DOSSIER 2 : LES ALLERGIES ALIMENTAIRES - L’exploration par le pédiatre ou le médecin généraliste

DOSSIER 2 : LES ALLERGIES ALIMENTAIRESL’exploration par le pédiatre ou le médecin généraliste

30.06.2014

Touchant plus l’enfant que l’adulte, l’allergie alimentaire est à rechercher systématiquement devant certains signes (cf. chapitres 1 et 2). Son diagnostic et l’identification du ou des aliments responsables sont indispensables pour une meilleure prise en charge. Il faut en outre savoir distinguer la vraie allergie alimentaire immédiate IgE-dépendante de la fausse par histaminolibération non spécifique. Médecins généralistes et pédiatres sont les premiers médecins sollicités, par exemple, devant le caractère répétitif de symptômes s’aggravant à chaque ingestion d’un aliment ou chez le tout-petit pour des troubles digestifs entraînant une cassure de la courbe de poids. Le critère d’apparition rapide d’une urticaire, d’un œdème ou d’un choc, dans les quelques minutes à deux heures après l’ingestion d’un aliment, est en faveur d’une origine allergique.

  • chp3-allergies alimentaires

1. Le premier réflexe : le dépistage

Suite à l’interrogatoire, étape initiale primordiale qui permet d’évaluer l’intervalle entre l’ingestion et les symptômes, il faut : 
si le délai est inférieur à deux heures, programmer un test de dépistage de l’allergie alimentaire de type Trophatop®. Son interprétation est fiable à 91 % chez l’enfant de moins de 6 ans et à 82 % chez l’enfant plus âgé. Il faut également tenir compte de la nature des allergènes alimentaires incriminés en fonction de l’âge ;
si l’œdème ou l’urticaire ont tendance à apparaître plusieurs heures après, voire le lendemain matin d’un repas suspect, un carnet alimentaire y sera associé sur plusieurs jours. L’allergie immédiate IgE-dépendante est peu probable, il faut plutôt s’orienter vers une histaminolibération non spécifique ou vers une autre cause qu’un aliment.
 
2. Le dosage des IgE spécifiques
 
Les tests cutanés et, particulièrement, le test de provocation orale restent les éléments essentiels du diagnostic. Ils ne sont pas toujours réalisables dans l’instant, surtout en cas de choc anaphylactique (délai entre le bilan allergologique et le choc : au moins 4 semaines). Le dosage d’IgE spécifiques peut se révéler utile, mais, attention ! Il ne doit pas être associé à un dosage d’IgE totales ou à un test de dépistage ( cf. fiche 5). Il est indiqué en cas de répétitivité de symptômes à chaque ingestion ou en cas de positivité du test de dépistage. Son interprétation doit toujours être corrélée avec l’histoire clinique afin d’éviter tout diagnostic erroné et un régime d’exclusion inadapté. Le médecin généraliste et le pédiatre auront ainsi, par exemple, la possibilité de doser facilement chez l’enfant les IgE spécifiques des allergènes alimentaires principaux :
pour le lait, la prescription comporte les principales protéines : bêta-lactalbumine, caséine et alpha-lactalbumine ;
pour l’œuf, un taux de 7 kU/L pour le dosage IgE blanc d’œuf signe à 95 % une allergie à l’œuf. Le bilan peut être ensuite complété du dosage plus spécifique de l’ovomucoïde ( thermostable) et de l’ovalbumine ( thermosensible) pour envisager ensuite la possibilité de consommation d’œuf cuit ou cru. Cette décision revient cependant à l’allergologue après un bilan plus précis associé parfois à un test de provocation orale ;
pour l’arachide, le dosage classique d’IgE spécifiques peut être utile pour le diagnostic initial. Les dosages des allergènes moléculaires restent, eux, réservés aux allergologues du fait de leur diversité et de la difficulté d’interprétation ;
en France, l’allergie aux fruits à coque se situe en quatrième place des allergies les plus fréquentes chez l’enfant jusqu’à 15 ans, la noix de cajou étant responsable des tableaux les plus sévères. Et, chez les adultes, elle représente 15 % des allergies alimentaires avec la noisette en tête de liste par allergie croisée avec le pollen de bouleau. 
 
3. Le régime d’éviction en test d’épreuve
 
Il trouve son indication essentiellement en cas de suspicion d’allergie immédiate ou retardée aux protéines de lait de vache avec mise en place d’une substitution par un lait adapté ( hydrolysat de protéines, etc.). Ce régime d’éviction d’épreuve est plus fiable que les tests cutanés en patch mis à disposition surtout en cas d’allergie retardée. Il faut également garder à l’idée que 10 % des enfants allergiques aux protéines du lait de vache ne tolèrent pas les préparations à base d’hydrolysats de protéines. Cette hypothèse est étayée dans ce cas par la persistance de symptômes digestifs malgré un changement de lait. Une suspicion d’allergie aux hydrolysats doit être évoqué et conduit à la mise en place de lait à base d’acides aminés.
 
À retenir
• Ne jamais sous-estimer un risque de choc anaphylactique par allergie alimentaire chez l’enfant. En 2012, lors du congrès de l’EAACI ( European Academy of Allergy and Clinical Immunology), la sonnette d’alarme a été tirée puisqu’un tiers des chocs allergiques de l’enfant se déroulent pour la première fois à l’école et que, en dix ans, le nombre d’hospitalisations a été multiplié par sept.
• Le diagnostic d’une allergie alimentaire repose sur la réalisation de tests cutanés et d’un test de provocation orale. Les IgE spécifiques ont leur place dans ce bilan et doivent toujours être interprétés en fonction du contexte clinique.
• La rédaction d’un carnet alimentaire constitue toujours une aide précieuse pour le bilan ainsi que la composition des plats ingérés (conseiller au patient ou aux parents de garder précieusement les étiquettes et le menu précédant l’épisode allergique).
 
Dr Catherine Quéquet
Allergologue
 
Bibliographie
 
Rancé F et coll. Allergie alimentaire à l’œuf de poule chez l’enfant. Revue Française d’Allergologie 2010 ; 50 ( Suppl. 2) : 41-5.
Moneret-Vautrin DA et coll. Les allergies alimentaires de l’enfant et de l’adulte. Éditions Masson, Paris, 2006.
 
 
 
 
 
Source : Lequotidiendumedecin.fr

A la une

add

Pollution de l'air : la DGS appelle à la vigilance pour les plus vulnérables

alternee

Alors que l'épisode de pollution de l'air aux particules fines PM10 s'étend sur l'Ile-de-France, les Hauts-de-France, la Normandie, le... Commenter

À Reims, la corpo et le CHU déroulent le tapis rouge aux nouveaux internes

À Reims, la corpo et le CHU déroulent le tapis rouge aux nouveaux internes-1

Le comité des internes de Reims Champagne-Ardenne (CIRC) et le CHU de Reims organisent depuis deux ans une journée pour accueillir les... 1

A découvrir

l'annuaire du-diu

GUIDE PHARMA SANTE

Le Guide Pharma Santé regroupe l’ensemble des informations et points de contacts des entreprises du monde de la Santé.

Consulter

imageagenda

Retrouvez tous les évènements
et congrès à venir

Consulter