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Nouvelle stratégie antipalustre : infecter le ventre des moustiques

 17/07/2012
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Les insecticides ne vont pas suffire à éradiquer le paludisme, cela ne fait plus de doute. En écho à la sonnette d’alarme tirée par le groupe consultatif Malaria Eradication Research Agenda soulignant la nécessité de disposer de nouvelles armes, des chercheurs américains publient une piste prometteuse dans la lutte antipalustre. La stratégie adoptée est totalement inédite : infecter l’intestin moyen des moustiques. Mais précision de taille, le moustique en sort indemne, seul le parasite est visé par l’opération.

Pourquoi cibler le ventre de ces malheureux vecteurs ? Parce que leur intestin moyen abrite non seulement le parasite plasmodium à des stades de grande vulnérabilité mais aussi de nombreuses bactéries avec lesquelles ce dernier vivait jusque-là en bonne intelligence. L’idée poursuivie par l’équipe du Pr Marcelo Jacobs-Lorena (Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health) est simple : utiliser les bactéries symbiotes pour produire des molécules antipalustres. Déjà testée dans la maladie de Chagas, une parasitose elle aussi dépendante des insectes, cette stratégie porte un nom : la paratransgenèse.

Comment faire produire aux bactéries symbiotes les poisons dirigés contre leurs voisins de parasites ? Tout simplement en modifiant leur patrimoine génétique, ce qui est devenu presqu’un jeu d’enfant pour les scientifiques. « Nous avons cherché dans le passé à modifier génétiquement le moustique pour résister au paludisme, explique le Pr Marcelo Jacobs-Lorena. La modification génétique d’une bactérie est une approche beaucoup plus simple. »

Point pratique concernant la manipulation technique, les chercheurs ont choisi d’utiliser l’introduction du système de sécrétion d’hémolysine A de l’Escherichia coli au sein du génome bactérien. De toutes les bactéries symbiotes, l’heureuse élue pour les expérimentations porte le doux nom de Pantoea agglomerans.

C’est peu dire que les résultats sont convaincants. Ces bactéries nouvellement élaborées ont réussi à inhiber le développement de Plasmodium falciparum à plus de 98 %. Idem pour un parasite murin Plasmodium berghei. Tout aussi notable, la prévalence des moustiques porteurs a chuté de plus de 84 % en réponse aux cinq molécules antipalustres générées.

Pour tester la stratégie en « grandeur nature », plusieurs éléments sont rassurants. Tout d’abord, alors qu’il existe plus d’une centaine de moustiques vecteurs potentiels du paludisme, la paratransgenèse serait universelle, son efficacité semblant ne pas dépendre de l’espèce. En outre, la paratransgénèse reste compatible avec les autres moyens d’éradication utilisés, comme les insecticides. Autre point, il existe des sources de P. agglomerans dans la nature, à savoir le nectar des fleurs, et par contiguïté la surface des plantes et les fleurs. Ce qui rend ainsi possible l’introduction de la bactérie recombinante dans la nature, par exemple « en plaçant des appâts (boules de coton imbibées de sucre et de bactéries dans des jarres en argile) autour des villages ».

› Dr IRÈNE DROGOU

PNAS, publié en ligne le 16 juillet 2012.

 
Les Commentaires | 1 commentaires
 
Le 17/07/2012 à 19h59
Profession : Médecin
« Et quelles maladies ces bactéries modifiées risquent-elles de nous ramener après avoir séjourné un peu dans la nature et dans le tube digestif des moustiques ?! »

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