À Secours Expo 2016, les secours d'urgence à l'affût du « surattentat »

À Secours Expo 2016, les secours d'urgence à l'affût du « surattentat »

Damien Coulomb
| 05.02.2016

À l'occasion de la conférence inaugurale du salon « Secours Expo » dédié aux matériels et techniques des spécialistes du secours, des soins d’urgence et de la prévention (du 4 au 6 février), les acteurs des services de secours ont tiré les leçons des attaques du 13 novembre et tenté d'esquisser la forme que pourraient prendre les prochains actes terroristes en France.

De la même manière que les attentats de Bombay (novembre 2008) et de Nairobi (septembre 2013) préfiguraient les assauts du 13 novembre dernier, le scénario de l'attaque djihadiste de Ouagadougou pourrait donner un aperçu de ce qui pourrait se produire sur le territoire français : une attaque combinant l'utilisation d'explosifs, d'armes de guerre, avec des équipes supplémentaires chargées de tirer sur les secours à leur arrivée. « Ça nous pend au nez », affirme le général Philippe Boutinaud, commandant de la brigade des sapeurs pompiers de Paris (BSPP).

Organisation en zones concentriques

Ce type d'attaque en plusieurs temps est déjà anticipé par la directive signée le 16 novembre dernier par le préfet de police de Paris qui encadre l'intervention en cas d'événement grave dans Paris et la petite couronne nécessitant la coordination des pompiers, de la police et du SAMU. Cette directive oblige à installer trois zones concentriques autour d'un événement : une zone d'exclusion totale réservée aux brigades d'intervention (BRI, RAID ou GIGN), une zone contrôle qui sert de sas d'extraction des victimes une fois qu'elles ont été contrôlées par la police et une zone de soutien sécurisée où sont disposés les moyens de secours et les postes de commandement.

« Le risque de surattentats doit être notre obsession, martèle le Pr Denis Safran, médecin chef de la BRI, la zone rouge ne doit pas être déclassée tant que le déminage n'est pas passé et que le doute n'est pas levé en ce qui concerne le risque NBC (nucléaire bactériologique chimique). »

Pour faire face aux futures menaces, les intervenants s'accordent sur une refonte des télécommunications : « Il y avait beaucoup d'encombrement sur les fréquences de polices, trop peu de canaux dédiés, explique le Pr Safran, il faut aussi faire un maximum d'exercices pour acquérir un langage commun. » De plus, les fréquences de la police et des services de secours d'urgence ne sont pas les mêmes.

Le baptême du feu de SINUS

Les attentats du 13 novembre ont également constitué le premier baptême à grande échelle du système informatique SINUS, mis en place en 2006 par la préfecture de Paris pour permettre aux différents métiers de constituer des listes communes de victimes. Chaque patient reçoit un bracelet imprimé sur les lieux de l'événement, scanné à chaque étape de la prise en charge. Le serveur SINUS rassemble ainsi les noms, coordonnés, et statut des victimes : urgence absolue, urgence relative, décédés ou impliqué.

S'il a globalement bien fonctionné, SINUS n'a pas pu être déclenché sur tous les sites de l'attaque et la communication des informations aux familles ne s'est pas correctement déroulée. « Les retours d'expérience ont identifié deux blocages, explique Jean-Marc Westrich, ingénieur au secrétariat de la zone de défense et de sécurité de la préfecture de police de Paris, en premier la police judiciaire ne peut pas confirmer un décès tant qu'il n'y a pas eu d'identification médicolégale ou une reconnaissance par les proches. Ensuite, notre centre d'information du public, qui n'a que 16 lignes téléphoniques, a reçu 90  000 appels en 48 heures. Il faudrait que l'on ait les moyens de le faire monter en charge temporairement lors de ce genre d'événement. »

La version 3 de SINUS est en cours de déploiement, elle intègre une nouvelle numérotation qui donnera des notions de départements et de région et sera aussi adaptée aux tablettes et aux téléphones mobiles.

Un retour d'expérience complet sur les attentats du 13 novembre a été publié le 21 janvier dernier dans les « Annales françaises de médecine d'urgence ».

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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