À 53 ans, le Pr Paolo De Coppi fait partie des chirurgiens pédiatriques incontournables. Et pas seulement en Italie. Il y a deux ans, le magazine américain Time l’a inséré dans son classement annuel des 100 personnalités les plus influentes à l’échelle mondiale dans la catégorie Santé pour ses recherches sur les cellules souches dans le liquide amniotique. Une véritable consécration pour l’Italien qui exerce au titre de chirurgien consultant au Great Ormond Street Hospital de Londres où sont réalisés des actes chirurgicaux complexes comme la séparation des jumeaux siamois.
Au départ pourtant, rien ne laissait envisager le destin de celui qui est aujourd’hui considéré comme une excellence pour soigner deux malformations importantes, le spina bifida (ou dysraphisme spinal isolé) et la hernie diaphragmatique. Car selon la petite histoire, la future star de la chirurgie pédiatrique née en 1972 dans la grisaille de Trévise, une ville industrielle du nord-est de l’Italie, n’était pas ce que l’on appelle un élève modèle. Du moins, jusqu’à ce qu’il décide, après avoir décroché son baccalauréat, de s’inscrire à la faculté de médecine de l’université de Padoue. Un choix inattendu car dans sa famille, il n’y avait pas de soignant. En fait, la médecine, Paolo De Coppi l’a rencontrée de façon plutôt inattendue. « J’avais une tante missionnaire qui soignait des enfants au Mozambique. Ce sont les photos de ces gamins et l’enthousiasme de ma tante qui m’ont poussé à avoir envie de trouver des solutions innovantes pour les enfants qui souffrent de malformations », a raconté le Pr De Coppi à la presse italienne lorsque le Time l’a distingué.
À 25 ans, il décroche son diplôme de chirurgien avec les félicitations du jury qui apprécie sa thèse sur les malformations congénitales en chirurgie pédiatrique. Mais en Italie, le futur chercheur se sent à l’étroit. Aussi s’envole-t-il pour Amsterdam grâce au programme Erasmus où il passe six mois pour participer à une recherche sur l’hépatoblastome.
Un problème éthique
En 2000, alors que le monde s’apprête à fêter l’arrivée du troisième millénaire, le futur chercheur refait ses valises et prend la direction de Boston aux États-Unis. Là, Paolo De Coppi décroche un contrat à l’hôpital des enfants, au département Laboratory of Cell Therapeutics and Tissue Engineering sous la direction du Pr Anthony Atala, le chirurgien pédiatrique spécialisé en urologie qui a réussi en 1999 la première greffe de vessie fabriquée en laboratoire.
Fasciné par le charisme et la forte personnalité de celui qui devient son mentor, Paolo De Coppi se lance dans la recherche. Catholique très pratiquant, cet Italien veut trouver une solution au problème éthique posé par l’extraction des cellules souches des embryons humains eu égard au risque de leur destruction. Un acte profondément immoral pour ce chirurgien qui se lance dans une étude aux côtés du Pr Atala et son équipe.
En 2007, ces scientifiques annoncent au monde entier, que l’on peut extraire des cellules souches du liquide amniotique dans un papier publié par la revue Nature Biotechnology. Ils affirment que ces cellules souches ont une capacité de régénération identique à celles prélevées sur un embryon et qu’elles ne peuvent pas développer spontanément des cancers contrairement à certaines inquiétudes initiales sur les cellules souches embryonnaires. Elles peuvent aussi être facilement isolées, se multiplier rapidement, en l’espace de 36 heures, et se transformer tout aussi vite en cellules adultes musculaires, nerveuses, osseuses, sanguines. Cette découverte est vécue par la communauté scientifique comme une véritable révolution.
Des cellules souches cultivées en 3D
Ses recherches sur les cellules marquent le véritable tournant dans la carrière du Professore, comme l’appellent affectueusement ses confères britanniques, qui se lance dans la chirurgie fœtale d’abord à Philadelphie puis à Houston et enfin à Londres. Récemment, il a dirigé une équipe de l’University College de Londres avec le biologiste Mattia Gerli pour analyser les cellules souches présentes dans le liquide amniotique.
Ces chercheurs ont identifié des cellules souches spécifiques des tissus, capables de régénérer et réparer l’épithélium des poumons, des reins et de l’intestin. Cultivées en 3D, ces cellules se développent en organoïdes reproduisant certaines caractéristiques clés des organes en formation. Ces modèles pourraient permettre de suivre le développement des tissus fœtaux et de détecter précocement d’éventuelles anomalies. L’équipe a aussi mis au point un modèle de hernie diaphragmatique congénitale, un outil inédit. Une découverte qui selon le Pr De Coppi, « permet de comprendre pour la première fois, le fonctionnement d’un organe de fœtus ». Une autre révolution.
À ceux qui lui parlent des problèmes de la santé en Italie, lui qui n’a pas hésité à partir pour réaliser son grand rêve comme il l’appelle, le chirurgien chercheur répond : « Le vrai enjeu n’est pas de rapatrier ceux qui ont déjà réussi à l’étranger. Il faut rendre le pays compétitif, capable d’attirer des jeunes brillants et ambitieux, avec un système efficace. Refaire revenir quelqu’un comme moi pourrait bloquer le système. Il faut miser sur les jeunes ». Et aux jeunes, il leur conseille de ne jamais oublier de rêver.
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