Infections nosocomiales : des milliers de patients potentiellement contaminés par des sondes

Infections nosocomiales : des milliers de patients potentiellement contaminés par des sondes

03.06.2013
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Les sondes échographiques endocavitaires (vaginales, rectales, transœsophagiennes) présentent de hauts risques de contamination lors d’examens médicaux, alerte l’eurodéputée Europe Écologie les Verts Michèle Rivasi. Tous les processus de désinfection des sondes, utilisées au cours des 4 millions d’examens annuels en France, ne seraient pas fiables.

D’après les recommandations du Haut conseil de la santé publique (HCSP) du 14 décembre 2007, les professionnels de santé ont le choix entre une décontamination de niveau intermédiaire (DNI) par trempage dans un désinfectant chimique ou un gaz plasma (20 minutes) ou par exposition à des ultraviolets (5 minutes) et une décontamination de niveau bas (DNB). Celle-ci suppose de recouvrir la sonde d’une gaine de protection (marquage CE) avant l’examen, puis, celui-ci terminé, de la nettoyer à l’aide de lingettes imbibées d’un désinfectant.

Une polémique qui remonte à 2007

« C’est très insuffisant », déclare au sujet de cette DNB Jean-Michel Ceretti, président de l’Association de défense des victimes d’infections nosocomiales, le LIEN. « On demande au médecin d’être vigilant sur l’intégrité de la gaine. Mais à l’œil nu, c’est difficile. D’autre part, même si la procédure est respectée, il faut faire un trempage à la fin de la journée. Ce qui signifie que le niveau de qualité baisse au fil du temps », précise-t-il.

La polémique n’est pas nouvelle. Dès la publication des recommandations fin 2007, le LIEN avait tiré la sonnette d’alarme, déplorant dans l’alternative à la DNI, un retour en arrière tandis que de nombreux pays (États-Unis, Canada, Suisse, Allemagne...) restaient sur les critères les plus exigeants.

En réponse, le cabinet de Roselyne Bachelot avait demandé en février 2008 au comité technique des infections nosocomiales et des infections liées aux soins (CTINILS) de nouveaux travaux qui, rendus à l’automne 2008, confortaient in fine le HCSP. Le LIEN avait alors demandé de nouvelles études. Un combat relayé lors des débats de 2009 sur la loi Hôpital, patients, santé et territoire, par la députée Marisol Touraine, puis, via un courrier à Roselyne Bachelot, par Jean-Marc Ayrault. En vain.

Des preuves

Des chercheurs ont présenté ce lundi de nouvelles données sur le risque infectieux des sondes d’échographie. En octobre 2012, des scientifiques des Hospices civils de Lyon (HCL)* publient dans la revue Plos One les résultats d’une étude commencée en octobre 2011 dans le service des urgences gynécologiques. Quelque 200 prélèvements sont effectués après utilisation et désinfection de la sonde selon le DNB, et 217 avant utilisation. Les risques de contamination par le papillomavirus (HPV) sont respectivement de 3 % et 2,8 %.

Les chercheurs ont aussi récupéré de l’ADN humain sur 29 % des sondes prêtes à l’utilisation, et 18 % après l’examen. « La gaine plongée dans le corps, à 37°, subit des effets thermiques, qui permettent, entre autres facteurs, le passage des virus, même lorsqu’elle n’est pas percée », explique le Dr Yahia Mekki du laboratoire de virologie des HCL.

Après une méta-analyse publiée dans le Journal of hospital infection, qui n’a pas donné de résultat significatif pour les virus, le Dr Sandrine Leroy (CHU de Montpellier, Institut Pasteur), a effectué une modélisation mathématique afin d’estimer pour différents pathogènes, le nombre de patients potentiellement infectés à la suite d’un examen. Sur 4 millions d’examens, 63 patients non infectés avant seraient contaminés par le HIV,1624, par l’hépatite B, 239 par l’hépatite C, 14 848 par le HPV, et 36 136 par le cytomégalovirus (CMV). « Nous avons mesuré les risques d’exposition à l’infection. C’est une tentative pour donner des chiffres à une réalité qui est difficilement mesurable en pratique. D’autres études doivent être conduites », commente le Dr Sandrine Leroy.

Revoir les recommandations

« Il faut repenser la position nationale et revoir les recommandations du HCSP qui n’ont jamais fait consensus. Les gaines, au marquage CE, ne sont pas forcément bien contrôlées », insiste le Dr Pierre Parneix, vice-président de la société française d’hygiène hospitalière (SF2H).

Le président de la SF2H, le Pr Philippe Berthelot, a envoyé un courrier en janvier 2013 au directeur général de la Santé, Jean-Yves Grall et à Jean Debeaupuis, directeur général de l’offre de soins pour demander une réévaluation du risque de tranmission nosocomiale par les sondes échographiques endocavitaires. Sans réponse.

Au niveau Européen, Michèle Rivasi a déposé un amendement aux règlements sur les dispositifs médicaux (qui devraient être discutés au Parlement européen à l’automne) pour obliger les fabricants à préciser le mode de décontamination de leurs sondes.

*High risk HPV Contamination of Endocavity Vaginal ultrasound Probes : an underestimated route of nosocomial infection ? Jean-Sébastien Casalegno e al.

 COLINE GARRÉ
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 3 Commentaires
 
08.06.2013 à 14h06

« Quelles sont les normes de décontamination opposables aux restaurateurs? Peut-être aurions nous des surprises si des études virologiques étaient faites sur les cuillères et les fourchettes ? Ou peut Lire la suite

Répondre
 
05.06.2013 à 17h27

« Et comment que cela est très insuffisant, connaissant les caractéristiques de ce virus ! Il faut, de plus, avoir bien formé son personnel, car, je suppose, les cabinets de radiologie étant surchargé Lire la suite

Répondre
 
03.06.2013 à 22h29

« Semmelweiss (et le lavage des mains )reste d'actualité.
A l'époque on mourrait plus d'infection puerpérale à l’hôpital qu 'en accouchant chez soi. Mieux vaut passer son examen en ville, les germes s Lire la suite

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