Les taux de résistances aux antibiotiques chutent chez les animaux d’élevages

Les taux de résistances aux antibiotiques chutent chez les animaux d’élevages

Damien Coulomb
| 03.11.2015
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Les taux de résistances bactériennes aux antibiotiques « critiques » (c’est-à-dire problématique pour la santé humaine) ont fortement diminué en quelques années chez les animaux d’élevages, selon le dernier rapport du réseau Résapath, qui s’appuie sur 36 989 antibiogrammes réalisés en 2014 à partir de prélèvements sur des bovins, des volailles, des porcs, des chevaux et des animaux de compagnie. Ces résultats ont été présentés lors des rencontres scientifiques de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation et du travail (ANSES).

Depuis 2006, les taux de résistances aux céphalosporines de 3e et 4e générations ont fortement baissé chez les volailles et les porcs. Après un pic observé vers 2010/2011 (avec 22,5 % de résistance chez les poules et poulets), ils se sont écroulés à 5 % ou moins en 2014.

En revanche, le réseau enregistre une augmentation des résistances aux céphalosporines chez les veaux, pour qui 8,5 % des bactéries prélevées étaient résistantes en 2014, contre un peu moins de 4 % en 2006. « Le veau échappe à la baisse car il y a une plus grande complexité des mécanismes qui conduisent à la résistance, commente Jean-Yves Madec, responsable de l’unité antibiorésistance et virulence bactériennes des laboratoires de l’ANSES de Lyon qui a présenté les résultats. Les veaux mâles sont considérés comme des « sous-produits » vendus peu cher et nourris avec du lait de vache traité aux antibiotiques non destiné à l’alimentation humaine. » Une autre hypothèse est liée à l’utilisation d’antibiotiques lors du tarissement des vaches entre deux mises à bas.

Des résultats importants pour l’homme

Ces résultats ne sont pas seulement rassurants pour la santé vétérinaire, ils constituent un signe encourageant en ce qui concerne la circulation des résistances bactériennes dans l’environnement et leur possible impact chez l’homme. « On ne peut pas séparer la santé vétérinaire de la santé animale, estime Jean-Yves Madec. Si nous nous sommes intéressés aux céphalosporines, aux fluoroquinolones et à d’autres antibiotiques critiques, c’est parce qu’ils sont importants chez l’homme. »

Si le passage direct des bactéries de l’animal à l’homme est un phénomène rare, plusieurs articles décrivent le transfert de gènes de résistances entre les bactéries humaines et animales via des plasmides.

« Comme il n’est pas possible de faire le lien entre les résistances chez l’homme et l’animal, on essaye d’établir des liens moléculaires, précise Jean-Yves Madec, les rares staphylocoques dorés résistants à la méticilline (SARM) présents chez le chien sont des clones d’origine humaine, également retrouvés en milieux communautaire ou hospitalier. »

Des pistes de réflexion pour la médecine humaine

Cette diminution des taux de résistances est liée à de profonds changements des pratiques d’élevage, sous l’impulsion du plan Ecoantibio 2010-2017. « Des filières ont complètement arrêté l’usage de certains antibiotiques, explique Jean-Yves Madec, la filière porcine n’utilise plus les céphalosporines de troisième génération depuis 2011. »

En 2014, l’ANSES constate en effet une baisse de l’exposition aux céphalosporines de 3e et 4e générations et aux fluoroquinolones, respectivement de 12,0 % et de 3,5 % par rapport à 2013.

L’important volet sur l’antibiorésistance de la loi d’avenir agricole, dont plusieurs décrets d’application sont encore en attente, a également eu un impact important, en imposant des protocoles de soins très stricts. « Les prescriptions d’antibiotiques critiques sont soumises à des contraintes imposées par la loi, le vétérinaire doit notamment montrer qu’il n’avait pas d’autres choix », explique Jean Yves Madec, qui a participé à la rédaction du rapport Carlet sur l’antibiorésistance. Selon lui, la baisse de l’antibiorésistance en médecine vétérinaire pourrait donner du grain à moudre à la médecine. « Va-t-on aller vers une prescription encadrée par la loi en médecine humaine ?, questionne-t-il. Pour l’instant il n’en est pas question mais c’est une piste... »

Source : Lequotidiendumedecin.fr
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