Un médecin peut-il « googliser » ses patients ?

Un médecin peut-il « googliser » ses patients ?

07.02.2015

Avant de s'adresser à un médecin, les patients n'hésitent plus à se renseigner sur Internet pour savoir ce qu'en dit la toile : ils le « googlisent ». Mais la réciproque est également vraie : certains praticiens éprouvent parfois le besoin d'en savoir plus sur la personne qui vient de quitter leur cabinet, et s'adressent pour cela au célèbre moteur de recherche. Ont-ils raison ?

Avec deux de ses collègues du Penn State College of Medicine, le Dr Maria J. Baker a tenté de répondre à cette épineuse question. Elle a livré ses conclusions dans l’édition de janvier du « Journal of General Internal Medicine ».

« Googliser un patient peut affecter la confiance entre ce patient et son médecin », explique cette spécialiste de la génétique sur le site de la Penn State University, « mais dans certains cas cela peut être justifié éthiquement ».

Pour le Dr Baker, le déclic s’est produit avec une patiente venue la consulter pour une mastectomie prophylactique. Intriguée par une discordance entre les explications de cette dame et son dossier médical, la praticienne a interrogé Google... Réponse immédiate : elle avait affaire à une récidiviste qui avait pour habitude de se faire passer pour victime d’un cancer qu’elle n’avait pas.

Une pratique encadrée

« Googliser les patients va devenir une pratique de plus en plus courante, tout particulièrement avec les médecins qui ont grandi avec Internet », explique le Dr Baker. « Les prestataires de santé ont besoin de directives pour savoir quand ils doivent le faire ».

Dans son article, la praticienne identifie 10 critères permettant de justifier une recherche sur Internet : parmi eux, des allégations manifestement improbables de la part du patient, un niveau d’agressivité non justifié par l’examen clinique, une suspicion de risque de suicide…

En soulevant ce sujet polémique, l’auteure espère surtout initier un débat qui permettra d’aboutir à des recommandations professionnelles officielles. Y a-t-il une chance pour que celles-ci traversent un jour l’Atlantique pour venir éclairer la lanterne des médecins français ?

Probablement pas dans un avenir prévisible, si l’on en croit le Dr Jacques Lucas, vice-président du Conseil de l’Ordre contacté par « le Quotidien » : googliser ses patient est « totalement inadmissible éthiquement », affirme ce spécialiste des questions numériques. « Aucun acte médical ne peut être pratiqué sans consentement », ajoute-t-il. Pour le Dr Lucas, si un praticien a le sentiment que son patient lui cache quelque chose, il doit s’en tenir aux bonnes vieilles méthodes… et poursuivre l’interrogatoire.

Adrien Renaud
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 12 Commentaires
 
14.02.2015 à 14h32

« Dr Jacques Lucas, vice-président du Conseil de l’Ordre : c'est beau comme l'Antique
foutricule »

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09.02.2015 à 08h21

« Plus j'en sais sur eux, mieux je les connais, et les traite. De plus parfois ils mentent, souvent ils en rajoutent.. et exactitude n'est pas Vérité..les antécédents peuvent être lus avec leur CSV..o Lire la suite

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07.02.2015 à 21h41

« En suite et fin de mon post de ce jour ( 7/2/15) à 19h04 je conclurais en disant que ce que proclame le Dr Jacques Lucas, vice-président du Conseil de l'Ordre est tout simplement "ETHIQUEMENT INTOLE Lire la suite

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07.02.2015 à 19h41

« Je viens de le faire récemment : un patient était très loin de l'empathie ( veut me faire un cours sur ceci cela ... "Moi je" )alors que je venais de me décarcasser pour "lui " : je suis très, très Lire la suite

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07.02.2015 à 19h04

« Les positions radicales en règles immuablement établies en pratiques psychiatriques m'ont toujours parues sur le terrain peu performantes au niveau thérapeutique quelques soient les époques. Le bien Lire la suite

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