Antibiorésistance, un problème préoccupant… dans l’acné aussi

Antibiorésistance, un problème préoccupant… dans l’acné aussi

03.03.2015

On observe, depuis le début des années 1980, l’émergence d’une résistance aux antibiotiques topiques dans l’acné. État des lieux et conséquences.

  • Antibiorésistance, un problème préoccupant… dans l’acné aussi

Une meilleure gestion de l’antibiothérapie est devenue un enjeu majeur de santé publique.

En effet, ces dernières années, l’utilisation plus ou moins justifiée de certaines molécules antibiotiques a conduit à l’émergence de bactéries résistantes dans de nombreuses pathologies et ce phénomène s’observe aujourd’hui dans l’acné, avec Propionibacterium acnes.

 

Une forte augmentation

Depuis la première description d’une souche résistante dePropionibacterium acnes chez un patient acnéique, la prévalence de la résistance n’a cessé d’augmenter dans tous les pays.

En France, 75,1 % des patients acnéiques traités par une antibiothérapie topique ou systémique sont porteurs de souches de P. acnes résistantes à l’érythromycine et 9,5 % de souches résistantes à la tétracycline et à la doxycycline (1).

 

D’importantes conséquences

 

Sur la flore cutanée

Dans l’acné, l’antibiothérapie topique exerce une activité antibactérienne, notamment sur Propionibacterium acnes, et un effet anti-inflammatoire. Les deux molécules les plus souvent utilisées sont l’érythromycine et la clindamycine.

Cependant, leur utilisation en monothérapie et leur large diffusion ont conduit à l’émergence de la résistance de souches deP. acnes.

Le délai d’apparition de cette résistance est d’environ 3 semaines après le début du traitement.

En outre, de nombreuses études ont montré que leur prescription pouvait favoriser l’émergence de la résistance à l’érythromycine ou à la clindamycine chez différentes espèces commensales de la peau et des fosses nasales telles que Staphylococcus aureus, Staphylococcus epidermidis ou certaines corynébactéries par pression de sélection sur la flore et non par transfert chromosomique(2).

Cette pression de sélection constitue un dégât collatéral de l’antibiothérapie locale ou systémique par les macrolides, qui en fait toute sa gravité (3).

 

 

Sur l’efficacité du traitement

Les données de la littérature sont aujourd’hui suffisantes pour considérer que la présence de souches résistantes de Propionibacterium acnes chez un patient acnéique peut être associée à un échec thérapeutique ou à une rechute rapide. Cependant, la valeur minimale du ratio P. acnes résistant/P. acnes sensible qui aboutit à cette résistance bactériologique n’est pas encore connue.

De plus, ces dernières années, il a été observé une augmentation d’infections systémiques profondes àP. acnes. Elles s’observent notamment en période postchirurgicale chez des patients subissant des interventions pour pose de prothèses et sont liées à la sécrétion d’un biofilm par P. acnes (4).

 

Comment éviter l’antibiorésistance ?

Des recommandations françaises et internationales ont été émises (5-7) :

-          éviter l’utilisation d’un macrolide local dans l’acné minime inflammatoire et, dans tous les cas, si celui-ci est utilisé seul, ne pas dépasser 4 semaines de traitement ;

-          il existe une alternative à l’antibiothérapie locale, qui a une efficacité comparable, sans induire de résistance : le peroxyde de benzoyle, utilisé seul ou en association avec un rétinoïde topique (absence de résistance bactérienne et donc spectre d’activité élargi sur les comédons*) ;

-          dans une acné modérée à sévère, une antibiothérapie systémique est souvent nécessaire, associée au traitement local de l’acné, qui ne doit jamais être un antibiotique topique ;

-          utiliser les cyclines à faibles doses (100 mg/j pour la doxycycline et 300 mg/j pour la lymécycline) qui agissent essentiellement par leur effet anti-inflammatoire et antiséborrhéique. De plus, le pourcentage de souches de P. acnes résistantes aux cyclines est plus faible qu’avec les macrolides ;

-          la durée de traitement doit être limitée dans le temps et ne pas dépasser 4 mois.

 

* Le spectre d’activité élargi des antibiotiques sur les bactéries, notamment sur

 P. acnes,est une conséquence directe de l’absence de résistance bactérienne.

 

Christine Fallet

 

Références

1. Dumont-Wallon G et al. Bacterial resistance in French acne patients. Int J Dermatol 2010 ; 49 : 283-8.

2. Christensen GJet al. Bacterial skin commensals and their role as host guardians. Benef Microbes 2014 ; 5 : 201-15.

3. Coates P et al. Prevalence of antibiotic-resistant Propionibacteria on the skin of acne patients : 10-year surveillance data and snapshof distribution study. Br J Dermatol 2002 ; 146 : 840-8.

4. Berthelot P et al. Outbreak of postoperative shoulder arthritis due to Propionibacterium acnes infection in nondebilitated patients. Infect Control Hosp Epidemiol 2006 ; 27 : 987-90.

5. Auffret N et al. Algorithme de traitement de l’acné juvénile faciale. Ann Dermatol Venereol2011 ; 138 : 23-9.

6. Nast A et al. ; European Dermatology Forum. European evidence-based (S3) guidelines for the treatment of acne. J Eur Acad Dermatol Venereol 2012 ; 26 (suppl 1) : 1-29.

7. Thiboutot D et al. ; Global Alliance to improve outcomes in acne. New insights into the management of acne : an update from the Global Alliance to improve outcomes in Acne group. J Am Acad Dermatol2009 ; 60 (suppl 5) : S1-50.

 

Source : Lequotidiendumedecin.fr

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