La santé : une économie à part ?

La santé : une économie à part ?

10.10.2016
Un PLFSS de trois ans augmenterait la visibilité et serait bénéfique à l’innovation.
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« Parler d’économie de santé, c’est aborder une multitude de valeurs dont la définition diffère selon les acteurs : pour le patient, c’est la qualité de vie ; pour le professionnel de santé, la prise en charge et l’évolution de carrière ; pour le gestionnaire, ce sont les recettes et les dépenses ; enfin, pour le législateur, c’est l’anticipation de l’organisation du système de santé…», indique Jean-Jacques Zambrow­ski, économiste de la santé, université Paris-Descartes. Mais, « la grande problématique est la valeur de l’innovation, compte tenu notamment de la rigidité du système qui conduit à sa destruction », ajoute Nicolas Bouzou, économiste, président et fondateur d’Asterès. En effet, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), qui ne prend pas en compte l’innovation, ne permet pas de définir une économie de la santé. « L’innovation doit être traitée indépendamment du PLFSS qui gère une récession. Il va également falloir distinguer ce qui ressort de la solidarité nationale comme le cancer, les maladies chroniques…, de ce qui relève de la responsabilité individuelle, comme la perte de voix… », prédit l’économiste.
Une loi de financement de la Sécurité sociale courant sur trois ans serait mieux acceptée par les acteurs. « Les industriels de la santé ont en effet besoin de visibilité, ce que nous n’avons absolument pas actuellement », regrette Laurence Comte-Arassus, présidente de Medtronic, « il ne faut plus que les industries du médicament soient la variable d’ajustement de l’Assurance maladie car cette absence de stabilité et de prévision nuit à l’innovation. » Pour Nicolas Bouzou, le PLFSS va de toute façon sauter en raison de l’arrivée de nouveaux acteurs dans la prise en charge financière.
 Si le système de santé ressort de ce débat comme étant à bout de souffle, il n’est cependant pas prêt de s’effondrer car il y a de très belles réussites, à l’exemple d’Unicancer qui présente un bon modèle de changement et d’évolution. Il s’agit donc de garder ce qui marche et de le valoriser, reconnaissent les intervenants.
Comment faire évoluer un système qui pèse 255 milliards d’euros par an (12 % du PIB) et emploie globalement près de 2 millions cinq cent mille personnes ?
Il est urgent de ré-imaginer notre système de santé car de grandes mutations de rupture, comme le numérique, sont à nos portes. Certaines pistes ont été esquissées.
« Il est nécessaire de travailler ensemble sur un nouvel écosystème plaçant le patient en son centre afin de répondre à ses besoins et à ses attentes. Nous sommes des citoyens de la santé et, à ce titre, nous devons imaginer de nouvelles organisations, de nouveaux parcours pour les patients. Cela peut se faire à enveloppe constante en reportant les économies réalisées sur l’innovation », estime Laurence Comte-Arassus.
Dans ce contexte, les délégations de compétence ont un rôle important à jouer – pourquoi obliger que la vaccination soit réalisée par un médecin alors qu’un pharmacien pourrait le faire ? –, mais « à condition que la délégation soit assortie pour le médecin d’une contrepartie heureuse permettant de valoriser sa pratique », précise Jean-Jacques Zambrowski.
Pour Arnaud Robinet, député de la Marne, membre de la Commission des affaires sociales à l’Assemblée nationale, « il faut donner plus de libertés et de responsabilités aux acteurs, pas exemple pour créer des réseaux de professionnels, et plus d’autonomie aux hôpitaux au niveau du recrutement. Leurs objectifs doivent être définis en fonction des territoires, pas en fonction de politiques globales », épinglant au passage les agences régionales de santé.
L’ubérisation galopante que l’on perçoit dans la santé va, de son côté, changer la donne car elle apportera de nouvelles modalités de régulation des besoins, par exemple en évitant des redondances d’actes, des simplifications des parcours de santé générant de substantielles économies, notamment avec la télémédecine. Reste que côté santé digitale, la France accuse un retard malgré un tissu entrepreneurial d’excellence dans ce domaine, comme les plates-formes de médecins généralistes. La prévention pourrait être le gagnant du numérique, encore faudrait-il que les start-up trouvent les moyens de développer leurs outils et de les diffuser, un point faible de l’Hexagone.

Débat avec Nicolas Bouzou, économiste, président et fondateur, Asterès ; Laurence Comte-Arassus, présidente, Medtronic France ; Arnaud Robinet, député de la Marne, Commission des affaires sociales, Assemblée nationale ; Jean-Jacques Zambrowski, économiste de la santé, directeur d’enseignement, université Paris-Descartes. Animé par Julien Kouchner, directeur général, Groupe Profession santé.
Michel Le Taillanter
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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