Eular 2020

De réelles avancées pour un congrès virtuel

Par
Christine Fallet -
Publié le 22/06/2020

C’est un congrès Eular bien particulier, virtuel, qui a eu lieu cette année du 3 au 6 juin, Covid-19 oblige… Outre l’actualité autour du SARS-CoV-2, des avancées se sont dessinées parmi les nombreuses communications sur la polyarthrite rhumatoïde et le rhumatisme psoriasique.

Crédit photo : www.eular.org

L’actualité fut, bien sûr, l’infection Covid-19 et ses potentiels retentissements chez les patients souffrant de rhumatismes inflammatoires chroniques (RIC) et prenant, notamment des immunosuppresseurs. Sont-ils plus à risque de formes graves ? Une étude a été menée à partir des données du registre Covid-19 Global Rheumatology Alliance, recueillies du 24 mars au 20 avril 2020 qui a permis d’analyser 600 cas de Covid-19 chez des patients souffrant de RIC dans 40 pays (1). Un peu moins de la moitié des patients (46 %) ont été hospitalisés et 9 % sont décédés (des chiffres à relativiser, seuls les cas sévères étant généralement vus et déclarés dans les registres).

Concernant les traitements, la corticothérapie (≥ 10 mg/j) était associée à un risque doublé d’hospitalisations (OR = 2,05 IC 95 % 1,06-3,96). Les csDMARDs, seuls ou associés aux biothérapies ou inhibiteurs de JAK, ne montrent pas plus de risque, tout comme les AINS. L’utilisation d’anti-TNF, en revanche, semble être associée à un risque plus faible d’hospitalisation.

Les anti-TNF diminuent le risque de thrombose veineuse

Concernant la polyarthrite rhumatoïde (PR), plusieurs communications se sont intéressées aux facteurs associés aux comorbidités.    

Une étude suédoise (2) a confirmé que, parmi les patients ayant une activité élevée de la maladie, un sur cent développera une thromboembolie veineuse en un an, soit une augmentation de plus du double par rapport aux patients en rémission. D’autres données permettent de préciser certains des facteurs associés à ce surrisque. Notamment, l’étude réalisée à partir des données issues du registre allemand RABBIT (3), avait pour objectif de comparer le risque thromboembolique en fonction des traitements, anti-TNF et autres biothérapies (abatacept, rituximab, sarilumab, tocilizumab) par rapport à un traitement par csDMARDs. Les patients sous anti-TNF ont ainsi un risque de thrombose veineuse diminué de près de moitié par comparaison aux patients sous traitement de fond conventionnel (HR = 0,53, IC 95 % 0,33-0,86). Par rapport aux patients sous autres traitements biologiques, la diminution du risque n’est pas significative (HR = 0,66, IC 95 % 0,40-1,06).

Le méthotrexate innocenté dans la survenue de PID

Il existe une controverse quant au rôle joué par l’administration de méthotrexate (MTX) dans l’apparition de pneumopathies interstitielles diffuses (PID). Une analyse de cohortes internationales (4) a étudié des patients atteints de PR, avec PID (n = 482) et sans PID (n = 741). Les résultats ont montré une corrélation inversement significative entre la prise de MTX et le développement d’une PID. Dans le groupe PR avec PID, l’utilisation du MTX était associée à une survenue plus tardive de la PID.

Ainsi, selon cette étude, le MTX n’est pas un facteur de risque de PID dans la PR et pourrait même avoir un effet protecteur. Ces résultats ont été confirmés par ceux d’une étude danoise (5) à partir du registre DANBIO qui a identifié 30 512 PR, dont 60 % ont été traités par MTX et 35 % par sulfasalazine. Après un suivi de cinq ans, le MTX n’apparaissait pas associé à un risque plus élevé de PID.

Rhumatisme psoriasique, un arsenal prometteur

Des données encourageantes sur l’upadacitinib (UPA), un inhibiteur sélectif de JAK1, actuellement à l’étude pour le traitement du rhumatisme psoriasique (RPso) ont été présentées. Dans l’étude SELECT-PsA1 (6), il a été comparé au placebo et à l’adalimumab (ADA) chez des patients présentant une réponse insuffisante aux csDMARDs. Le traitement par UPA a montré de bons résultats d’efficacité aux deux posologies 15 ou 30 mg, avec des taux de réponse ACR 20 à 12 semaines respectivement de 70,6 % et 78,5 %, contre 65 % pour le groupe ADA et 36,2 % pour le groupe placebo.

Dans SELECT-PsA2 (7), il a été comparé au placebo chez des patients présentant une réponse insuffisante aux DMARDs biologiques. Le taux de réponse ACR 20 à la semaine 12 est significativement plus élevé sous UPA 15 et 30 mg que sous placebo (respectivement 56,9 % et 63,8 % contre 24,1 %). La différence est significative dès la deuxième semaine.

Le guselkumab, un anti-IL23p19 approuvé dans le psoriasis modéré à sévère, fait actuellement l’objet d’une demande dans le rhumatisme psoriasique. Deux études de phase 3, DISCOVER 1 et 2 ont montré son efficacité sur les symptômes articulaires et cutanés et cette efficacité se maintient à un an (8,9). Une analyse post-hoc de ces deux études (10) a évalué l’efficacité du guselkumab chez des patients présentant des manifestations axiales du RPso. Une amélioration significativement meilleure du BASDAI, des douleurs rachidiennes et de l’ASDAS-CRP a ainsi été observée.

(1) M. Gianfrancesco et al. Ann Rheum Dis 2020 May 29; annrheumdis-2020-217871.
(2) Molander V., Ann Rheum Dis 2020 Juin 3, Abstract OP 0034
(3) Schaefer M. et al, Ann Rheum Dis 2020 Juin 3, Abstract OP0012
(4) Juge P.A. Ann Rheum Dis 2020 Juin 3, Abstract OP0036
(5) Helene Ibfelt E. Ann Rheum Dis 2020 Juin 3, Abstract OP0232
(6) Mcinnes I., Ann Rheum Dis 2020 Juin 3, Abstract LB001
(7) Genovese M.C. Ann Rheum Dis 2020 Juin 3, Abstract OP0223
(8) Ritchlin C. T. Ann Rheum Dis 2020 Juin 3, Abstract SAT 0397
(9) Mcinnes.I. Ann Rheum Dis 2020 Juin 3, Abstract SAT 0402
(10) T. Wilhelm Ann Rheum Dis 2020 Juin 3, Abstract OP004

Christine Fallet

Source : lequotidiendumedecin.fr