La formation des médecins révisée de fond en comble ? - Changement de braquet pour le 3e cycle

La formation des médecins révisée de fond en comble ?Changement de braquet pour le 3e cycle

19.10.2015

Engagée depuis 2009, la refonte de l’internat et du post-internat se profile. Le ministère de la Santé a confié au Pr Benoît Schlemmer, ancien doyen de médecine de Paris VII, la mission de parachever ce chantier pour la rentrée universitaire 2017.

  • En 2017, une quarantaine de DES seront ouverts aux internes

Le travail entrepris ces dernières années par les Prs Couraud et Pruvot a permis de dégager des priorités. Étudiants, internes, chefs et hospitalo-universitaires s’accordent sur la nécessité de réviser la formation des futurs médecins. Derrière la refonte des maquettes et les ajustements docimologiques, se cachent des enjeux plus sensibles : l’accès au post-internat et en filigrane au secteur II. Tour d’horizon d’une réforme délicate.

• Le « big bang » des diplômes

La réforme vise à faire du diplôme d’études spécialisées (DES) un sésame suffisant vers l’exercice. Les diplômes complémentaires (DESC) seront supprimés et les maquettes des spécialités révisées. Des formations spécialisées transversales (FST) verront le jour.

Selon un projet d’arrêté dont « Le Quotidien » s’est procuré une copie, une quarantaine de DES seront proposés aux internes disponibles. La gériatrie, la médecine d’urgence et la médecine légale vont devenir officiellement des spécialités. Le débat fait rage sur la création d’un DES d’allergologie et immunologie clinique. Un grand ménage sera opéré sur les spécialités chirurgicales : la chirurgie générale va disparaître. Des DES spécifiques seront créés en chirurgie orthopédique, pédiatrique, plastique, thoracique, vasculaire, viscérale et digestive, et en urologie. La durée des DES (de 4 à 6 ans) sera précisée dans un futur arrêté.

Les enseignants souhaitent que l’internat de médecine générale passe de 3 à 4 ans mais les internes s’y opposent.

• Un internat en trois phases

Le nouveau DES comportera trois phases d’apprentissage : une phase « socle » permettant la découverte de la spécialité, une phase d’« approfondissement » et une phase de « mise en situation », aboutissant à une prise de garde senior – les internes s’opposent à l’appellation de mise en responsabilité qui sous-entend selon eux une exposition juridique trop importante au regard de leur statut.

Les stages pourraient être agréés pour l’une ou l’ensemble de ces périodes de formation en fonction de leurs spécificités. La thèse de médecine et le mémoire de DES seront couplés de façon à ne garder qu’un unique travail personnel rédactionnel.

• Davantage de stages en ambulatoire

Le constat est partagé : la formation reste trop hospitalocentrée. Les différents acteurs souhaitent ouvrir plus de terrains de stage en cabinet libéral ou en établissement privé. Cette demande est particulièrement portée par les internes de médecine générale (ISNAR-IMG). « Nous souhaitons que les futurs généralistes puissent passer la moitié de leur internat (3 semestres sur 6) en ambulatoire mais cela nécessite de continuer à recruter des maîtres de stage », explique Trystan Bacon, président de l’ISNAR-IMG.

• Un portfolio pour valider les acquis

Afin que chaque interne puisse justifier ses « états de service », les portfolios numériques déjà utilisés dans certaines disciplines pour suivre l’acquisition des compétences propres à chaque spécialité seraient généralisés. Ce système de validation des acquis pourrait également servir tout au long de la carrière du médecin pour l’obtention de diplômes supplémentaires (DU, DIU) ou la réalisation d’actions de DPC.

• De nouvelles conditions d’accès au post-internat

Le nombre de places de post-internat (clinicat, assistanat) étant très insuffisant pour satisfaire les nouveaux internes de plus en plus nombreux, le clinicat pourrait être réservé aux futurs spécialistes qui envisagent de faire une carrière hospitalo-universitaire et pour lesquels il est absolument nécessaire. « Il ne s’agit pas de faire de tous les internes des ultras spécialistes de pointe, déclare le Pr Schlemmer. Dans les mois à venir, nous devrons considérer quelles peuvent être les conditions d’accès à un post-internat, spécialité par spécialité, en tenant compte des besoins démographiques et du projet professionnel des uns et des autres. »

• Un accès plus restreint au secteur II ?

C’est le dossier délicat. Si l’obtention d’un post-internat devient plus difficile pour les médecins qui souhaitent s’installer en libéral, la possibilité de pratiquer des honoraires libres pourrait être mécaniquement « contingentée », confie un hospitalo-universitaire. Le sujet inquiète les internes. « Le ministère de la Santé nous a assuré que la question du secteur II ne serait pas tranchée avant l’élection présidentielle », assure un spécialiste du dossier.

Christophe Gattuso
Source : Le Quotidien du Médecin n°9442
Commenter 8 Commentaires
 
CYRILLE V Médecin ou Interne 19.10.2015 à 22h16

« Segmenter un nombre toujours plus grand de spécialités et de sous-spécialités...Les médecins y seront-ils enfermés à vie ou pourront-ils changer au cours de leur carrière ?Je pense notamment aux urg Lire la suite

Répondre
 
Emad M Médecin ou Interne 14.12.2015 à 16h19

Effectivement, nous assistons désarmés à la création de multiples spécialités dont les urgences, je suis urgentiste depuis 25 ans , et je parie que quiconque peut tenir un quart de siècle à faire des Lire la suite

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Pierre H Autre Professionnel Santé 19.10.2015 à 10h44

La gauche à toujours été anti médecine libérale elle veut des fonctionnaires partout pour les avoir à sa botte

Répondre
 
martin a Médecin ou Interne 20.10.2015 à 16h00

Précisez des vieux médecins libéraux, les jeunes ne sont plus formatés pour faire plaisir. Et moi je préfère avoir une patientèle moindre qu'une prescription sous contrôle des médecins conseils...

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Roger M Médecin ou Interne 19.10.2015 à 19h22

« Je ne vois pas à la botte de qui seraient des médecins fonctionnaires. Je vois par contre que beaucoup de libéraux sont à la botte de leurs malades à quiis n'osent refuser un traitement inutile et Lire la suite

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BERNARD K Médecin ou Interne 19.10.2015 à 10h14

Confier à un médecin hospitalier aussi titré soit-il la réforme des spécialités est un leur en particulier pour la chirurgie.
Plus de la moitié des interventions sont pratiquées en effet dans le Lire la suite

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pacharli Médecin ou Interne 19.10.2015 à 09h15

En résumé : les bons à l'hôpital et les autres en ville.... Nous n'en sortirons donc jamais de cette "idéologie" démentie par ce qui se passe en réalité. Par ailleurs, ce n'est pas aux médecins du Lire la suite

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