« La hausse des cancers du sein chez la femme jeune avait déjà été confirmée aux États-Unis et au Royaume-Uni, mais pas encore en France malgré des suspicions », a déclaré le Pr Pascal Pujol, oncogénéticien au CHU de Montpellier et président de la Société française de médecine prédictive et personnalisée (SFMPP), lors d’une conférence de presse à l’occasion du congrès de la société savante (8 au 10 octobre 2025).
C’est désormais chose faite avec une étude de la SFMPP réalisée à partir des registres du réseau Francim en partenariat avec l’Institut national du cancer (Inca) et Santé publique France (SPF) : les résultats confirment la hausse putative des cancers du sein chez la femme de moins de 40 ans en France. L’étude montre que cette augmentation concerne toutes les tranches d’âge, comme dans les pays anglo-saxons. « Ces observations font aussi écho à l’augmentation de certains cancers, notamment gastro-intestinaux, chez les adultes jeunes en France », ajoute le Pr Pujol, premier auteur de cette étude publiée dans The Breast.
La France, le Royaume-Uni et les États-Unis ont les incidences les plus élevées de cancers du sein dans le monde
Pr Pascal Pujol, oncogénéticien au CHU de Montpellier
Pour l’oncogénéticien, ces augmentations posent deux questions : « Celle de la cause et celle de l’âge du dépistage. » « La France, le Royaume-Uni et les États-Unis ont les incidences les plus élevées de cancers du sein dans le monde. Il doit y avoir une raison », poursuit-il. Ainsi, si les causes ne sont pas clairement identifiées, les auteurs pointent du doigt le rôle potentiel des facteurs environnementaux et hormonaux.
Aux États-Unis, l’augmentation moyenne annuelle des cas de cancer du sein entre 2012 et 2021 est de 1,4 %, selon l’American Cancer Society. Au Royaume-Uni, la période de 1993-1995 à 2016-2018 comptabilise au total une hausse de 22 % chez les 25-49 ans (contre 9 % chez les plus de 75 ans).
Une incidence à la hausse de 63 % sur trois décennies chez les moins de 30 ans
Les auteurs ont analysé 229 352 cas de cancers du sein recensés en France entre 1990 et 2023 : l’incidence est en constante augmentation, passant de 16,1 à 26,3 pour 10 000 personnes-années (PA) chez les trentenaires, et de 98,7 à 131,2/10 000 PA chez les quarantenaires. Soit une hausse moyenne de 1,5 et 0,9 % par an respectivement, ce qui correspond, en trente ans, à un bond de 63 % chez les femmes de 30 ans et de 33 % chez celles de 40 ans.
« L’augmentation était plus marquée pour la dernière décennie chez les jeunes, 1,4 % par an contre 0,7 % chez la femme âgée », détaillent les auteurs. Dans la population totale de femmes, les auteurs retrouvent une incidence de 72,8/10 000 PA en 1990 et de 99,2/10 000 PA en 2023, soit 0,9 % par an. « Chez les jeunes, il y a notamment des cancers du sein hormonodépendants et ils sont souvent plus agressifs », précise le premier auteur.
Puberté précoce et baisse de la fertilité
« Beaucoup ont pu dire que la hausse de l’incidence était liée à celle des dépistages, rapporte le Pr Pujol. Mais au-delà du fait que le dépistage organisé en France ne concerne pas les femmes de moins de 50 ans, nous observons une augmentation des facteurs de risque chez les jeunes femmes ». Ainsi, les auteurs pointent du doigt des facteurs hormonaux tels que les grossesses plus tardives et moins nombreuses, une ménarche plus précoce, l’allaitement moins fréquent, l’augmentation de la prise de contraceptifs oraux.
Les États-Unis pratiquent le dépistage organisé à partir de 40 ans. L’Europe aussi a abaissé le seuil à 45 ans
Pr Pascal Pujol
« Aux États-Unis, les données montrent une association entre l’âge plus avancé de la femme au moment de la première naissance et l’augmentation des cancers HR + », expliquent les auteurs. « Néanmoins ces facteurs hormonaux paraissent ne pas suffire à expliquer la forte augmentation. D’autres modifications du mode de vie jouent probablement un rôle : surpoids, obésité, alimentation, alcool, pollution et radiations, stress, sédentarité, parmi les connus… », ajoute le Pr Pascal Pujol. Enfin, les auteurs avancent la possibilité de facteurs génétiques et épigénétiques avec une augmentation des mutations somatiques de novo liée à l’âge des pères.
Outre la prévention primaire avec des mesures globales sur l’alimentation, la pollution et la sédentarité, ces résultats engagent les auteurs à réinsister sur l’intérêt d’avancer l’âge du dépistage organisé avant 50 ans. « Les États-Unis sont en avance sur cette question, ils pratiquent le dépistage organisé à partir de 40 ans. L’Europe aussi a abaissé le seuil à 45 ans », rappelle le Montpelliérain. Au-delà de cette question de santé publique, « ces résultats invitent aussi à changer notre regard sur le cancer du sein et à être attentif aux symptômes rapportés par nos jeunes patientes, témoigne le Pr Pujol. Il ne faut pas écarter le dépistage personnalisé. Nous avons les moyens en France de faire de l’imagerie ».
P.Pujol et al., Breast, 2025; vol 83, 104555
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