Soigner les patients de langue et de culture différentes - Bien gérer vos consultations aujourd'hui

Soigner les patients de langue et de culture différentes

25.11.2016

État des lieux

Comment appréhender la mixité culturelle lorsque l’on est soignant ? Si la formation médicale n’apporte que peu d’outils au praticien pour communiquer et prendre en compte la culture des patients étrangers, ces éléments sont pourtant déterminants pour leur prise en charge.

Comprendre et se faire comprendre

Il est indispensable qu’un malade comprenne ce que le praticien dit, d’abord d’un point de vue médico-légal, puisque le patient doit être en mesure d’apporter son consentement éclairé, puis pour assurer la qualité des soins : « Le fait de négliger la langue et la culture d’un patient conduit à des erreurs diagnostiques et à des retards de prise en charge », alerte le Pr Marie-Rose Moro, pédopsychiatre, spécialiste de psychiatrie transculturelle. Ne pas pouvoir communiquer efficacement expose aussi à des problèmes d’observance, de mauvais usage, de toxicité et de complications liés à la maladie ou à ses traitements (1) ; cela génère par ailleurs de l’angoisse chez le patient. « Bien souvent, il va se concentrer à ne décrire que les symptômes physiques et occultera totalement son vécu. Le praticien risque alors de passer à côté de choses essentielles », ajoute le Pr Moro.
En pratique, en médecine de ville, les soignants établissent souvent la communication par les moyens les plus simples (2). Ils se contentent de gestes, d’approximations ou s’appuient sur l’aide d’un proche servant d’interprète de fortune (1). « En ambulatoire, cette façon de faire suffit la plupart du temps lorsque le praticien est confronté à un problème bénin, mais pas pour des situations plus complexes », précise le Pr Moro.
 

Appréhender les différences culturelles

La difficulté qu’éprouvent les soignants à communiquer avec les patients étrangers est aussi liée à leurs différences de croyances, de perceptions du malheur, l’existence de codes différents autour de la maladie, de la mort, ou encore de la douleur (3). Et, en fonction des cultures, les symptômes et la plainte s’exprimeront de multiples façons. « Si la langue est la première barrière à franchir, la prise en compte de la culture du patient permet de comprendre son ressenti, sa réaction et d’aiguiller le diagnostic », explique le Pr Moro. L’orientation est alors plus rapide et mieux adaptée vers les spécialistes. « On constate trop souvent, chez les migrants, des retards de prise en charge liés aux errances et aux doutes qui suivent leur première consultation, généralement parce que l’information leur a mal été donnée et que l’on n’a pas su être à l’écoute de leurs différences. »
Même chose en cas de problème d’adhésion ou de refus de soins : « Si un patient refuse l’option thérapeutique proposée par le praticien, c’est soit qu’il a été mal informé (ce qui engendre souvent des peurs), soit qu’il a une autre représentation de la maladie et de sa prise en charge. Dans ce cas, il faut lui proposer de parler de son hypothèse à lui, instaurer un climat de confiance afin de négocier, conseille le Pr Moro. Le patient peut faire son propre parcours, aller dans un lieu de culte, par exemple, s’il souhaite faire une offrande et prendre en même temps le traitement prescrit. Ce qui pose problème c’est lorsque le soignant ne tient pas compte du vécu du patient et qu’il a tendance à “culturaliser”, c’est-à-dire réagir uniquement en fonction de la différence de culture, de tout expliquer par la culture et donc de mettre à distance le patient comme personne. » 
 

Quels supports de communication pour le praticien ?

Pour communiquer, plusieurs possibilités s’offrent aux soignants :
 - Quelques phrases types d’anglais médical pourront toujours être utiles dans les situations urgentes.
 
 - Les glossaires : citons l’exemple du site Traducmed qui propose des traductions sonores en plusieurs langues de questions types d’interrogatoire médical et de phrases pour expliquer la prise en charge.
 
 - Un interprète sur place : des personnes accompagnant le patient peuvent jouer le rôle de traducteur. « Mais, ce n’est pas l’idéal, prévient le Pr Moro, car, au-delà des problèmes éthiques et de confidentialité que cela soulève, le patient sera amené à occulter certains symptômes s’ils sont intimes ou gênants. »
 
 - Les services professionnels d’interprétariat : des structures, telles que l’association Inter-Service Migrant Interprétariat (ISM), proposent des interprètes professionnels formés au métier de l’interprétariat et aux thématiques médicales. Ils sont soumis aux règles de la confidentialité, du secret professionnel et de la neutralité (1). L’interprète peut venir sur place ou la consultation peut se faire par téléphone. « La traduction doit se faire mot à mot, recommande le Pr Moro, l’interprète doit tout dire, du médecin vers le patient comme du patient vers le médecin, et ne jamais résumer. Le praticien quant à lui est encouragé à dire des choses simples, courtes, et à éviter les termes techniques. » On sait que cette façon de faire augmente la qualité des soins et diminue les erreurs médicales ; cependant, faire venir un interprète sur place n’est pas toujours aisé, surtout en urgence, et cela allonge le temps de l’examen.
 
 - Les consultations transculturelles à l’hôpital constituent également une possibilité comme la consultation ethnopsychiatrique de l’hôpital Avicenne (www.clinique-transculturelle.org) ou de l’hôpital Cochin du Pr Moro (www.maisondesolenn.fr).
 

 Quand faire appel à un interprète ?

« La présence d’un interprète est préférable de façon générale pour les patients qui se présentent à l’hôpital car on sait d’emblée que le problème risque d’être complexe », conseille le Pr Moro. Ajoutons que la situation sociale, la précarité, l’absence de papiers ou de couverture maladie vont encore majorer cette complexité. L’annonce d’une pathologie grave et/ou chronique nécessite, elle aussi, la présence d’un interprète qui, « s’il s’agit d’une maladie grave saura prendre en compte le vécu et les représentations du patient, et s’il s’agit d’une maladie chronique comme le diabète, pourra expliquer clairement le traitement afin de limiter les malentendus et les problèmes d’observance ». Le Pr Moro invite aussi le praticien à imprimer des documents sur la maladie du patient (on trouve sur Internet toutes ces informations en plusieurs langues), afin de les remettre au patient. 


Dr Patricia Martel, avec la collaboration du Pr Marie-Rose Moro, pédopsychiatre, spécialiste de psychiatrie transculturelle (consultations d’ethnopsychiatrie à l’hôpital Avicenne et Cochin)

À retenir

Trouver les moyens de bien communiquer et être à l’écoute des différences culturelles, en sollicitant si besoin l’aide d’un interprète, sont les deux conditions d’une prise en charge adaptée du patient étranger. 

REFERENCES

(1)   Tabouri A. L’interprétariat dans le domaine de la santé. Hommes et Migrations 2009 ; 1282 : 102-6.
(2)   Graz B et al. Réfugiés, migrants, barrière de la langue : opinion des praticiens sur les moyens d’aide à la traduction. Santé publique 2002 ; 14 : 75-81. https://www.cairn.info/revue-sante-publique-2002-1-page-75.htm
(3)   Kotobi L. Le malade dans sa différence : les professionnels et les patients migrants africains à l’hôpital. Hommes et Migrations 2000 ; 1225 : 62-72. http://www.revues-plurielles.org/_uploads/pdf/8_1225_7.pdf

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