Le vrai du faux - Idées reçues de l'été - « Le Coca-Cola soigne la turista »

Le vrai du faux - Idées reçues de l'été« Le Coca-Cola soigne la turista »

08.08.2014

Cliché, recette de grand-mère ou lieu commun, « le Quotidien », avec l’aide de quelques experts, s’attaque aux idées reçues en matière de santé et de bien-être estival.

  • coca

La boisson la plus célèbre du monde désaltère la planète à raison de près de deux milliards de bouteilles par jour. Et elle alimente les rumeurs les plus contradictoires quant à son intérêt – ou à ses dangers – pour la santé.

Conçu en 1886 par un pharmacien d’Atlanta, selon une formule tenue secrète depuis, le Coca-Cola, selon ses adeptes, soigne la gastroentérite, et particulièrement la turista : il hydrate, apporte des sels minéraux, du sucre et donc procure une énergie qui aide à se rétablir, il restaure aussi la flore intestinale. Les amateurs de Pepsi-Cola, la boisson concurrente créée en 1893 par un autre pharmacien, en Caroline du Nord, pousse l’argument thérapeutique jusque dans sa dénomination, qui vient de dyspepsie, et revendique une efficacité globale contre les maux d’estomac.

Mais d’autres rumeurs circulent, qui sonnent l’alarme anti-sodas : le supposé médicament aggraverait les gastroentérites par son apport en gaz carbonique sur un système digestif fragilisé et ses apports en sodium seraient insuffisants pour une réhydratation orale. Ne parlons pas du Coca light, considéré comme une véritable bombe à retardement avec son mélange Coca-Aspartame, les édulcorants de masse (polyols) pouvant provoquer un inconfort digestif par diarrhée osmotique au-delà de 20 g par jour.

Les anti-Colas ne décolèrent pas sur les ravages des sodas sur l’organisme : leur consommation est un bon moyen de réduire sa masse osseuse par l’acide phosphorique qu’ils recèlent et qui diminue l’absorption intestinale du calcium en favorisant l’ostéoporose. Les Colas seraient cancérigènes par la présence du colorant E150d, qui leur donne leur coloration caramel (en l’absence de caramel dans la composition). Évidemment, ils sont largement responsables de l’épidémie d’obésité qui frappe particulièrement les jeunes. Boire un litre de Cola, c’est croquer 16 morceaux de sucre. Avec des tableaux aggravés pour le risque de maladie cardiovasculaire et celui de diabète de type 2.

Enfin, l’action corrosive des Colas est souvent évoquée, qui aurait un effet « nettoyant » sur l’estomac chahuté des touristes, avec un PH de 2,8 susceptible de dissoudre un ongle en quelques jours et de nettoyer la rouille des chromes. Bref, le bénéfice-risque de l’automédication au Cola pour les victimes de turista (et les autres) serait loin d’être démontré.

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La diarrhée aiguë du voyageur atteint 30 à 60 % des personnes indemnes qui débarquent en pays tropical ou tempéré chaud ; 98 % d’entre elles n’ont pas respecté les règles de précaution sur l’eau, 71 % ont mangé des crudités ou des salades, 53 % ont mis des cubes de glace dans leur boisson. Bactérienne ou parasitaire, la turista se déclenche brutalement avec des émissions de six à huit selles liquides/jour, des nausées et des douleurs abdominales. La guérison intervient en quatre à sept jours.

Aucune étude n’a été publiée sur l’intérêt des Colas en cas de turista. En revanche, des études ont été réalisées sur la corrélation entre masse osseuse et consommations de sodas, sur leur rôle dans le surpoids et l’obésité, particulièrement chez les enfants, ainsi que sur un lien entre sodas « light » et diabète.

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Pr Bruno Marcou, chef du service des maladies infectieuses à l’Hôpital Purpan (Toulouse)
Dr Paul-Henri Consigny, directeur du centre médical de l’Institut Pasteur (Paris)

Selon le Pr Bruno Marcou, « le Coca est bien adapté pour la réhydratation orale ».

Plus circonspect, le Dr Paul-Henri Consigny note que « les colas sont trop riches en sucre et que leur effet osmotique fait beaucoup uriner. Il est évidemment préférable de recourir aux SRO (sels de réhydratation orale) préconisés par l’OMS, avec une concentration réduite en glucose et sodium, d’une part, et une supplémentation en zinc, d’autre part. À défaut, on peut aussi boire de l’eau évidemment non contaminée et manger des crackers. Cela dit, il faut être pragmatique : en pratique, le coca est la boisson stérile la plus répandue dans le monde, c’est son meilleur argument. En l’absence de SRO ou d’eau non contaminée, mieux vaut boire du cola que de mourir de déshydratation ! »

Christian Delahaye
Source : Lequotidiendumedecin.fr
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