Systèmes experts : quelle place en médecine ? - Dr Connect

Systèmes experts : quelle place en médecine ?

25.02.2015

État des lieux

Les médecins ont encore peu de systèmes experts à portée de main. Mais un déferlement des algorithmes s’annonce, en médecine comme partout ailleurs.

Sur le même sujet

« Dans dix ou quinze ans, aucun médecin ne pourra rivaliser avec les systèmes experts pour la pose du diagnostic », prophétise le Dr Laurent Alexandre. Le président de DNAVision (et fondateur du site Doctissimo) annonce ce qu’il appelle une « watsonisation de la santé », du nom du programme d’intelligence artificielle, Watson, développé par IBM1« La décision va passer du médecin aux algorithmes. Actuellement, Watson fait mieux qu’un cancérologue avec le cancer du poumon car un être humain n’est pas capable d’analyser les milliards d’informations issues d’une tumeur du poumon, alors que Watson le fait en quelques secondes. »


Le Pr Guy Vallancien partage cette analyse… mais pas ses conclusions alarmistes sur la place du médecin dans le système de soins2. Le chirurgien, fondateur et président de la Convention on Health Analysis and Management(CHAM), admet que « les retombées médicales de l’intelligence artificielle sont considérables. Elles vont bouleverser de fond en comble l’organisation de nos systèmes de santé ». Il veut cependant y voir un potentiel pour un rôle du médecin qui « sera celui de l’écoute, de l’attention à l’autre et de la prise en charge la plus personnelle qu’il soit, tenant compte des particularités propres, familiales, professionnelles, socioculturelles et religieuses de l’être malade qui se confie […]. En étant capable de transgresser les règles établies pour soigner un malade unique dans sa personne, je prends toute ma dimension ».


Construire les bases de connaissances

Le débat demeure théorique tant que Watson reste du domaine de la recherche. Mais peut-être plus pour si longtemps.
L’intérêt des médecins pour des systèmes experts qui pourraient les assister dans l’aide au diagnostic remonte aux années 1960-1970, époque à laquelle les premières solutions ont vu le jour (Mycin, Internist aux États-Unis, ADM en France). Mais il faut reconnaître que l’on n’est plus, aujourd’hui, dans la même dimension, avec des puissances de calcul qui se sont démultipliées depuis 50 ans, de même que les connaissances médicales. Les systèmes experts n’ont cependant – jusqu’à présent – pas réussi à s’imposer en routine clinique. Les chercheurs en informatique médicale, Brigitte Séroussi, Pierre Le Beux et Alain Venot, en avancent quelques explications dans l’ouvrage universitaire collectif « Informatique médicale, e-santé »3. Ils soulignent notamment que « la construction de la base de connaissances a longtemps été considérée comme l’étape limitante du développement des systèmes experts » ; mais, ils relèvent aussi les freins qui tiennent au manque de structuration des données des dossiers médicaux. Sans oublier le manque d’appétence des médecins eux-mêmes… qui explique sans doute qu’un logiciel de qualité comme Le Sémiologiste 4 n’ait pas connu le succès qui lui permette de perdurer.


Systèmes de rappels et d’alertes

Dans le champ de l’aide à la décision médicale, les développements ont essentiellement porté, ces dernières années, sur les systèmes de rappels et d’alertes. Actuellement, peu de systèmes experts à part entière s’offrent aux médecins. On peut citer le logiciel Assistant Médical ou l’outil d’aide au diagnostic d’Orphanet. Tous deux s’utilisent en ligne, en accès direct et gratuit. Assistant Médical5 permet, à partir d’un mot, d’un concept, d’une association de symptômes, de visualiser toutes les hypothèses diagnostiques possibles, chacune documentée par une fiche accessible d’un simple clic. Le moteur d’Orphanet6 permet, de son côté, une recherche de maladie rare par signes et symptômes. Quelques disciplines peuvent, par ailleurs, s’appuyer sur des outils très pointus. C’est le cas par exemple de l’urgence neurovasculaire, qui bénéficie de logiciels innovants d’aide au diagnostic de pathologies cérébrales graves, grâce à l’implication du Pr François Nicoli avec trois ingénieurs7. Les patients ont, pour leur part, un médecin virtuel à disposition depuis peu. e-docteur (http://www.e-sante.fr/e-docteur), conçu par le Dr Loïc Etienne, recueille leurs symptômes et fournit en retour des conseils sur l’attitude à adopter (repos, consultation en urgence, etc.). Mais, il mérite d’être affiné8. Les promesses de la m-santé et des données massives en santé (Big data) pourraient d’ici peu tout bousculer. Seules 2 % des applications mobiles de santé sont aujourd’hui orientées vers le diagnostic, mais on en attend un fort développement… sous réserve que leurs promoteurs prennent soin d’en assurer la validation scientifique. C’est ce que vient de faire, par exemple, l’équipe de cardiologues de l’hôpital Européen Georges-Pompidou qui a évalué les algorithmes de son logiciel Hy-Result qui permet d’interpréter automatiquement les résultats d’automesure tensionnelle9.

 
Dominique Lehalle
 

À retenir

- Les médecins sont méfiants vis-à-vis des algorithmes
- Peu de systèmes d'aide au diagnostic sont utilisés en routine
- 2 % des applications mobiles de santé sont aujourd’hui orientées vers le diagnostic

l'annuaire du-diu

GUIDE PHARMA SANTE

Le Guide Pharma Santé regroupe l’ensemble des informations et points de contacts des entreprises du monde de la Santé.

Consulter

imageagenda

Retrouvez tous les évènements
et congrès à venir

Consulter