P4P : le bémol des expériences étrangères

P4P : le bémol des expériences étrangères

28.08.2012
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La France gagnerait à évaluer l’intérêt de rémunérer ses médecins à la performance avant de généraliser ce nouveau mode de rémunération. C’est le conseil que pourraient adresser les auteurs d’un article paru dans le BMJ cet été (édition du 14 août) : ces chercheurs australiens ont étudié les effets du paiement à la performance (« P4P ») des médecins dans des pays ayant plusieurs années de recul. Leur conclusion est nuancée : le P4P n’améliore pas nécessairement la qualité des soins. Pire, il peut s’avérer contre productif. De quoi satisfaire les opposants à la réforme au sein de l’Hexagone.

Les États-Unis et l’Australie se sont déjà lancés dans le P4P. Le Royaume-Uni a le plus d’antériorité : depuis 2004, ses GPs (general practitioners) reçoivent chaque mois une « carotte » pouvant majorer de 25 % leurs revenus. À charge pour eux de remplir les objectifs fixés par les autorités. Le NHS (National health service) a défini des cibles cliniques à atteindre, 76 au total. Le GP doit par exemple être capable de maintenir la tension artérielle de ses patients en dessous d’un certain seuil. Le coût du dispositif (1,3 milliard d’euros par an) est contesté. Ses effets, également. Car le P4P, en ignorant certaines dimensions du métier de médecin, peut encourager les mauvaises pratiques, jugent les chercheurs.

Toujours selon l’article du BMJ, certains médecins anglais trichent pour arrondir leurs fins de mois. D’autres délaissent les actes qui ne donnent pas lieu à un surplus de rémunération. A contrario, le praticien qui s’attardera avec les patients sans assurance, ou avec ceux ayant du mal à s’exprimer en anglais, n’en tirera aucun bénéfice. Le P4P ne porte pas à l’empathie, pas plus qu’il ne prend en compte la fierté d’accomplir un travail d’excellence. Les médecins pénalisés par de mauvais scores, s’ils se découragent, peuvent bâcler le travail. En bout de course, c’est alors le patient qui trinque. Et les deniers publics qui s’évaporent à mauvais escient.

Le P4P profite-t-il aux patients ?

En France, la pertinence des actes est devenue un slogan à la mode. L’enjeu est autant économique que sanitaire. Après bien des hésitations, le P4P a franchi la Manche l’an passé : les médecins libéraux et l’Assurance-maladie ont signé une nouvelle convention généralisant un paiement partiel à la performance. La charrue a-t-elle précédé les bœufs ? Un pays, avant de payer ses médecins à la performance, devrait impérativement se poser six questions, estiment ainsi les chercheurs australiens.

Il faudrait avant tout se demander si les actes évalués dans le cadre du P4P ont un réel bénéfice pour le patient. Exemple : si le taux d’hémoglobine glyquée est inférieur à 7 % chez les diabétiques, le GP britannique marque des points pour gagner plus. Pourtant, des études récentes ont montré que cette recommandation, parfois, est synonyme d’une mortalité plus élevée, lit-on dans le BMJ.

Les auteurs estiment qu’il faut également s’interroger sur les moyens d’améliorer la pratique médicale autrement que par le P4P. Le coût du dispositif est une autre question incontournable. Sans une réponse positive à chacune des questions listées, le P4P ne mérite pas d’être lancé, conclut l’article.

D. CH.
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 6 Commentaires
 
09.09.2012 à 12h19

« Le P4P est facultatif dans la mesure où, si vous choisissez, parce qu'il serait contraire à votre conscience, de ne pas remplir tel ou tel objectif, vous êtes libre de refuser la prime s'y rapportan Lire la suite

Répondre
 
06.09.2012 à 09h30

« Je suis tout à fait opposé à la généralisation de la prime à la performance, cela devrait être au pire facultatif, nous sommes bien partis pour casser tout notre bon système de santé, je suis effray Lire la suite

Répondre
 
29.08.2012 à 17h28

« Le P4P va arrondir mon chiffre d'affaires sans que je change quoi que ce soit à ma pratique. Ce ne sera peut être pas le cas pour tout le monde. Personnellement, je le considère comme une juste reco Lire la suite

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29.08.2012 à 09h57

« Le P4P est un équivalent de corruption dès lors que cela introduit un conflit d'intérêt. La simple possibilité, même marginale, qu'un médecin puisse être rémunéré pour effectuer un acte contraire à Lire la suite

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28.08.2012 à 22h22

« Je ne vois pas où est le problème ! Tous les indicateurs correspondent au minimum de soins que chaque Médecin devrait fournir à ses patient, y compris pour l’efficience ou, rappelez-vous, vous vous Lire la suite

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