Hospi Diag s’ouvre au grand public : un outil qui manque sa cible ?

Hospi Diag s’ouvre au grand public : un outil qui manque sa cible ?

11.07.2014
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Créé par la loi HPST, l’outil Hospi Diag s’ouvre à tous les internautes. Ce site regroupe une multitude d’indicateurs, de la gestion des blocs à la durée de séjour, permettant de comparer la performance des établissements de santé. Au départ, seules les Agences régionales de santé pouvaient le consulter. Les professionnels de santé y ont eu ensuite accès, et à présent le grand public.

Trois nouveaux indicateurs complètent une liste déjà longue : le taux d’absentéisme du personnel non médical, le turn over global, l’organisation du système d’information. L’ergonomie du site, peu intuitive, ne facilite guère la navigation.

À quoi sert concrètement cette plateforme de données ? Qui la consulte ?

Parmi les médecins hospitaliers, a priori, pas grand monde : « Je ne suis jamais allé sur ce site, et personne autour de moi ne m’en a jamais parlé », témoigne ainsi le Dr Norbert Skurnik, président de la Coordination médicale hospitalière, un intersyndicat de médecins hospitaliers.

Une infime minorité de médecins se documente sur la toile

Le Dr Jean-Pierre Esterni, du bureau du SNAM-HP (Syndicat national des médecins des hôpitaux publics), consultait Hospi Diag lorsqu’il était en poste à l’hôpital de Toulon. « J’étais le seul dans mon service à y aller, et à savoir ce que c’était. Je triais l’information sur la cancérologie au sein du territoire, que je restituais ensuite à mes collègues, raconte l’oncologue. Quand on sait lire entre les lignes, on peut décrypter des choses. Mais 90 % ou 95 % des praticiens hospitaliers n’en ont rien à faire. Ce qui les préoccupe, c’est d’avoir les moyens de bien travailler. Pas d’être comparé chaque matin avec l’activité des hôpitaux voisins. »

Hospi Diag, au même titre que le site ScopeSanté, vise à rendre le système de santé français plus transparent. Il a été présenté par les autorités comme un aiguillon à même de stimuler les équipes hospitalières. « L’aiguillon pour améliorer les pratiques, c’est le compagnonnage, le travail en commun, la politique territoriale. Ce n’est pas de créer une concurrence artificielle par un logiciel, rebondit le Dr Esterni. Et puis, à quoi bon savoir des données chiffrées sur tel ou tel service ? Les praticiens, devenus des outils de production, ne décident de rien et ne pèsent pas sur la vie de l’hôpital. Pour créer une dynamique vertueuse, il faudrait imposer aux CME [commissions médicales d’établissement] de débattre chaque trimestre des tableaux de bord de chaque pôle. Cancérologie mise à part, personne ne le fait, car c’est trop sensible. »

Delphine Chardon
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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