Le virus Ebola met à mal les acquis de la lutte contre le paludisme

Le virus Ebola met à mal les acquis de la lutte contre le paludisme

09.12.2014

Dans son dernier rapport sur la situation du paludisme dans le monde, l’OMS s’inquiète de la concomitance en Afrique de l’Ouest de l’épidémie à virus Ebola qui risque de mettre à mal les acquis de la lutte contre le plasmodium.

« En Guinée, en Sierra Leone et au Liberia, les trois pays les plus gravement touchés par l’épidémie, la majorité des centres de santé où des patients sont hospitalisés restent fermés tandis que la fréquentation des consultations externes ne représente plus qu’un petit pourcentage de ce qu’elle était avant l’épidémie », note l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces 3 pays comptent à eux seuls 6,6 millions de cas de paludisme et 20 000 décès en 2013.

Dans ce contexte, l’OMS a décidé de publier des recommandations temporaires pour lutter contre les maladies pendant l’épidémie d’Ebola : les traitements combinés à base d’artémisinine (ACT) doivent être administrés à tous les patients présentant de la fièvre, même si le paludisme n’a pas été diagnostiqué ; les ACT doivent être administrés massivement dans les zones gravement touchées par la maladie à virus Ebola et où la transmission du paludisme est également élevée.

L’OMS lance un appel aux bailleurs de fonds internationaux afin que ces nouvelles recommandations puissent être mises en œuvre et que des moustiquaires puissent être distribuées dans toutes les zones touchées.

L’appel arrive alors que les financements quoiqu’en augmentation - 2,7 milliards de dollars (2,1 milliards d’euros) en 2013 soit 3 fois plus qu’en 2005 - sont en deçà des 5,1 milliards de dollars (4,11 milliards d’euros) nécessaires pour atteindre les objectifs précédemment fixés.

Mortalité en baisse

Pourtant les dernières données invitent plutôt à l’optimisme. « Nous pouvons gagner la lutte contre le paludisme », affirme le Dr Margaret Chan, directeur général de l’OMS dans la présentation du rapport annuel sur la situation du paludisme dans le monde publié ce mardi. « Nous disposons d’outils efficaces et nos stratégies fonctionnent. Mais il nous faut encore parvenir à faire bénéficier beaucoup plus de personnes de ces outils si nous voulons pérenniser ces acquis », a-t-elle ajouté.

Selon les dernières estimations 198 millions d’infections et 584 000 décès liés au paludisme ont été recensés en 2013. Comme les autres années, la région Afrique qui concentre 90 % des décès reste la plus touchée. Les enfants de moins de 5 ans qui représentent 75 % des décès continuent à payer un lourd tribut.

Par rapport à 2012, le nombre d’infections et celui des décès sont en baisse, respectivement de 4,3 % et 6,9 %. Entre 2000 et 2013, la mortalité liée au paludisme a ainsi diminué de 47 % dans le monde et de 54 % dans la région Afrique, soit l’équivalent de 4,3 millions de vies sauvées. « Ce sont les meilleurs résultats que nous ayons jamais eus et une merveilleuse nouvelle en termes de santé publique », a estimé Pedro Alonso, directeur du programme mondial de l’OMS contre le paludisme.

Amélioration de la prévention

La baisse s’explique notamment par l’extension des mesures de prévention : près de la moitié de la population à risque a eu accès à une moustiquaire imprégnée d’insecticide en 2013 contre seulement 3 % en 2004. La tendance devrait se poursuivre, avec un nombre record de 214 millions de moustiquaires distribuées dans les pays d’endémie d’Afrique d’ici la fin de l’année.

Le pourcentage de patients suspectés de paludisme ayant bénéficié d’un test diagnostic a, lui aussi, nettement augmenté depuis 2010, année où la recommandation a été émise par l’OMS, passant à 62 % contre 40 %. En 2013, 319 millions tests de diagnostic rapide ont été achetés (46 millions en 2008). L’accès au traitement s’est amélioré : 392 millions de traitements par combinaison thérapeutique à base d’artémisinine (CTA) contre 11 millions en 2005.

En revanche l’accès au traitement préventif intermittent pendant la grossesse adopté par 37 pays doit encore être amélioré : 57 % des femmes enceintes dans ces pays ont reçu au moins une dose et seulement 17 % ont reçu 3 doses ou plus. « Nous estimons que 278 millions de personnes en Afrique vivent dans des foyers non équipés de moustiquaires imprégnées et près de 15 millions de femmes enceintes n’ont toujours pas accès à des traitements préventifs », a rappelé Margaret Chan.

Dr Lydia Archimède
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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