dans un marais où ils sont cueillis par un barrage d’artillerie. Claude Rodébat est tué sur le coup. Baptême du feu entre carabins.

Dans certains cas, l’œil du futur médecin n’est d’aucune utilité. Jacques Hébert évoque ainsi son ami Gavardie : « Un obus allemand avait percé le blindage de son char, sans exploser, pendant la campagne d’Alsace. Avec l’inertie, il avait tourné à l’infini dans l’habitacle. Quand un camarade est entré, il ne restait qu’une pâte rose sur la paroi intérieure. »

La paix comme une réadaptation

Comment un jeune homme vit-il la fin brutale de cinq années de bruit et de fureur ? Assez mal, comprend-on. « Se faire » à la paix s’avère quasi impossible pour Jacques Hébert. « Pas à la paix en tant que telle, non bien sûr, plutôt au retour de la médiocrité, de l’étroitesse du quotidien qu’elle drainait dans son sillage », écrit Benoît Hopquin.

La petitesse d’esprit se retrouve aussi en faculté de médecine où les décorations du « Compagnon » ne lui valent aucun traitement de faveur.
Il y a cette anecdote : « Un jour, des carabins glissèrent des testicules et des oreilles dans son imperméables. Jacques les rossa. Les blagueurs lui reprochèrent son manque d’humour. Que pouvaient-ils comprendre, ces petits cons, des images qui le poursuivaient ? »

Reproche vivant

Il y a, surtout, ce déphasage, trop profond : « À l’hôpital, où il était en internat, il retrouva des camarades de 1940. Ils avaient continué leurs études, étaient devenus médecins, chirurgiens parfois. Ils le traitaient avec condescendance.(…) Seul un ancien ami devenu pharmacien éprouva de la culpabilité et lui dit un jour : "Je ne veux plus te voir, Jacques. Pour moi, tu es un reproche vivant." »

Jacques Hébert deviendra médecin du travail puis se lancera en politique. Il sera maire de Cherbourg et député de la Manche. Il reviendra à la médecine au début des années 70.

* Benoît Hopquin, « Nous n’étions pas de héros », 344 p., calmann-lévy, avril 2014
** Trois autres médecins témoignent : François Jacob, Alain Gayet, Guy Chermot

K. P.
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 15 Commentaires
 
22.04.2014 à 14h09

« Cet homme est un exemple de détermination, de persévérance et de servitude !
Hommages bien mérités. »

Répondre
 
21.04.2014 à 10h38

« Diplôme signe de savoir pas d'intelligence »

Répondre
 
19.04.2014 à 23h11

« Les études de médecine ne rendent ni plus intelligent, ni plus humaniste, tout au plus aiguisent-elles la curiosité de ceux qui en sont déjà pourvus.
La médecine ne rend pas les médecins plus humain Lire la suite

Répondre
 
19.04.2014 à 19h29

« Tous les mandarins n'eurent pas cette attitude ainsi quand Interne le futur Pr Vic Dupont informa l'immense professeur Mollaret, fondateur de la réanimation médicale en France qu'il quittait son s Lire la suite

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19.04.2014 à 22h35

« Personnellement je suis lasse de ce passé à lourdement porter car actuellement il ne devient que culpabilisation de notre médiocrité... La guerre actuelle est ailleurs et dans 30 ans on écrira le mê Lire la suite

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19.04.2014 à 18h52

« Tout à fait d'accord avec Jacques Hébert sur la difficulté du retour à la vie civile. J'en ai fait la triste expérience, dans ma propre famille, au retour de 38 mois sous les drapeaux en AFN. Désola Lire la suite

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