En collaboration avec Santé publique France (SPF), l’Institut Pasteur a développé un modèle prédictif de l’évolution de l’épidémie de grippe en France hexagonale (hors Corse) à quatre semaines, avec une mise à jour en temps réel et accessible depuis le bulletin hebdomadaire Infections respiratoires aiguës (IRA) de l’agence sanitaire. Le modèle prévoit une épidémie de forte intensité, similaire aux saisons 2022-2023 et 2024-2025 et prédit un pic en semaine 52, d’après les données arrêtées au 14 décembre (semaine 50).
Dans son bulletin hebdomadaire, qui fait aussi état de la poursuite de la bronchiolite à un niveau comparable à l’an passé et d’une incidence faible de Covid-19 (même si le signal augmente dans les eaux usées), SPF confirme que la France hexagonale entière est en épidémie grippale. La Guadeloupe et la Martinique sont en phase pré-épidémique. « Le taux de positivité des prélèvements est en ascension rapide, une dynamique similaire aux deux saisons précédentes », déclare le Dr Bruno Coignard, médecin de santé publique, épidémiologiste et directeur de la direction des maladies infectieuses à SPF. En médecine de ville, près de 40 % des prélèvements symptomatiques sont positifs, soit une hausse de 6 points par rapport à la semaine 49 ; en milieu hospitalier, la part est de 12 %, en augmentation de 3,5 points. Le taux d’hospitalisation après passage aux urgences est également en ascension rapide dans toutes les classes d’âge.
« La dynamique actuelle Oscour est similaire à 2022-2023 qui était une épidémie très lourde pour les hospitalisations », alerte le Dr Coignard. Le médecin de santé publique rappelle les mesures de prévention : mettre un masque dès les premiers symptômes, se laver les mains et aérer régulièrement. Il rappelle qu’il est encore temps de se vacciner, la campagne durant jusqu’à fin janvier.
Un variant responsable d’une épidémie précoce
À date, les virus influenza A (H1N1) et A (H3N2) dominent l’épidémie. La présence du variant A (H3N2) de clade K a entraîné un début précoce de l’épidémie. D’après des données préliminaires provenant du Royaume-Uni, publiées par Eurosurveillance, les souches virales utilisées dans le vaccin 2025-2026 ont une efficacité réduite contre ce variant ; néanmoins, il reste pertinent pour réduire le taux d’hospitalisation et le recours aux urgences.
« Il n’est pas surprenant que le virus grippal évolue chaque année, rassure Vincent Enouf, responsable adjoint du Centre national de référence Virus des infections respiratoires, dans un communiqué de l’Institut Pasteur. Le vaccin utilisé cette année pourrait être moins efficace contre le virus A (H3N2). Mais, un vaccin même peu efficace évite les formes graves. »
Un modèle performant sur les années non atypiques
Ce modèle prédictif vise à guider les autorités sanitaires et les professionnels de santé dans la gestion nationale et régionale de l’épidémie.
Combinant dix modèles statistiques, mécanistiques ou hybrides, il a été sélectionné comme le meilleur parmi de nombreux entraînés sur les données Oscour 2011-2018 (testés sur les saisons 2018-2019, 2022-2023, 2023-2024 et 2024-2025). « Pour les années classiques, avec une unique courbe épidémique, le modèle a bien fonctionné. Il sous-estime la phase de croissance mais capture bien l’effet vacances, explique Juliette Paireau, ingénieure de recherche à l’Institut Pasteur et à Santé publique France. Mais pour les années atypiques, il a plus de difficultés à prévoir les dynamiques. Notamment, il anticipe mal les reprises épidémiques après les fêtes. »
Une pression hospitalière forte à prévoir
Le modèle anticipe une croissance des passages aux urgences pour syndrome grippal dans les deux prochaines semaines (semaines 51 à 52) suivie d’une décroissance en semaines 1 et 2 (effet vacances). La probabilité la plus élevée de survenue du pic épidémique est en semaine 52 (70 % de chances, contre 15 % en S51 et 12 % en S1). Une incertitude persiste sur l’ampleur du pic mais la trajectoire médiane prévoit pour le moment une intensité similaire à l’an dernier et à 2022-2023, les deux plus grosses épidémies de ces dernières années. SPF s’attend donc à une pression importante sur l’hôpital et n’exclut pas une reprise de l’épidémie plus tard dans la saison hivernale.
« Nous allons mettre à jour les données épidémiologiques chaque semaine, à l’échelle régionale (hors Corse), comme nationale », complète Juliette Paireau. Dans les prochaines itérations du modèle, l’équipe compte ajouter les informations de testing et de couverture vaccinale, ainsi que la proximité entre la souche circulante et celles utilisées dans le vaccin.
Symptômes hivernaux : éviter les AINS en première intention
En cas de symptômes liés aux infections hivernales (douleurs, fièvre), l'Agence nationale de sûreté du médicament (ANSM) rappelle que « le paracétamol est toujours à privilégier en première intention ». En effet, « les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent masquer les symptômes d'une infection bactérienne et retarder un traitement adapté », indique l'agence de santé.
L'ANSM rappelle aux médecins d'éviter de prescrire un AINS « en cas de varicelle, de grippe ou d'infection ORL non biologiquement documentés, en raison du risque d'aggravation des infections bactériennes sous-jacentes, y compris sous antibiothérapie ». Les professionnels de santé doivent informer leurs patients sur les signes d'alerte d'une complication (fièvre persistante, éruption cutanée, essoufflement) et réitérer l’importance de respecter la dose et la durée du traitement prescrit.
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