Centrales et leucémie de l’enfant : un surrisque mais pas de relation causale

Centrales et leucémie de l’enfant : un surrisque mais pas de relation causale

12.01.2012
L’excès de cas de leucémie de l’enfant observé près de 19 sites nucléaires sur une période déterminée ne peut toutefois pas être attribué aux très faibles radiations ionisantes émises par les centrales en fonctionnement normal.
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    Centrales et leucémie de l’enfant : un surrisque mais pas de relation causale

Les chercheurs de l’étude, dirigée par Jacqueline Clavel, responsable d’épidémiologie environnementale des cancers à l’INSERM et publiée dans l’« International Journal of Cancer », ont observé 14 cas de leucémie d’enfants de moins de quinze ans dans un rayon de moins de cinq kilomètres autour de 19 sites nucléaires sur la période de 2002-2007 alors que les taux d’incidence nationaux prédisaient la survenue de 7,4 cas en moyenne. Mais cet excès de cas sur 6 ans n’a pas été retrouvé sur une période plus longue de 18 ans (1990-2007), correspondant à l’ensemble des périodes étudiées.

L’épidémiologiste Jacqueline Clavel estime qu’un « lien avec les très faibles radiations ionisantes émises par les centrales en fonctionnement normal ne peut pas être établi ». « Le fait qu’il n’y ait pas une diminution du risque au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la centrale n’est pas en faveur d’un facteur causal, c’est-à-dire qui permette d’attribuer l’excès de cas aux radiations », indique-t-elle à l’AFP. En outre, l’augmentation d’incidence « concerne toutes les tranches d’âges étudiées, et pas seulement les plus jeunes ». En 2007, des travaux allemands faisaient état d’une augmentation d’incidence des leucémies des enfants de moins de quatre ans dans un périmètre de 5 km autour des centrales sur une longue période (1980-2003).

Des travaux à poursuivre.

En France, l’augmentation relevée n’est « pas spécifique d’une centrale particulière ou d’un type particulier de centrale » et « aucun excès de risque de leucémie dans les zones les plus exposées aux rejets gazeux des centrales n’a été observé », note Jacqueline Clavel. Ces résultats ne permettent « pas de mettre en cause un facteur spécifique ». Les chercheurs recommandent donc la poursuite des travaux sur les facteurs en jeu afin d’améliorer « l’estimation des expositions » aux radiations. Car les facteurs de risque des leucémies sont nombreux : on peut citer les expositions aux radiations ionisantes à faible dose (d’origine naturelle avec le radon mais aussi médicale) et les expositions aux radiations non ionisantes (comme les lignes à haute tension). Les facteurs infectieux sont également en cause (plusieurs études montrent une association négative entre les leucémies de l’enfant et un nombre élevé d’infections banales avant 1 an, ou la mise en collectivité précoce), ainsi que l’exposition aux pesticides et aux hydrocarbures (comme le trafic routier) et la proximité d’installations industrielles non nucléaires (outre celles nucléaires).

La piste du mélange de populations est débattue : « les afflux de populations peuvent modifier l’équilibre immunitaire d’une population, vis-à-vis d’un agent infectieux comme des virus », indique la chercheuse. « De fait, quand on étudie le risque en fonction de mouvements de populations importants qui favorisent l’émergence d’épidémies, on observe des augmentations de risque ». Les scientifiques souhaitent développer les échanges de données internationales « pour avoir un plus grand nombre de cas ».

Si aucun lien n’est donc établi entre les installations nucléaires de base et le risque de leucémie chez l’enfant, ce problème est toutefois pris au sérieux. L’Autorité de sûreté nucléaire a dernièrement mis en place un groupe de travail pluraliste à ce sujet (présidée par la pédiatre Danièle Sommelet) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire entend parvenir à un consensus international sur le plan méthodologique concernant ces études épidémiologiques.

STÉPHANIE HASENDAHL
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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