Dans un livre à paraître, « Lettre ouverte au futur président », le nutritionniste au régime controversé, propose d’instaurer une option « poids d’équilibre » au bac permettant aux élèves de gagner des points s’ils n’ont pas grossi au cours de leurs deux dernières années de lycée. La proposition a immédiatement fait réagir le ministère de l’Éducation nationale de même que les spécialistes en nutrition.
Le Dr Dukan préconise de permettre aux candidats au bac dont l’indice de masse corporelle (IMC) serait compris entre 18 et 25 de gagner des points optionnels. La vérification du poids des élèves se ferait à travers six pesées : trois par an. Ceux qui choisiraient cette option se verraient proposer six modules d’une heure de formation à la nutrition opérationnelle, la cuisine et l’activité physique. « Pour éviter toute discrimination, et même avantager ceux qui se trouvent en dehors de ces limites, une simple progression constante vers le poids d’équilibre (100 grammes par trimestre) suffirait à faire gagner des points », assure le Dr Dukan.
Le ministère de l’Éducation s’est dit « étonné de la proposition étrange du Dr Dukan qui fait de la discrimination physique sans le savoir » et assure n’avoir pas attendu le Dr Dukan « pour mettre en œuvre un plan santé - bien-être et sport à l’école ». Le ministère ajoute par ailleurs : « Les problèmes de santé des adolescents sont suffisamment graves et préoccupants pour ne pas être pris à la légère. Le bac non plus. C’est un examen des savoirs et des connaissances, pas un examen de santé ! »
Rappelons que le ministère de l’Éducation est associé aux objectifs du nouveau PNNS 2011-2015 lancé par le gouvernement en juillet 2011, lequel intègre également un Plan obésité.
Le Dr Jean-Michel Borys, endocrinologue à l’origine du programme EPODE (Ensemble prévenons l’obésité des enfants), un programme d’intervention communautaire adopté par une vingtaine de pays à travers le réseau EIN (Epode International Network) estime la proposition « simpliste et primaire ». « Nous savons depuis longtemps que de telles injonctions ou récompenses ne fonctionnent pas », indique-t-il. Il cite l’exemple de Singapour où « les jeunes garçons trop gros au moment du service militaire sont appelés à suivre un stage commando intensif de plusieurs mois ». Pour éviter les mois de service supplémentaires, les jeunes peuvent perdre du poids « qu’ils reprendront rapidement ensuite », poursuit-il. Selon lui, la lutte contre l’obésité passe certes par un changement de comportement et par l’éducation mais aussi et surtout par un changement de l’environnement et de l’offre alimentaire. « Dans le domaine de la prévention, le rôle de la société est presque plus important », conclut-il.
› Dr L. A.
* Lettre ouverte au futur président de la République, Pierre Dukan, Édition du Cherche Midi, 223 pages, 4 euros.