L’année 2024 a de nouveau été marquée par une forte dynamique des dépenses de médicaments, selon le panorama présenté le 14 janvier par l’Assurance-maladie (Cnam). Les remboursements de médicaments de ville s’élèvent à 27,2 milliards d’euros en 2024, en montants dits « super nets », c’est-à-dire après déduction des remises négociées avec le Comité économique des produits de santé (CEPS) et de la clause de sauvegarde. Les médicaments représentent ainsi environ 26 % de l’ensemble des dépenses de soins de ville sur l’année.
Cette évolution s’inscrit dans une tendance haussière plus large. En montants bruts, avant application des mécanismes de régulation, les dépenses de médicaments remboursés atteignent 37,9 milliards d’euros en 2024, en progression de 7,6 % par rapport à 2023 et de près de 44 % sur cinq ans. L’écart croissant entre montants bruts et montants nets illustre le rôle central joué par les dispositifs de régulation pour contenir l’impact budgétaire de la hausse des prix faciaux des médicaments innovants.

108 boîtes remboursées par an après 80 ans
En volumes, en revanche, la consommation de médicaments apparaît globalement stable. Entre juillet 2024 et juin 2025, 2,54 milliards de boîtes ont été remboursées sur douze mois, soit une progression limitée à 0,4 % par rapport à la période précédente. Sur cette même période, 61,8 millions d’assurés ont bénéficié du remboursement d’au moins une boîte de médicaments, pour une moyenne de 41 boîtes par assuré. La consommation augmente toutefois très fortement avec l’âge : à partir de 80 ans, le nombre moyen de boîtes remboursées atteint 108 par an, soit plus du double de la moyenne observée dans l’ensemble de la population.
L’Assurance-maladie a par ailleurs tenu à rappeler la solidité du niveau de prise en charge des médicaments, notamment pour les patients atteints de maladies chroniques. Le taux moyen de remboursement des médicaments délivrés en pharmacie de ville atteint 87,6 % en 2025, contre 80,7 % en 2014. Lorsqu’on inclut les médicaments prescrits à l’hôpital et délivrés en officine, ce taux dépasse 90 %, ce qui signifie que près de neuf euros sur dix de dépenses de médicaments sont pris en charge par l’assurance obligatoire (AMO).
En comparaison internationale, le reste à charge des patients français demeure parmi les plus faibles, nettement inférieur à celui observé en Belgique, en Espagne, au Royaume-Uni ou en Italie. « L’Assurance-maladie est au rendez-vous pour rembourser des médicaments coûteux, en particulier dans le champ des maladies chroniques », a souligné Thomas Fatôme, directeur général de la Cnam.
Vingt médicaments pour un tiers des dépenses
Dans le détail, les 20 médicaments les plus remboursés en ville en montants concentrent à eux seuls 7,97 milliards d’euros, soit près de 30 % des dépenses totales, confirmant une forte concentration des remboursements sur un nombre limité de produits. En tête du classement figure Vyndaqel (tafamidis), indiqué notamment dans l’amylose cardiaque, avec 965,8 millions d’euros remboursés pour environ 14 000 patients. L’âge moyen des patients est de 83,7 ans, pour un coût annuel moyen par patient supérieur à 66 000 euros. Le deuxième médicament le plus remboursé est l’anticoagulant Eliquis (apixaban), avec 843,6 millions d’euros pour 1,7 million de patients, soit un montant moyen de 477 euros par patient. Sa générication attendue en 2026 pourrait modifier sensiblement ce classement.

Lorsque l’on élargit l’analyse aux médicaments à usage hospitalier, notamment ceux inscrits sur la liste en sus ou délivrés par rétrocession, deux traitements anticancéreux dépassent largement le milliard d’euros de remboursements. Keytruda totalise ainsi 2,1 milliards d’euros de dépenses sur l’année, et Darzalex 1,05 milliard d’euros. Ces montants témoignent du poids croissant de l’oncologie et des thérapies innovantes dans les dépenses globales de médicaments, même si tous les traitements concernés ne relèvent plus aujourd’hui des dispositifs d’accès précoce.
Paracétamol : la star de 42,5 millions de Français
S’agissant du classement des molécules les plus remboursées en volumes, la hiérarchie reste relativement stable. Le paracétamol demeure de très loin la molécule la plus délivrée, avec plus de 430 millions de boîtes remboursées sur l’année et près de 42,5 millions d’assurés concernés. Il est suivi par le colécalciférol (vitamine D), dont les prescriptions progressent fortement, avec 71,5 millions de boîtes remboursées pour 21,7 millions de patients.

Enfin, l’analyse de l’évolution des dépenses entre 2019 et 2024 met en évidence une croissance largement portée par les prescripteurs hospitaliers. Leurs prescriptions affichent une croissance annuelle moyenne brute de plus de 10 %, contribuant à près de 70 % de la hausse des dépenses remboursées. À l’inverse, les prescriptions issues de la médecine générale libérale progressent beaucoup plus modérément. Si les médecins généralistes demeurent les premiers prescripteurs en volumes, leur part recule progressivement, tandis que les médecins hospitaliers sont devenus, en 2025, les premiers prescripteurs en montants.
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