Ebola : la Guinée demande une mobilisation plus accrue

Ebola : la Guinée demande une mobilisation plus accrue

05.11.2014
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La maladie à virus Ebola () a débuté en Guinée fin décembre 2013, début janvier 2 014 mais compte tenue de la faible prévention et moyens médicaux sur place, le pays a déclaré l’épidémie qu’en mars 2014. « On ne s’y attendait pas. On pensait que c’était la fièvre de Lassa », explique le Pr Aboubakar Sidiki Diakite, l’inspecteur général de la santé de la république de Guinée lors d’une séance spéciale de l’Académie de médecine consacrée à l’épidémie en Afrique de l’Ouest.

Le pays a d’abord renforcé et restructuré son comité de crise sanitaire afin de faire face au MVE. En Afrique,« quand une maladie touche la population et qu’il n’y a aucun vaccin, le réflexe est de s’isoler pour mourir dans la famille », poursuit-il. Ce « réflexe » a rendu difficile l’étape de suivi des cas suspects d’Ebola et les Guinéens ont assisté à une flambée du virus.

« Des cas suspects n’ont pas été décelés et des nouveaux foyers ont été créés », précise le Pr Sidiki Diakite. Le challenge de ce pays d’Afrique de l’Ouest est de retrouver, suivre et prendre en charge tous les cas suspects d’Ebola. Les équipes médicales gèrent entre 3 000 et 4 000 personnes mais la mobilisation n’est pas suffisante, le pays manque de matériel et de professionnels. Au total, « 88 professionnels de santé ont contracté le virus, 46 en sont décédés en quelques mois », souligne-t-il. En première ligne, ce corps médical bien que préparé par des formations, paye un lourd tribut.

Les dommages collatéraux

La Guinée est scindée en plusieurs communautés qui n’ont pas les mêmes cultures et perception. « Pour chacune, il faut une stratégie différente », relève le Pr Sidiki Diakite. La radio et la presse ne suffisent pas, car le taux d’analphabétisme est important. « La population ne comprend pas les mesures sanitaires », ajoute-t-il. Les leaders de chaque communauté veulent être les médiateurs les plus efficaces et crédibles auprès de leur communauté respective. Ils représentent les personnes de confiance.

« Certaines populations sont encore réticentes », renchérit Stéphane Mantion, directeur général de la Croix Rouge. « Il y a encore quelques jours, une communauté n’a pas laissé les professionnels rapatrier le corps d’un malade. Il faut respecter certains rites », insiste-t-il. En effet, dans la communauté musulmane, il faut entreposer le corps dans un linceul blanc, prier autour du défunt et toucher une dernière fois son corps pour que son âme repose en paix. Or, lors du rapatriement du corps, les équipes médicales utilisent des sacs mortuaires noirs.

D'autres dommages collatéraux ont été créés par la flambée du virus, notamment, un ralentissement de l’économie suite à l’isolation des populations et du pays. « Il y a également l’aspect politique, la population attaque le pouvoir car il n’a pas fait ce qu’il devait faire. On retourne à une instabilité économique et politique », note le Pr Sidiki Diakite. Pour enrayer l’épidémie, les professionnels de santé doivent « casser cette chaîne de transmission ».

Ouverture du centre de Macenta repoussée

« L’équipe de pasteur rencontre des difficultés logistiques », indique Stéphane Mantion. Elle est toujours en attente de la livraison d’une hotte. « Elle ne rentre pas dans l’avion. Une piste aérienne va d’ailleurs être remise en état autour de Macenta pour accueillir des gros-porteurs car Conakry est à deux jours de voiture du centre », précise-t-il. Le centre de prise en charge devrait ouvrir le 20 novembre, il pourra accueillir 50 personnes : « Des patients dont on ne connaît pas le statut et des personnes diagnostiquées ».

Les autorités guinéennes ont autorisé l’utilisation du test eZYSCREEN mis en place par le commissariat à l’énergie atomique (CEA). « Nous allons construire une étude de validation pour le test. Nous avons besoin de valider sa fiabilité et sa sensibilité », assure le directeur de la Croix Rouge.

Réduire le risque de contamination

En Guinée, toutes les personnes suspectées sont placées dans la même pièce, or certaines d’entre elles ne sont pas atteintes du virus Ebola. Si les résultats de l’étude sont probants, les équipes médicales gagneront du temps et le risque de contamination sera réduit.

Bien que 40 % des personnes infectées guérissent et deviennent immunisées, le centre de Macenta ne testera pas le sérum de ces personnes en Guinée. « Chez les sujets guéris il est difficile de récupérer le sérum dans des conditions irréprochables. Il est nécessaire d’avoir une technologie de pointe », précise le Pr François Bricaire, membre de l’Académie nationale de médecine.

« Nous n’avons pas ce matériel. Nous mettrons en place le protocole du CEA », poursuit Stéphane Mantion. Il a également, annoncé la transformation du centre de transit de Forecariah à la frontière avec la Sierra Leone en centre de prise en charge. L’ouverture de ces centres empêchera les populations de se déplacer jusqu’à la capitale avec un risque de contamination de nouvelles zones. Pour l’instant, le nombre de cas confirmés et suspectés décline mais ce n’est pas suffisant.

Sophie Martos
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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