Hépatites chroniques B et C : la prévalence hospitalière reste faible mais la mortalité augmente

Hépatites chroniques B et C : la prévalence hospitalière reste faible mais la mortalité augmente

15.05.2014
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Pour la première fois en France, la prévalence hospitalière des hépatites chroniques B et C a été mesurée à partir des données exhaustives d’hospitalisations (PMSI). Les résultats publiés dans le « Bulletin épidémiologique hebdomadaire » (BEH) montrent qu’entre 2004 et 2011 une augmentation de la prévalence annuelle des hépatites B alors que celle des hépatites C était en diminution. La mortalité globale des patients hospitalisés a, elle, augmenté dans les deux groupes.

Selon les données de 2004, la France restait un pays de faible endémicité (prévalences en population générale estimées à moins de 1 % en 2004 pour le VHB et le VHC) mais avec des prévalences très élevées dans les populations très exposées comme celle des usagers de drogues (44 %) ou les migrants en situation de précarité sociale (7 %). En l’absence de nouvelles estimations, Alexandre Septfons (Institut de veille sanitaire (InVS) et ses collègues ont cherché à évaluer l’importance du phénomène en milieu hospitalier, ainsi que les facteurs associés aux décès des patients hospitalisés.

Plus de 200 000 hospitalisations en six ans

Entre 2004 et 2011, plus de 54 400 patients ont été hospitalisés avec une hépatite B chronique, et près de 161 400 avec une hépatite C chronique. Ces chiffres correspondent à une augmentation de la prévalence hospitalière de l’hépatite chronique B (de 0,09 à 0,11 %, soit une hausse du nombre de patients hospitalisés de 36 %) et à une diminution de celle de l’hépatite chronique C (de 0,45 à 0,33 %, soit une baisse significative du nombre de patients hospitalisés de 16 %). Dans un cas sur cinq, le diagnostic d’hépatite chronique était le diagnostic principal, mais cette proportion a eu tendance à diminuer.

Selon les auteurs, la diminution de la prévalence hospitalière de l’hépatite chronique C serait liée à l’arrivée en 2000 des traitements antiviraux. L’évolution de celle de l’hépatite chronique B serait pour sa part le reflet des variations des flux migratoires. Ces derniers sont en effet stables depuis 2007, or c’est aussi le cas de la prévalence hospitalière de l’hépatite B.

Plus de 60 % des décès associés aux complications

Si la prévalence des hépatites reste faible, il n’en est pas de même pour la mortalité hospitalière, en augmentation de 4,9 à 7,7 % pour l’hépatite chronique B et de 4,6 à 10,6 % pour l’hépatite chronique C. Il est toutefois signalé dans l’étude que la définition des cas, étant très sensible, tous les décès ne sont pas systématiquement liés à l’hépatite chronique, ce qui pourrait conduire à une surestimation. En dépit de ces précautions, la hausse semble confirmée et pourrait s’expliquer par l’augmentation de la proportion et du nombre de cirrhoses liées aux infections.

Les facteurs de risque associés au décès des patients avec une complication sont, pour l’hépatite chronique B, la résidence hors de l’Île-de-France, l’hospitalisation à domicile, un âge supérieur à 50 ans, une cirrhose ou un carcinome hépatocellulaire. Pour ce qui est de l’hépatite chronique C, les facteurs de risque de décès qui ressortent sont le sexe masculin, la dépendance à l’alcool, une cirrhose, un carcinome hépatocellulaire, une coïnfection par le VIH et la présence de lymphomes non hodgkiniens. Au total, plus de 60 % des décès sont survenus parmi les patients hospitalisés avec une complication.

L’importance des complications chez les patients hospitalisés pour une hépatite est également mise en exergue par l’étude menée par Corinne Pioche de l’InVS, et publiés dans ce même numéro du BEH. Entre 2008 et 2011, sur 3 672 patients hospitalisés pour une hépatite B chronique, une cirrhose ou un carcinome hépatocellulaire ont été diagnostiqués chez 11 % d’entre eux, une proportion multipliée par trois à quatre chez les patients coïnfectés par le VIH ou le VHC ou chez les patients alcooliques. Les auteurs en déduisent qu’un suivi régulier basé sur la répétition du dosage des ALAT et de la charge virale est nécessaire, d’autant plus qu’il s’agissait dans 70 % des cas d’hépatites dépistées tardivement lors d’un bilan systématique de santé.


Le PMSI, une bonne source de données
 
Un des intérêts du travail présenté dans le « BEH » est méthodologique : est-il possible, et surtout intéressant, de coupler les données du PMSI-MCO consacré à la médecine, la chirurgie et à l’obstétrique, avec celles du PMSI-HAD centré sur l’hospitalisation à domicile. Les auteurs se réjouissent que l’exploitation de ces données donne des résultats concordant avec les données des études épidémiologiques en population générale. Ils concluent que le PMSI pourrait être une source de données utile pour le suivi des évolutions des hépatites virales chroniques et de leur poids, en complément d’enquêtes ponctuelles en population.
 
Damien Coulomb
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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