Polémique sur un rôle présumé du FMI dans la survenue de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest

Polémique sur un rôle présumé du FMI dans la survenue de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest

20.01.2015
  • 1421763430579213_IMG_145591_HR.jpg

Une vive polémique agite les milieux universitaires anglo-saxons depuis quelques semaines : y a-t-il un lien entre les politiques budgétaires restrictives menées en Afrique depuis les années 1980 et le déclenchement de l’épidémie d’Ebola ? Plus précisément, le Fonds Monétaire International (FMI), en imposant des coupes drastiques en échange de ses prêts, a-t-il affaibli les systèmes de santé des pays touchés au point de les rendre incapables de réagir correctement ?

Le débat a été lancé le 22 décembre 2014 par un article publié dans le « Lancet » qui soutenait la thèse de la responsabilité de l’institution basée à Washington. Alexander Kentikelenis, Lawrence King, Martin McKee et David Stuckler, chercheurs basés dans des universités anglaises prestigieuses comme Oxford, Cambridge et la London School of Hygiene and Tropical Medicine, y soulignaient les effets délétères des politiques exigées par le FMI : diminution des dépenses publiques qui se traduisait directement en termes de ressources humaines, limitation des salaires qui démotivait le personnel, décentralisation des services de santé qui empêchait d’envisager une réponse forte et coordonnée en cas d’épidémie...

Réfutations

La réponse du FMI n’a pas tardé. Le 5 janvier, le directeur adjoint de l’institution chargé des affaires fiscales, Sanjeev Gupta, répliquait dans les colonnes du « Lancet ». D’après ce haut fonctionnaire international, les assertions des chercheurs anglais sont tout simplement fausses : les dépenses de santé sont d’après lui en augmentation depuis des années dans les trois pays frappés par Ebola, et l’institution à laquelle il appartient a contribué à ce résultat en finançant les secteurs prioritaires.

Mais dès le 30 décembre, le débat s’était étendu à la presse grand public.

Dans un billet publié sur le blog Monkey Cage du Washington Post, le Pr Chris Blattman, qui enseigne les sciences politiques à l’université de Columbia, tirait une salve d’une rare violence contre la thèse d’une responsabilité du FMI dans le déclenchement d’Ebola. D’après lui, l’analyse publiée dans le « Lancet » « n’a tout simplement aucun sens pour ceux qui connaissent les gouvernements de ces pays ». L’universitaire américain y voit « plus d’opinion que de preuve », et accuse les auteurs « de faire de la recherche à distance et d’ignorer la politique ».

D’après le Pr Blattman, ce n’est pas le FMI, mais les États qui ont décidé d’allouer des ressources insuffisantes au secteur de la santé. Le débat s’est alors emballé : les auteurs de l’étude du « Lancet » ont répondu au Pr Blattman dans les colonnes du Washington Post, et des économistes ont donné leur avis sur leur blogs personnels, que ce soit pour défendre le FMI ou pour prendre une position plus mesurée.

Pour l’instant, le monde francophone est resté relativement à l’écart de cette polémique. Pour combien de temps ?

Adrien Renaud
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 3 Commentaires
 
21.01.2015 à 13h11

« Ça ferait un bon pitch pour le prochain James Bond, non ?... ;-) »

Répondre
 
21.01.2015 à 06h56

« Triste, mais parfaitement exact. »

Répondre
 
20.01.2015 à 21h56

« Les fonds versés au titre de "l'aide au développement" ne servent qu'à maintenir en place les dictateurs locaux. Ils s'en accaparent une large part pour leurs propriétés de luxe et leurs comptes en Lire la suite

Répondre

Commentez

Vous devez être inscrit ou abonné pour commenter un article et réagir. Pour rappel, la publication des commentaires est réservée aux professionnels de santé.

A la une

add

Régime complémentaire et ASV : la retraite « en temps choisi » applicable dès 2017 !

CARMF Médecin retraite

Tout vient à point… Après l'échec en 2014 d'un premier projet de « retraite à la carte » (une réforme du seul régime complémentaire... 4

Contraception Essure : après le lancement d'une action judiciaire, le CNGOF appelle à un recueil fiable des données

Essure

Les micro-implants tubaires Essure de contraception définitive font l'objet d'une première action en justice en France contre le fabricant... Commenter

« Bref, je suis interne d’ortho », la parodie d’un étudiant visionnée près de 400 000 fois

En bref Interne en ortho

Rémi di Francia n’en revient pas. Sa vidéo parodique sur l'internat diffusée le 16 novembre dernier rencontre un énorme succès sur les... 11

A découvrir

l'annuaire du-diu

GUIDE PHARMA SANTE

Le Guide Pharma Santé regroupe l’ensemble des informations et points de contacts des entreprises du monde de la Santé.

Consulter

imageagenda

Retrouvez tous les évènements
et congrès à venir

Consulter