Fin de l’épidémie de SHU à E. coli : des questions demeurent

Fin de l’épidémie de SHU à E. coli : des questions demeurent

27.07.2011
L’Institut allemand de veille sanitaire Robert Koch a annoncé la fin de l’épidémie de syndrome hémolytique et urémique et de diarrhée sanglante due à Escherichia coli O104:H4. Le dernier cas européen signalé l’a été en Allemagne le 4 juillet dernier.
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    Fin de l’épidémie de SHU à E. coli : des questions demeurent

« C’est la plus grande épidémie d’ECEH qu’ait connue l’Allemagne », a souligné Reinhart Bürger, président de l’Institut Robert Koch qui a rendu hommage à tous ceux qui se sont mobilisés depuis la survenue du premier cas en mai 2011. Les autorités allemandes soulignent « qu’il est possible que des cas isolés liés à la souche épidémique surviennent même après la fin de l’épidémie ». Elles demandent aux médecins de penser au diagnostic devant toute diarrhée sanglante. L’épidémie reste « sous surveillance intensive », insistent-elles.

Partie d’Allemagne au début du mois de mai 2011, l’épidémie d’infections à E. coli O104:H4 a touché 4 321 personnes en Allemagne dont 852 ont développé un SHU et provoqué 50 décès en Allemagne. Des cas importés d’Allemagne ont également été notifiés dans plusieurs pays de l’Union européenne dont la France (76 cas dont 49 SHU et 1 décès signalé en Suède).

Le 22 juin 2011, des cas de diarrhées hémorragiques et de SHU sont signalés dans la Région de Bordeaux dans le sud-ouest de la France. Comme en Allemagne, les adultes et majoritairement des femmes sont le plus touchés. Les investigations suggèrent que les graines germées servies lors d’une journée portes ouvertes d’un centre de loisirs à Bègles le 8 juin 2011 sont à l’origine de la transmission. La souche E. coli O104 :H4 est rapidement identifiée. Cette couche présentant les mêmes caractéristiques de virulence et de résistance aux antibiotiques que celle isolée en Allemagne. Une comparaison entre les souches isolées à partir de 2 cas importés en France et liés à l’épidémie allemande et les souches isolées chez 3 patients à Bordeaux confirment « un lien génétique » entre les souches épidémiques retrouvées en France et en Allemagne. Selon le bilan de l’épidémie bordelaise publié en ligne par l’Institut de veille sanitaire (« BEH web » du 22 juillet), 15 cas dont 8 SHU ont été notifiés.

La proximité des deux épisodes et leurs points communs (même souche, exceptionnelle avant ces deux épidémies, même origine suspectée de graines germées) ont conduit l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) à rechercher une source commune de contamination. L’enquête de traçabilité a mis en cause des graines germées de fenugrec importées d’Égypte.

Une souche particulière.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) qui s’est auto saisie de la question a mis en place un groupe de travail qui dans ses conclusions publiées le 12 juillet dernier souligne qu’il s’agit d’une souche épidémique « tout à fait particulière ». La séquence génomique de cette souche « ressemble très fortement à celle d’une souche africaine d’EAEC (Entero-agrégant E. coli) O104:H4 précédemment identifiée chez un patient VIH positif qui souffrait de diarrhée persistante (Bernier, Gounon et col., 2002) ». Cette souche EAEC aurait acquis un gène stx2, sans doute par transfert horizontal d’un phage, qui lui confère les caractéristiques des souches EHEC (enterohamorrhagic E. coli). Selon l’ANSES, le transfert a pu se dérouler dans différentes conditions : dans un tube digestif humain ou animal mais également dans le milieu extérieur (boue de station d’épuration, eaux usées, fumier, lisier). « Il n’est pas possible à ce jour de confirmer ou d’infirmer ces différentes hypothèses », relève le groupe de travail. En revanche, la possibilité d’un tel transfert au niveau des graines « apparaît peu probable ». Selon les experts, « à ce jour, il n’est pas possible de savoir si l’épisode est un épiphénomène ou si un nouveau pathotype particulièrement virulent vient d’émerger ». Il convient disent-ils de s’interroger sur l’émergence de ce clone particulièrement virulent à l’instar de l’émergence des EHEC dans les années 1980.

Concernant le mode contamination, les experts indiquent : « en l’état actuel des connaissances disponibles, la voie la plus probable d’introduction d’E. coli O104:H4 dans la chaîne alimentaire semble être la contamination de graines à germer de fenugrec bio lors de leur production ou de leur contamination en Égypte ». Les experts rappellent les recommandations générales d’hygiène pour éviter les « cas secondaires ». Il est conseillé aux consommateurs de ne pas cultiver de germes pour leur propre consommation et de ne manger de germes ou de graines germées qu’après les avoir cuits à haute température.

 Dr LYDIA ARCHIMÈDE
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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