Chute de John Kerry : la stratégie thérapeutique délicate d’une fracture périprothétique

Chute de John Kerry : la stratégie thérapeutique délicate d’une fracture périprothétique

02.06.2015
  • John Kerry, à Lausanne, en mars 2015.

Malgré les controverses qui les ont entourées, les victoires de Lance Amstrong ont fait du Tour de France un événement des plus populaires aux États-Unis. À tel point que certains touristes s’entraînent à reproduire une ou plusieurs étapes de la Grande Boucle. C’est en s’exerçant à une telle aventure que John Kerry, le secrétaire d'État américain vient d’être accidenté.

Le blessé souffre d’une fracture du fémur mais, ayant fait l’objet quelques années plus tôt d’une prothèse de hanche, sa situation lésionnelle nécessite une approche moins standardisée. Ces fractures périprothétiques du fémur sont de moins en moins inhabituelles, compte tenu de la population toujours croissante des sujets porteurs d’une prothèse totale de hanche.

Malgré une expérience clinique soigneusement étudiée, ces fractures peuvent constituer un véritable défi thérapeutique. En effet, il s’agit d’une problématique multiparamétrique dans laquelle viennent jouer un rôle important plusieurs éléments : la topographie anatomique et la géométrie du trait de fracture par rapport à l’implant prothétique (tige fémorale) ; la fiche de « contrôle technique de l’implant », c’est-à-dire est-il descellé ou en voie de descellement ? A-t-il donné lieu à des phénomènes d’usure et/ou d’ostéolyse ?

Classification de Vancouver

Pour tenir compte de ces éléments et guider la prise en charge thérapeutique, des classifications ont été élaborées. Elles sont connues sous le nom de classification de Vancouver ou de sa version améliorée, classification de la SoFCOT.

Ces classifications fondées sur l’anatomie fracturaire, la stabilité (passée ou prévisible dans l’avenir) de l’implant permettent au chirurgien traitant d’optimiser son indication thérapeutique. Il s’agit en effet soit de privilégier une ostéosynthèse (en général par plaque), soit de privilégier une reprise de la prothèse au moyen d’une version porteuse d’une tige plus longue, traitant par la même occasion le foyer de fracture.

Quelle que puisse être l’option thérapeutique finalement choisie, l’objectif reste univoque : permettre au blessé un retour à l’état fonctionnel prévalant avant l’accident.

Ainsi les fractures du fémur périprothétiques imposent parfois une stratégie thérapeutique délicate, au mieux exécutée en centre spécialisé. C’est sans doute pour ces raisons que le ministre américain a opté pour son rapatriement au Massachusetts General Hospital de Boston.

Chirurgien orthopédiste, membre de la SoFCOT (Société française de chirurgie orthopédique et traumatologique)
Pr Charles Msika
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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