Le cancer d’un docker nantais reconnu comme maladie professionnelle

Le cancer d’un docker nantais reconnu comme maladie professionnelle

09.12.2014
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Les dockers, mais aussi les marins, les douaniers, les transporteurs routiers, sont poly-exposés durant leur carrière à des substances chimiques susceptibles de provoquer des cancers. C’est ce que révèle une étude menée par une équipe pluridisciplinaire composée de sociologues, juristes, historiens, médecins (médecins généralistes, médecins du travail). C’est sur la base de ce travail scientifique que le tribunal des affaires de sécurité sociale (TASS) de Nantes a reconnu vendredi dernier l’origine professionnelle du cancer qui a causé le décès d’un docker.

Le tribunal a estimé que la multi-exposition aux poussières et à des produits toxiques et cancérigènes de Jean-Luc Chagnolleau, qui a commencé sa carrière de docker en 1975 et est décédé en septembre 2011 d’un cancer du rein et de la thyroïde, « a eu un rôle causal direct et essentiel dans la survenance de ses pathologies », selon le jugement rendu par le TASS de Nantes vendredi 5 décembre, dont l’AFP a obtenu copie.

Une enquête sur 243 personnes

En 2009, l’Association pour la protection de la santé au travail dans les métiers portuaires (APPSTMP44), qui réunit des dockers et des agents du Grand Port Maritime de Nantes/Saint-Nazaire, enquête sur l’état de santé de 243 dockers et anciens dockers actifs en 1992. Les résultats représentent une alerte majeure sur les risques pour la santé des travailleurs portuaires. Sur les 243 personnes interrogées, 85 signalaient être atteints d’une maladie grave et 43 étaient décédés.

L’enquête montre une forte prédominance de pathologies cancéreuses : elles concernent quatre dockers sur dix parmi ceux qui étaient malades et sept travailleurs sur dix parmi les personnes décédées. C’est cette enquête et l’alerte que ne manqueront pas de lancer les professionnels du port qui sera à l’initiative de ce travail scientifique, dénommé « Enjeux de santé au travail et cancers : les expositions à supprimer dans les métiers portuaires ». Le projet a été porté par le Centre de droit maritime et océanique (CDMO), membre de la Fédération de recherche CNRS, institut universitaire mer et littoral, et financé principalement par la Région des Pays de la Loire.

Il s’agissait de reconstituer autant que possible l’exposition professionnelle aux agents cancérigènes. Un réel défi. Quelque 27 personnes ont participé à cette nouvelle enquête. Un chiffre plutôt faible, mais qui s’expliquerait, selon les auteurs, par la réticence à avouer avoir le cancer le plus répandu, celui de la prostate, contrairement aux cancers liés à l’amiante.

Expositions variées

Les expositions sur les ports de Nantes et de Saint-Nazaire sont variées : poussières de bois, échappement de diesel, silice, pesticides, HPA (hydrocarbure polycyclique aromatique), amiante… Le rapport note : « le constat général pour les dockers est une poly-exposition à différents cancérogènes sur plusieurs périodes d’emploi ». Les expositions peuvent être dues aux marchandises chargées et déchargées par les dockers (les marchandises subissent généralement un traitement supplémentaire avant leur transport), aux procédés de travail (quais, cales, hangars, silos) et à l’environnement.

Le rapport présente les cas individuels pour lesquels sont précisées la pathologie développée, la localisation de l’atteinte primitive et les expositions repérées. Ainsi, on apprend que cet homme de 55 ans est atteint d’un cancer de l’œsophage puis de la gorge et qu’il a été exposé à des huiles de coupe pendant quatre ans, puis, pendant 13 ans, à des poussières de bois, à des pesticides, à des échappements de diesel et enfin à de l’amiante.

Le rapport met donc en évidence la poly-exposition durable des dockers. Et conclut : « notre programme vient rappeler la nécessité d’un dispositif effectif de traçabilité des expositions tout au long de la carrière, assorti de la garantie à un droit pour un suivi post-exposition et post-professionnel ». Un travail d’autant plus nécessaire que de nouvelles substances toxiques sont utilisées.

Olivier Quarante
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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