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Drame de Port-Royal : polémique sur les moyens des maternités, les professionnels réagissent

 04/02/2013
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La mort tragique d’un bébé in utero, vendredi à la maternité de Port-Royal (Paris, AP-HP), a aussitôt replacé au cœur de l’actualité la problématique du manque de moyens des maternités et des conséquences sur la sécurité des patientes.

Sachant le sujet très sensible, la ministre de la Santé Marisol Touraine a appelé dès dimanche à « une enquête exceptionnelle, à la fois administrative et médicale » pour « faire toute la lumière » sur l’affaire.

Les « premiers éléments de compréhension » ne seront pas connus « avant ce lundi soir », a prévenu de son côté l’AP-HP, en charge de l’enquête.

Les résultats complets sont attendus « d’ici un mois », tout comme l’autopsie de l’enfant. Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire. Selon « Le Parisien », le père de l’enfant décédé a porté plainte contre X pour « homicide involontaire par négligence ».

6 000 accouchements par an

Quels sont les faits ? Dans la nuit du jeudi 31 au vendredi 1er février, une jeune femme enceinte s’est présentée à la maternité de Cochin-Port Royal avec un fœtus mort in utero à terme. Elle s’était déjà déplacée le mardi précédent et le jeudi en fin de matinée pour « examen et déclenchement de l’accouchement », indique l’AP-HP. À chaque fois, elle a été renvoyée à son domicile.

Pourquoi ? Dans son témoignage au « Parisien », le compagnon de la patiente estime qu’« il n’y avait plus de chambre disponible » à Port-Royal, plus grande maternité de Paris (6000 accouchements par an). La patiente se rend alors aux urgences. Là encore, l’opération est déprogrammée.

Faute d’éléments pour l’instant, l’AP-HP veut « déterminer pour quelles raisons cette femme a été renvoyée à son domicile, s’il y avait un manque de lits à Port-Royal et pourquoi la patiente n’a pas été transférée dans une autre maternité ».

Pas un cas isolé

À Port-Royal, les professionnels de santé restent discrets. Aucun ne veut servir de coupable idéal. « Ce n’est ni une erreur structurelle, ni médicale, souffle une cadre de santé. La patiente n’était pas du tout en travail quand on l’a renvoyée chez elle, son rythme était normal. Il s’agissait d’un déclenchement de convenance, et non d’une grossesse à risque. C’est un manque de chance ».

Président d’honneur du Syndicat national des gynécologues obstétriciens (Syngof), le Dr Marc-Alain Rozan précise. « Quand on renvoie une patiente à domicile, c’est qu’il n’y a aucune urgence médicale, estime-t-il. Et s’il y a urgence et qu’on manque de place, on en trouve quand même! ». Le médecin redoute une « surenchère médiatique ».

La présidente du collège national des sages-femmes de France (CNSF) ajoute que le cas de Port-Royal « n’est pas un cas isolé ». « Les morts fœtales à terme, il y en a une par mois à l’hôpital » », indique-t-elle. Sophie Guillaume rappelle que « 80% des accouchements se passent bien en France. Sur les 20 % des accouchements programmés, seuls 10 % se font en urgence ».

La polémique risque néanmoins de rebondir sur les effectifs débordés et la saturation des services.

Le Dr Christophe Prudhomme, médecin urgentiste et délégué CGT, estime que « le motif premier » du drame de Port-Royal est « le manque de lits ». Il demande une enquête parlementaire, tout comme l’urgentiste Patrick Pelloux.

Système obsolète

Certains professionnels de santé incriminent le plan périnatalité de 1998 (qui établit une classification des maternités selon trois niveaux). Ce dispositif différencie les établissements selon le niveau de soins apportés aux nouveaux-nés, d’une grossesse normale (niveau I) à grossesse à haut risque (niveau III).

Sous entendu : ce type de classification inciterait les patients à recourir aux maternités de niveau élevé alors qu’ils n’en ont pas forcément le besoin médical (contribuant à l’engorgement de certains établissements). « Il faut réévaluer ce système obsolète en incluant les soins à la mère, analyse le Dr Marc-Alain Rozan. En Suède, certains établissements font 10 000 accouchements par an sans problème, avec un service de réanimation, du personnel adapté et une garde 24 heures sur 24 ».

› ANNE BAYLE-INIGUEZ

 
Les Commentaires | 15 commentaires
 
Le 11/02/2013 à 17h41
Profession : Médecin
« Ce qui est clair c'est que les petites maternités ne sont pas obligatoirement dangereuses, inutiles et inefficientes et que les énormes ne sont pas obligatoirement les plus sûres !... Il faut rouvrir des établissements sanitaires polyvalents aptes à traiter les pathologies courantes MCO et dégraisser les mammouths des CHU !... Ce qui ne coûtera pas forcément plus cher !... »
Le 11/02/2013 à 08h04
« Manque de moyens ! Que devraient dire les gynécologues de Mayotte ? 7400 acc/an, 6 gynecos titulaires, des maisons de naissances hors la loi en pleine brousse à plus d'une heure de route pas d'hélico, deux pédiatres neo-nat, pour tout l'hôpital , qui a parlé de manque de moyens ? Ici aussi c'est la France, enfin presque !! »
Le 09/02/2013 à 07h44
Profession : Médecin
« L'obstétrique est mal géré comme le reste de la médecine même lorsque les médecins et leurs équipes sont de qualité car les multiples directeurs de ces structures ne font pas leur travail. Le directeur de cet établissement devrait être mis à pied et remplacé instantanément par quelqu'un capable d'être là quand il y a un problème de placement à gérer. »
Le 05/02/2013 à 19h57
Profession : Médecin
« "La mort tragique d'un bébé" : parce qu'il y en a de pas tragiques ??? »
Le 05/02/2013 à 13h02
« La seule logique pour qu'une maternité de niveau 3 accueille des accouchements non classés à risque n'est-elle pas financière? La tarification à l'activité pousse à augmenter le nombre d'actes, alors que ces maternités devraient être financées pour des accouchements à risque, et les maternités de niveau 1 couvrir le reste. Il faudrait à ce moment-là avoir une cotation spécifique pour les actes difficiles, mieux rémunrés en toute logique, car nécessitant d'autres moyens et compétences. X.M. »
Le 05/02/2013 à 11h28
Profession : Médecin
« C'est arrivé à tt urgentiste, accouchement dans l'ambulance et transfert dans une maternité ? »
Le 05/02/2013 à 08h55
Profession : Sage-femme
« Arrêtons de conditionner les femmes au déclenchement de convenance, le stress généré quand les conditions ne sont pas favorables à un déclenchement est des plus délétère engendrant une peur panique d'un accouchement spontané sans la carotte péridurale . Les utérus et les bébés ne s'en porteront que beaucoup mieux. »
Le 05/02/2013 à 16h16
Profession : Médecin
« "Les utérus et les bébés" ?! Est-ce de la provocation ou la dérive d'un soignant qui voit l'organe avant la personne. Quant à la "carotte péridurale", j'ose espérer qu'il est admis qu'une femme a le droit de choisir lorsque c'est possible. Une péridurale bien dosée peut être une bénédiction. Toutes ne rêvent pas d'accoucher selon les préconisations des Saintes Écritures. Profession : médecin. »
Le 05/02/2013 à 20h44
Profession : Sage-femme
« C'est bien l'utérus qui est cicatriciel après un échec de déclenchement ou la souffrance fœtale due au déclenchement. La vraie dérive c'est la multiplication des déclenchements sans raison médicale. Qui a lu que l'accouchement devait se faire sans péridurale ? Il faut juste comprendre ce qui est écrit, le chantage à la péridurale si la femme est réticente au déclenchement. »
Le 05/02/2013 à 04h26
Profession : Médecin
« Si la question se résume à un manque de lits, un administratif APHP doit être de garde pour le résoudre. Le téléphone est bien trop chronophage quand le service est saturé. »
Le 05/02/2013 à 01h22
« Trop d'interprétations. Attendons les résultats de l'enquête avant de tirer sur le pianiste, le piano, le morceau, le chef d'orchestre et le compositeur. »
Le 05/02/2013 à 17h24
« Bien d'accord avec vous et ne pas oublier qu'il existe des morts in utéro dans les derniers jours de la grossesse pour des pathologies que l'autopsie peut souvent mettre en évidence. - Médecin. »
Le 05/02/2013 à 00h06
Profession : Médecin
« La classification des maternités ne tient compte que des risques foetaux et non des risques maternels : 1° problème; de ce problème résulte un taux de mortalité maternelle inacceptable en France et scandaleux en outre-mer. La classification actuelle fait que seuls les maternités de niveau 3 disposent de toutes les ressources néonatales. Tout le monde sait que même quand tout est présumé aller bien, il y a des fois des problèmes néonatals de dernière minute. "Le vrai haut risque c'est le bas risque" disait (et dit probablement encore) le Pr Sureau. La seule solution : un nombre délimité de maternité assurant la totalité des soins possibles pour la mère et l'enfant, a dimensionnement suffisant et dans un maillage géographique adéquat. Vaste programme. »
Le 04/02/2013 à 22h54
Profession : Médecin
« Si le bon Docteur Pelloux arrive, alors, nous sommes sûrs que la vérité sera faite. »
Le 04/02/2013 à 21h55
Profession : Médecin
« C'est le plus fréquent en consultation : la demande de maternité ou on a l'asurance de la sécurité maximum, d'autant que les femmes et les futurs pères nous disent très justement : comment savoir si je ne serai pas à risque, et pas acceptée si pas inscrite ? » Profession : gynécologue

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