Crise à l’hôpital de Roubaix : pourquoi la chef des urgences a jeté l’éponge

Crise à l’hôpital de Roubaix : pourquoi la chef des urgences a jeté l’éponge

21.02.2013
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Marie-Anne Babé a dit stop. Après trente années passées à la tête des urgences de l’hôpital Victor Provo de Roubaix, la médecin chef quitte l’établissement pour un autre hôpital de la région. Mais plus aux urgences. Le manque de moyens a eu raison de sa détermination.

« Voilà six mois que je réclame des postes supplémentaires, en pure perte. J’ai d’abord fait une demande directe à la direction de l’hôpital, comme tout chef de service. Je n’ai eu aucune réponse. J’ai donc monté avec mon équipe un dossier détaillé destiné à l’ARS. Pas de réponse non plus », déplore-t-elle.

Problème d’organisation ?

« Nous n’avons pas vocation à gérer les urgences de Roubaix à la place de la direction, commente Jean-Pierre Robelet, directeur général délégué à l’offre de soins de l’Agence régionale de santé (ARS). Devant le blocage de la situation, nous avons nommé un médiateur en novembre qui s’est rendu à deux reprises dans l’établissement. Il a travaillé avec les différents chefs de pôle sur la question des urgences et le projet d’établissement. Après deux semaines de rencontres, ce groupe de travail a estimé que les difficultés des urgences tenaient essentiellement à un problème d’organisation. »

Des propos qui ne convainquent pas. « Nous avons eu des interrogatoires sans fin, mais aucun médecin n’est venu aux urgences faire une garde pour voir comment cela fonctionnait sur le terrain, s’insurge Marie-Anne Babé. Ils ont regardé par le trou de la serrure et ont rendu leur avis : trop de présence la journée, et pas assez la nuit ! ».

Saturation

Les propositions de réorganisation du service des urgences ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. « Nous n’avons que vingt équivalents temps plein pour 85 000 entrées par an, argumente la chef de service démissionnaire. La fréquentation des urgences augmente pratiquement de 10 % par an et le service est saturé. Les personnes admises demandent une prise en charge plus complexe, avec une dimension sociale. Elles réclament davantage de surveillance notamment la nuit. Or, après minuit, le médecin de garde est seul. Beaucoup de services n’assurant plus de gardes, mais seulement des astreintes, nous récupérons en plus leurs urgences, ce qui représente un surcroît de travail. »

L’engorgement des urgences à l’hôpital de Roubaix est un problème récurrent. Plusieurs mesures ont déjà été prises dont l’ouverture d’une maison de santé en face de l’hôpital. Cette structure a permis de faire baisser le nombre d’entrées de malades légers aux urgences.

« Le week-end, cette aide est bienvenue car elle nous déleste de 160 patients samedi et dimanche. Mais cela ne suffit pas à absorber le flot d’entrées », déplore l’urgentiste qui ne mâche pas ses mots. « J’ai 59 ans, je suis toujours enthousiaste, j’ai une bonne équipe. Mais nous manquons de répondant. C’est un énorme gâchis. Voilà trente ans que je me bats pour les urgences de Roubaix, pour en arriver là, sous prétexte de retour à l’équilibre. Je sais que l’hôpital ne se résume pas aux urgences, mais si un service d’urgence fonctionne mal, le reste de l’hôpital ne peut pas bien fonctionner. Nous faisons bien notre travail mais nous n’avons plus la possibilité de faire le moindre projet, ni aucune vision dynamique de l’avenir. »

Arbitrages à venir

La direction fait valoir que trois postes ont été créés depuis 2010, et que les discussions étaient encore en cours pour 2013. « Un certain nombre de choix doivent être faits dans l’établissement, concernant les urgences, mais aussi la gériatrie et la pédiatrie. Toutes les ressources de l’hôpital ne peuvent pas être concentrées sur le seul service des urgences, précise Marie-Christine Paul, directrice du CH de Roubaix. Les arbitrages doivent être rendus vers la fin du premier trimestre. Mais l’augmentation des moyens doit être assortie d’une réorganisation du service, pour mieux répondre aux besoins sur des tranches horaires précises. »

Une manifestation est prévue ce vendredi devant l’établissement. Marie-Anne Babé a reçu le soutien du Dr Patrick Goldstein, patron du SMUR Nord Pas-de-Calais et de l’association des médecins urgentistes de France (AMUF). Une grève administrative des services d’urgence de la région est programmée le 19 mars.

DE NOTRE CORRESPONDANTE FLORENCE QUILLE
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 14 Commentaires
 
05.03.2013 à 20h42

« 20 équivalents temps plein pour 85000 entrées à l'hôpital. 4 urgentistes pour 32000 entrées dans ma structure privée. Cherchez l'erreur... »

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05.03.2013 à 20h39

« Et si on reparlait des 35 H à l'hôpital... dans mon établissement privé on a un service d'urgence qui assure 30 000 passages par an pour 4 urgentistes... Mais bien sur, il ne s'agit que de cas bénin Lire la suite

Répondre
 
24.02.2013 à 19h13

« Les urgentistes sont à bout de tout car il n' y a pas de perspective d'amélioration de leurs conditions de travail, bien au contraire. Tandis que dans la plupart des services de spécialité d'organes Lire la suite

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22.02.2013 à 15h37

« Les urgences … serpent de mer. En vrac et en bref : la souffrance des soignants sur le plan physique, psychologique, éthique : c’est bien sûr très grave… et … inacceptable depuis combien de temps ?! Lire la suite

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22.02.2013 à 12h25

« L'exercice médical se réduirait-il à l'hopital publique ? Avant la retraite il reste aussi et encore d'autres modes d'exercice qu'il est toujours possible d'essayer. Un ex 25 ans de PH qui ne regret Lire la suite

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