Le patient nomade, infidèle à son médecin traitant - Bien gérer vos consultations aujourd'hui

Le patient nomade, infidèle à son médecin traitant

25.11.2016

État des lieux

Certains patients vont de médecin en médecin, sans se fixer sur un seul. Un nomadisme qui a, certes, été un peu limité depuis l’instauration du médecin traitant, mais auquel le médecin généraliste doit parfois savoir faire face. 

Le nomadisme désigne la pratique de consultation successive de plusieurs praticiens d’une même spécialité, sans nécessité médicale, selon la définition des économistes Philippe Abecassis et Frédéric Gannon(1).
« Bien que suivi par son médecin traitant, le patient nomade ira aussi consulter à tour de rôle différents médecins généralistes praticiens. Il aurait une relation particulière avec le corps médical : quand il ne serait pas satisfait, il changerait de médecin. Ce cas de figure n’est toutefois pas très fréquent », tempère le Dr François Raineri, médecin généraliste à Massy (Essonne), maître de conférence associé à Paris-XI et responsable du département formation à la SFMG*.
En fait, le « vrai » nomadisme resterait très limité, à l’image de ce qui ressort d’un document de recherche de la CNAMTS(1) datant de 1992, qui a évalué comme de véritables nomades à peine 1,6 % des assurés. Ce chiffre est même encore minimisé, dans des Actes et Colloques de 2003(2), à 0,2 % de l’ensemble de la population « consommante ». Mais les statistiques manquent pour être plus précis.
 

Le médecin traitant, rempart au nomadisme

L’immense majorité des patients a déclaré un médecin traitant. « Afin de favoriser la coordination des soins, tout assuré ou ayant droit âgé de 16 ans ou plus indique à son organisme gestionnaire de régime de base d’assurance maladie le nom du médecin traitant qu’il a choisi, avec l’accord de celui-ci », précise, en effet, la loi du 21 juillet 2009(3). Toutefois, certains patients préfèrent butiner de médecin en médecin. Les personnes vivant entre deux domiciles, par exemple entre résidences principale et secondaire, consultent habituellement près de chez eux. « Mais, à partir du moment où ils ont choisi un médecin traitant, ils ne peuvent pas être considérés comme des nomades », estime le Dr Raineri. « De même, les étudiants, les apprentis… qui sont souvent en situation de flottement avec la Sécurité sociale, lié à leur changement de statut, ne correspondent pas non plus à ce cas de figure. » Enfin, certains bénéficiaires d’origine étrangère, bénéficiant d’une couverture maladie universelle (CMU) « sont à mon sens à placer à part car, pour des raisons culturelles, ils ont parfois du mal à comprendre la nécessité de consulter le même généraliste dans le système de santé français ».
 

Nomadisme contraint ou désiré ?

Le patient a opté pour un médecin référent. Cependant, pour consulter un spécialiste, les patients doivent s’en remettre aux conseils de leur médecin traitant, alors même qu’ils ont accès à une multitude d’informations médicales, selon les économistes Philippe Abecassis et Frédéric Gannon(4). Cette abondance contribue à renforcer les croyances sur leurs maladies supposées et ainsi, sans doute, à encourager un certain nomadisme. Le véritable nomadisme serait donc davantage lié à la personnalité du patient et probablement aussi à celle du médecin qui l’accueille. Et il serait plus fréquent dans certaines spécialités que dans la médecine générale où la question du remboursement des consultations se pose. Le nomadisme lié au tourisme médical à l’étranger ne doit pas non plus être exclu, mais cette pratique n’est pas fréquente en médecine générale, sauf en cas de force majeure lors d’un déplacement hors de nos frontières. Autre exemple : les tentatives de certains patients de se faire prescrire plusieurs fois certains médicaments en allant voir plusieurs praticiens. « Le médecin a la liberté de ne pas recevoir ces patients ou de les recevoir et de les mettre “hors parcours de soins coordonnés” et, dans ce cas, ces derniers ne reviendront pas », estime le Dr Raineri.

Christine Colmont

À retenir

Peu fréquent, le nomadisme devrait encore se réduire face à la difficulté croissante à trouver des médecins qui ont des disponibilités. Mais là, il s’agit d’un autre problème, celui des déserts médicaux…
 
Nous remercions le Dr François Raineri, médecin généraliste à Massy (Essonne), maître de conférence associé à Paris-XI et responsable du département formation à la SFMG, pour sa précieuse collaboration.

REFERENCES

(1) Abecassis Ph, Batifoulier Ph, Gannon F, Haag A. Nomadisme médical et médecin de référence : une modélisation de la dynamique de choix des patients. En ligne sur : https://www.academia.edu/5470094/Nomadisme_m%C3%A9dical_et_m%C3%A9decin_de_r%C3%A9f%C3%A9rence_Une_mod%C3%A9lisation_de_la_dynamique_de_choix_des_patients
(2) Mignon M, Sureau C. Humanisme médical – Pour la pérennité d’une médecine à visage humain. Coll. Actes et Colloques, Cercle André Lambling. John Libbey Eurotext, Paris, 2003.
(3) Article L. 162-5-3 du code de la Sécurité sociale, Loi n° 2009-879 du 21 juillet 2009 – art. 80 (V).
(4) Abecassis Ph, Gannon F. Autodiagnostic et stratégie du patient : généraliste et/ou spécialiste ? En ligne sur : http://www.academia.edu/1273836/Autodiagnostic_et_strat%C3%A9gie_du_pati...
 
* Société française de médecine générale (SFMG) : cette société savante fondée en 1973, association loi de 1901, constituée de 1 200 médecins généralistes membres associés et titulaires répartis dans toute la France, est une structure non syndicale œuvrant pour la promotion de la médecine générale. 

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