Le sénat italien autorise un traitement controversé à base de cellules souches adultes

Le sénat italien autorise un traitement controversé à base de cellules souches adultes

19.04.2013
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    Le sénat italien autorise un traitement controversé à base de cellules souches adultes

Le sénat italien a approuvé le 10 avril dernier « la méthode Stamina », un traitement contesté par la communauté internationale scientifique et attaquée par la revue « Nature » mais qui suscite l’espoir de dizaines de malades.

Accusée par la revue scientifique britannique « Nature » de « susciter de faux espoirs et de transformer ses patients en cobayes » en testant des thérapies à base de cellules souches mésenchymateuses, l’Italie se garde bien de répliquer. L’affaire est très compliquée, le sénat italien ayant approuvé au pas de course le 10 avril dernier, un décret-loi autorisant ce traitement, dans le cadre de certaines maladies dégénératives. Le 23 mars dernier, le ministre de la Santé avait déjà permis la poursuite du traitement à titre « compasionnelle » chez les patients ayant déjà commencé à être traité.

Un chercheur très controversé

Rebaptisée « la méthode Stamina », ce protocole médical a été développé par la fondation Stamina basée à Turin et créée en 2009 par Davide Vannoni. Diplômé en lettres et professeur de psychologie à l’université d’Udine, cet homme très controversé par la communauté scientifique, qui le qualifie de « charlatan », a concocté un cocktail à base de cellules souches avec l’aide de deux chercheurs d’origine russe et polonaise. Durant les trois dernières années, la fondation Stamina, qui n’a publié aucune donnée ni sur sa méthode ni sur ses résultats, a traité quelque 80 patients dont cinq enfants atteints d’une amyotrophie spinale (SMA).

Deux enfants sont morts durant le traitement pour insuffisance respiratoire. La santé des trois autres a rapidement empiré « comme s’ils n’avaient suivi aucun traitement », estiment les médecins qui les ont examinés à l’hôpital pédiatrique de Trieste.

L’été dernier, des échantillons de cellules utilisés par la fondation ont été analysés par les laboratoires des universités de Modène et de Reggio Calabre. Selon les résultats, les cellules souches injectées ne se sont jamais transformées en neurones.

Fraude et association de malfaiteurs

En juin 2012, l’AIFA, l’agence italienne du médicament, a décidé de bloquer les traitements à base de cellules mésenchymateuses qualifiées « d’incertains ». Auparavant, une enquête avait été ouverte par le parquet de Turin qui accuse la fondation Stamina de fraude et d’association de malfaiteurs.

Mais ces mises en cause juridique et scientifique n’ont pas découragé les dizaines de patients qui veulent bénéficier de la « méthode Stamina ». Se disant condamnés à croire en un miracle, ils sont prêts à tout pour obtenir le droit d’essayer la thérapie de Davide Vannoni. C’est le cas par exemple des parents de Gianluca Fravili, un adolescent âgé de 15 ans atteint d’une maladie de Niemmann-Pick.

En 2011, Gianluca était prêt. Admis par la fondation Stamina, il devait commencer le traitement. Mais une pneumonie a modifié la feuille de route médicale. Quelques mois plus tard, l’AIFA interdit la méthode Stamina. Les parents de l’adolescent se sont retournés immédiatement vers les tribunaux. Le juge n’a pas encore tranché. Deux familles en revanche ont obtenu gain de cause auprès des tribunaux de Venise et Reggio Calabre.

Avec la décision du sénat, les parents n’auront plus à passer par la voie juridique. « Le décret doit être approuvé par le parlement », explique Cinzia Bonfrisco qui fait partie du groupe de rapporteurs au sénat. La sénatrice berlusconienne évoque les freins que pourraient constituer « les pressions des laboratoires pharmaceutiques qui essayent de bloquer l’utilisation des cellules souches notamment aux États-Unis », ajoutant : « Trop d’intérêts économiques sont en jeu. » Reste aussi la montée au créneau de la communauté scientifique italienne qui brandit les résultats des analyses effectuées par les universités de Modène et de Reggio Calabre.

 ARIEL F. DUMONT À ROME
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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