Le suicide d’un jeune de 18 ans alerte sur les dangers des réseaux sociaux virtuels

Le suicide d’un jeune de 18 ans alerte sur les dangers des réseaux sociaux virtuels

31.10.2012
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    Le suicide d’un jeune de 18 ans alerte sur les dangers des réseaux sociaux virtuels

Gauthier, 18 ans, élève de terminale professionnelle, s’est suicidé le 10 octobre à Brest, après avoir été piégé sur Facebook. L’engrenage débute sur un autre site de rencontre, Chatroulette, connu pour mettre les internautes en contact au hasard par le biais d’une caméra. Une femme aborde le jeune homme, puis parvient à se faire accepter dans sa liste d’amis sur Facebook. Elle le menace alors de diffuser à son entourage une vidéo où il apparaîtrait dénudé, s’il ne lui fait pas parvenir 200 euros. L’échange aura duré 10 minutes. Qui ont fait basculer une vie.

Selon ses parents, qui ont tenu à témoigner ce week-end dans « Ouest-France » et « Le Télégramme », pour alerter sur les dangers d’internet, Gauthier était « prudent, sensible, protecteur » avec ses 2 sœurs de 10 et 15 ans. Il n’était pas particulièrement accro aux réseaux sociaux. « Il est rentré du lycée assez tôt ce mercredi après-midi. Il est monté dans sa chambre, il a pris l’ordinateur portable. Comme pour tous les jeunes, sa chambre était son univers. Je suis montée le voir vers 16 heures, et il m’a dit de le laisser. À 17 heures, je l’ai vu sortir, discutant au téléphone. Il avait l’air absent », raconte sa mère. Moins de 30 minutes plus tard, il s’était pendu dans le cabanon du jardin et luttait entre la vie et la mort. Il est décédé une semaine plus tard à l’hôpital.

« Les psychologues ont parlé de "raptus", de descente express », relate le père. « Quelqu’un est entré sous le toit de cette maison pour commettre des atrocités par le biais d’un ordinateur. Et il n’y avait pas de moyens pour l’arrêter », poursuit la famille, qui a déposé une plainte pour X.

Une enquête de police est désormais en cours pour identifier la provenance des messages. Selon une première piste, ils viendraient d’un cybercafé en Côté d’Ivoire.

Usage perverti de la toile

Les spécialistes ne contestent pas certains effets positifs d’internet. « Plusieurs études montrent que, pour certaines personnes qui ont des difficultés dans la vie réelle, ces réseaux ont un effet facilitateur, parfois désinhibiteur », explique au « Quotidien » le Dr Étienne Couderc, psychiatre à Limoges, auteur d’une thèse (non encore publiée) sur l’addiction aux réseaux sociaux.

« Mais on est étonné par le fait que de plus en plus, les jeunes gens nous font part de harcèlement moral ou de pièges tendus sur internet à travers un réseau social, les amenant à la crainte de perdre leur identité ou leur honneur », explique le Dr Xavier Pommereau, spécialiste des adolescents au centre Jean Abadie de Bordeaux. Sur la toile, le harcèlement prend une autre dimension. Alors qu’à l’école, « il s’agit d’une rumeur, il y aura des défenseurs, ça restera à l’échelle du petit microcosme de l’entourage proche, (...) internet est un champ sauvage d’allées et venues et d’échanges, donc on ne gère pas du tout la relation avec la personne derrière l’écran », analyse le Dr Pommereau.

Se mettre à nu

Le Pr Michel Debout, spécialiste du suicide, dénonce « l’écran trompeur ». « On a tendance à faire confiance à une seule personne qu’on imagine derrière l’ordinateur, alors qu’en fait, on est en contact avec 10, 30, des centaines de personnes. Se mettre à nu en public, cela change la donne : les jeunes n’ont pas assez conscience de cet usage perverti d’internet ». Le Pr Debout met aussi en garde contre la supposée authenticité des messages : « un des risques des réseaux est de croire sur parole tout ce qui est écrit ».

Dans les cas extrêmes, les réseaux sociaux peuvent avoir un effet addictif. Cette notion d’addiction est controversée, mais selon l’étude réalisée par le Dr Couderc, auprès de 517 personnes âgées de 18 à 36 ans, utilisateurs de Facebook, 4,45 % d’entre eux perdraient le contrôle de leur comportement, présenteraient des symptômes de manque, échoueraient à réguler leurs pratiques ou encore abandonneraient d’autres activités. Parmi ces « addicts », 47,83 % souffrent de dépression, contre 8,7 % pour les non-accros. Ils sont aussi 69 % à être anxieux (contre 42 %).

 COLINE GARRÉ
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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