La Chine va-t-elle arrêter d’utiliser les organes des prisonniers exécutés pour les transplantations ?

La Chine va-t-elle arrêter d’utiliser les organes des prisonniers exécutés pour les transplantations ?

11.03.2014
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« La Chine s’éloigne progressivement d’une dépendance ancienne aux prisonniers exécutés comme source principale de don d’organes », a déclaré la semaine dernière Huang Jiefu, directeur du Comité chinois de don et transplantation d’organe. Cette formulation peut sembler prudente. Elle constitue en réalité une véritable avancée... au moins pour ce qui est du discours.

Sur le sujet du don d’organe, la Chine part en effet de loin. Des pratiques traditionnelles fortement ancrées y veulent que les défunts soient incinérés ou enterrés intacts, et le pays souffre en conséquence d’une pénurie constante de greffons. La Commission nationale sur la santé et la planification familiale estime que 300 000 personnes sont actuellement en attente d’un donneur compatible. Un chiffre qui ouvre la porte à tous les trafics.

3 000 exécutions par an

Face à cette pénurie, les couloirs de la mort sont une source tentante d’approvisionnement en greffons pour les hôpitaux chinois : la Coalition internationale contre la peine de mort estime qu’environ 3 000 personnes ont été exécutées dans le pays en 2013. En 2010, Huang Jiefu, alors vice-ministre de la santé, avait admis que 90 % des organes provenant de donneurs décédés étaient prélevés sur des prisonniers exécutés.

Pour s’attaquer à cette situation souvent dénoncée par la communauté internationale, la Chine a lancé l’année dernière un programme pilote visant à promouvoir le don volontaire dans 25 provinces et municipalités. D’après M. Huang, le taux d’adhésion est actuellement de 0,2 personne pour 1 million, et le haut fonctionnaire estime que quand ce chiffre sera de 2 pour 1 million, tous les organes pourront provenir de donneurs volontaires.

Favoriser le don « volontaire » par les condamnés

Alors, est-ce la fin des prélèvements d’organes sur les condamnés à mort ? Pas encore tout à fait. Avec la politique d’encouragement au don volontaire, M. Huang cherche certes à éviter de prélever des organes sur des personnes n’ayant pas donné leur accord. Mais il s’agit d’abord, et peut-être avant tout, de lutter contre les trafics en augmentant le nombre de greffons disponibles. Face à la pénurie d’organes, la source d’approvisionnement potentielle que constituent les couloirs de la mort ne doit pas être négligée.

Le haut fonctionnaire espère donc que les condamnés aussi s’engageront dans le programme de don volontaire : « Les organes donnés par des prisonniers exécutés seront entrés dans un système informatisé pour faire en sorte que leur allocation soit juste », explique-t-il.

Avec tous les doutes que cela laisse planer sur le consentement réel des donateurs. Les parlementaires européens ne s’y sont pas trompés, et ont voté en décembre dernier une résolution où ils manifestent leur « profonde inquiétude vis-à-vis des rapports crédibles et incessants de prélèvements non consentis, systématiques et cautionnés par l’État d’organes sur des prisonniers d’opinion dans la République populaire de Chine ».

Adrien Renaud
Source : Lequotidiendumedecin.fr
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11.03.2014 à 19h23

« A quand "la FRANCE" ?? »

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