Quand le patient se montre proche, voire trop « proche » ! - Bien gérer vos consultations aujourd'hui

Quand le patient se montre proche, voire trop « proche » !

25.11.2016

État des lieux

Le médecin est parfois confronté à une demande de proximité excessive ou à des attitudes séductrices de la part de ses patient(e)s. Qu’il s’agisse de témoignages d’amitié excessive ou d’attitudes ambiguës, le praticien doit absolument savoir s’en préserver et gérer au mieux des situations à risque. Cela passe entre autres par le maintien du caractère « asymétrique » de la relation de soins afin de n’en compromettre ni la qualité, ni la pérennité, et par l’adoption d’un comportement parfaitement adapté.

Les dangers du « patient ami »

Il arrive qu’au décours d’une relation, fondée sur une empathie et une reconnaissance mutuelles, se tissent des liens d’amitié entre le médecin et son patient. Ce type de rapport peut sembler « naturel », mais le médecin doit savoir préserver son autonomie pour préserver celle de ces patients, protéger son objectivité, son intimité, et éviter ainsi que le domaine privé n’empiète sur le domaine professionnel(1). « Maintenir une distance critique est en effet nécessaire car elle permet le travail de réflexion, et ce travail doit être dénué, dans la mesure du possible, de tout affect », explique le Pr Jean-Daniel Lalau, chercheur en éducation du patient au CHU d’Amiens.
Le risque est sinon réel de ne pas être pleinement disponible, soit pour l’examen clinique, l’annonce diagnostique, l’évaluation pronostique, soit pour s’approprier ce que le médecin livre et questionner à bon escient.
Entre le médecin et son patient doit s’installer une vraie relation de confiance. Adopter une attitude de conseiller impartial renforcera la confiance du malade puisqu’il sera assuré que le médecin défendra ses intérêts en toutes circonstances(1).
 

Maintenir une relation asymétrique

La relation de soin est par nature « asymétrique » ; le médecin est celui « qui sait » ; le patient, celui qui souffre. Mais elle est aussi « homothétique », en ce sens qu’elle est évolutive, chacun allant à la rencontre de l’autre pour un même objectif de santé.
Le Conseil de l’Ordre a récemment rappelé qu’un praticien n’avait pas à s’engager dans des relations amicales avec ses patients pour des raisons éthiques et déontologiques. Devant l’explosion des réseaux sociaux et des patients de plus en plus nombreux cherchant à devenir « amis » avec leur médecin, il a d’ailleurs mis en garde les praticiens dans un avis(2) précisant que le médecin se devait de « refuser toute sollicitation de patients désireux de faire partie de ses relations en ligne ». Car cette proximité virtuelle « comporte le risque de compromettre la relation médecin-patient, qui doit rester celle de l’empathie et de la neutralité des affects ».
 

Savoir adopter le bon comportement

En pratique, comment réagir face à un patient « envahissant », qui se comporte comme un « pote » ? Le médecin ne doit pas confondre « empathie » et « sympathie », sa façon de dire et de faire doit marquer la distance nécessaire à la recherche conjointe du mieux-être du malade.
 

Les dangers d’un(e) patient(e) « séducteur(trice) »

Le Pr Lalau nous livre les réflexions suivantes : « Des patients usent, par leurs propos, par leur posture équivoque, de séduction, laquelle est une forme de manipulation. Le médecin repérant cela doit demeurer dans une neutralité des affects absolue, ce qui ne signifie pas qu’il n’agit pas ! » Le médecin, au contraire, poursuit sans relâche son travail d’investigation. S’il lui semble que des bornes de bienséance ont été franchies, il doit pouvoir s’exprimer, mais sans juger.
 

À retenir

La relation médecin-patient est une relation asymétrique dans laquelle chacun doit garder son statut. Cette relation ne doit jamais être nivelée au risque d’en compromettre la qualité, la véritable humanité consistant à agir dans la recherche du mieux-être du patient. 

REFERENCES

1)      Jean-Marie Mantz. L’Éthique médicale en questions – 100 situations d’actualité. Lavoisier librairie, Paris, 2013.
2)      Déontologie médicale sur le web. Le Livre blanc du Conseil national de l’Ordre des médecins. Décembre 2011 (à consulter en ligne sur :
 http://www.conseil-national.medecin.fr/sites/default/files/livre_blancdeontoweb2012.pdf
 
Dr Patricia Martel avec la collaboration du Professeur Jean-Daniel Lalau, professeur en nutrition et chercheur en éducation du patient au CHU d’Amiens.

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