35 heures à l’hôpital : au Sénat, Touraine minimise les ravages face à la droite critique

35 heures à l’hôpital : au Sénat, Touraine minimise les ravages face à la droite critique

28.02.2014
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Douze ans après leur mise en place, quel bilan dresser des 35 heures à l’hôpital ? Le sénateur centriste Jean Arthuis a organisé un débat parlementaire sur le sujet. Droite et gauche continuent de camper sur des positions inconciliables.

Aline Archimbaud, sénatrice écologiste (EELV), reconnaît les graves difficultés de mise en place, et tente de pacifier le propos : « Inutile de se rejeter la faute ». Message peu entendu par la droite, montée au créneau pour dénoncer l’irresponsabilité de la gauche.

Gérard Larcher (UMP) présidait la Fédération hospitalière de France lorsque Martine Aubry a lancé la réforme. Son jugement est sévère. Entre 2002 et 2012, il rappelle que les médecins hospitaliers ont accumulé 2 millions d’heures supplémentaires. L’addition, réglée en 2012, a coûté 600 millions d’euros aux hôpitaux. L’affaire n’est pas réglée puisque le stock se reconstitue.

Larcher réclame une révision du temps de travail

« On a affaibli l’hôpital de manière extrêmement forte », tance Gérard Larcher. « On a mis en péril la continuité des soins », insiste-t-il, fustigeant au passage le recours coûteux à l’intérim. Et l’ancien président du Sénat de réclamer un choc de simplification de la réglementation du temps de travail. Des mots clés sont lâchés : autonomie des acteurs, assouplissement, nouveau statut pour l’hôpital.

Sur le banc, à quelques mètres de lui, se tient Marisol Touraine, droite comme un I. À la tribune, Gérard Larcher se fait sentencieux : « ll va falloir revoir l’organisation de l’hôpital. Cela passe par la révision du temps de travail. Sinon les réveils seront douloureux, et cela se fera sur le dos de la santé des Français ».

Des milliers d’embauches, mais pas autant que prévu

Lui succède Jean-Marie Bockel (UDI-UC), qui pour qualifier les 35 heures à l’hôpital, lâche aussi les grands mots : boulet au pied, fil à la patte, handicap... « La RTT a été un outil de création d’emplois dans le secteur public et parapublic », résume Bockel, avant de déplorer l’impréparation des pouvoirs publics, et l’absence de relèvement du numerus clausus. Jospin a confié que cela avait été son seul regret, rappelle le sénateur centriste, qui interpelle à son tour la ministre de la Santé : « J’espère que vos réponses seront tournées vers l’avenir, et non vers le passé ».

La communiste Laurence Cohen (CRC), sans transition aucune, appelle le gouvernement à taxer davantage les profits, à embaucher largement aux urgences et dans les services à flux tendu, et à mettre un terme aux journées de 12 heures adoptées par certains hôpitaux. « Il faut du courage politique », lance la sénatrice à ses collègues pas vraiment convaincus.

L’UMP reprend la main, par la voix de René-Paul Savary : « Les 35 heures n’ont pas amélioré les conditions de travail. Il n’y a qu’à voir l’absentéisme à l’hôpital. Notre modèle social arrive à bout de souffle ».

Touraine prête à revoir les conditions de travail, pas à supprimer les 35 heures

Marisol Touraine monte à la tribune, ses fiches dans la main. La normalienne admet que les 35 heures ont bousculé l’organisation des hôpitaux. Sans pour autant démotiver le personnel, ajoute-t-elle. Relever le numerus clausus ? À quoi bon : « Le sujet ce n’est pas le nombre, mais la répartition des médecins ». Et de lever toute ambiguïté pour l’avenir : « Je ne crois pas que ce soit par la suppression ou la remise en cause des 35 heures que nous aboutirons à la maîtrise des dépenses publiques. (...) La RTT doit être poursuivie par une amélioration de la qualité de vie au travail ».

Les conditions de travail à l’hôpital font l’objet d’une négociation en cours. Pas d’abandon des 35 heures en vue, donc, qui ont été, conclut Marisol Touraine, « une avancée sociale importante ».

Delphine Chardon
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 11 Commentaires
 
03.03.2014 à 08h46

« Ignorance et mauvaise foi; Il s'agit bien de cela comme l'ont justement fait remarquer nos Confrères. La conjugaison des deux explique la panade dans laquelle nous nous trouvons. Les 35H ont mis l'h Lire la suite

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03.03.2014 à 08h38

« Les 35 H achèvent de ruiner les hôpitaux. C'était prévisible , mais comment ne pas les appliquer au monde hospitalier, qui était déja en surcharge de travail , quand tous les autres secteurs en aur Lire la suite

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01.03.2014 à 19h32

« 35h oui pour ceux qui ne sont pas médecins, mais le problème de l’hôpital n'est-il pas celui d'une administration pléthorique qui pour justifier leur emploie ne trouve rien de mieux que de faire per Lire la suite

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01.03.2014 à 08h55

«Dans le même temps, les 35h sont appliqués à l'hôpital et les directeurs annoncent que le budget étant constitué à 70% de frais de personnel, il faut réduire le personnel.. soignant, bien sûr.»

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03.03.2014 à 18h19

« Excellent!!
Et augmenter le nombre d'administratifs en cost killers et cost trackers? »

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28.02.2014 à 23h26

"L'incurie et l'aveuglement persistant de nos "Élites politiques et administratifs" à propos du Numérus Clausus, des 35 heures, de l'éducation nationale a conduit le système de santé et l'économie
dan Lire la suite

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01.03.2014 à 11h33

«Profession : psychiatre.
Et dans ce programme d'assassinat de la médecine libérale, 3 ans pour améliorer l'accès aux cabinets médicaux, 9 ans pour la SNCF et l'état, le grand hold up des fonds de la Lire la suite

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