Le tribunal de Turin a condamné à 16 ans de prison les deux actionnaires de l’entreprise Eternit dans le procès du drame de l’amiante. En France, les associations de victimes de l’amiante souhaitent que ce procès, le premier au pénal, puisse créer un précédent.
Le milliardaire Stephan Schmidheiny, l’ex-propriétaire du groupe suisse Eternit, et le baron belge Jean-Louis de Cartier de Marchienne, ex-administrateur d’Eternit Italie, ont été jugés responsables de la mort de milliers de personnes en Italie, anciens ouvriers ou habitants vivant à proximité de plusieurs usines d’Eternit-Italie. L’entreprise faisait travailler les ouvriers dans des usines amiente-ciment sans protection. Les deux hommes, respectivement âgés de 65 et de 90 ans, ont aussi été condamnés à verser plusieurs dizaines de millions d’euros aux parties civiles : au total, 6 000 personnes, en majorité des victimes ou proches de victimes décédées.
Le parquet avait requis 20 ans de prison contre les deux hommes accusés d’avoir provoqué « une catastrophe sanitaire et environnementale permanente » et enfreint la sécurité au travail, dans un procès qui a nécessité cinq ans d’enquête préalable et trois ans d’audiences, à partir de décembre 2009. « C’est un procès historique, le plus grand au niveau mondial dans l’histoire de la sécurité au travail », s’est félicité le procureur Raffaele Guariniello.
Un avertissement pour les empoisonneurs.
Pour les victimes de l’amiante d’autres pays et notament de France qui réclament l’organisation de procès similaires au pénal, le procès Eternit de Turin est une lueur d’espoir. « Nous attendons avec impatience le jugement » et « nous demanderons aux autorités judiciaires en France d’en tirer les conséquences : pourquoi ce qui est possible en Italie n’est pas possible en France ? », a réagi pour l’AFP l’avocat français Jean-Paul Teissonnière, membre avec d’autres avocats étrangers de l’équipe représentant les parties civiles. « En France, les plaintes ont été déposées en 1996 », a-t-il rappelé, dénonçant l’« impuissance » et une « paralysie (de la justice, N.D.L.R.) devant les puissances économiques », les anciens producteurs d’amiante.
L’association française des victimes de l’amiante (ANDEVA) a estimé que cette première condamnation sonnait « comme un avertissement pour tous ceux qui ont fait passer le profit avant la santé des ouvriers ». « Comment admettre que d’un côté des Alpes les empoisonneurs soient condamnés et que de l’autre, ils soient blanchis avant même d’avoir été jugés ? », s’interroge l’association dans un communiqué. En France, l’amiante, interdit en 1997, est jugé responsable de 10 % à 20 % des cancers du poumon et pourrait être à l’origine de 100 000 décès d’ici à 2025, selon les autorités sanitaires.
› STÉPHANIE HASENDAHL