Une anesthésiste se suicide à l’hôpital de Châteauroux, la pénurie médicale en question | Le Quotidien du Médecin

Une anesthésiste se suicide à l’hôpital de Châteauroux, la pénurie médicale en question

18.03.2014
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Un anesthésiste-réanimateur s’est donné la mort par voie médicamenteuse dimanche, à l’hôpital de Châteauroux (Indre). Prénommée Simona, la jeune femme, d’origine roumaine, était en poste depuis trois ans. Mariée, un petit garçon de sept ans. Elle venait d’être reçue au concours de praticien hospitalier.

C’est une consœur qui a découvert son corps sans vie, au lendemain d’une nuit de travail, dans la chambre de garde. L’équipe est sous le choc. « Ça nous est tombé dessus, on n’a rien vu venir », réagit le chef de service, le Dr Christophe Kaladji. Qui avait entière confiance en Simona: « Quand on préparait son dossier de PH et qu’elle me demandait ce que je pensais de son travail, je lui disais : "je me ferais endormir par toi" ».

Les blocs venaient d’augmenter leur amplitude horaire

Simona n’a pas laissé de courrier pour expliquer son geste. Une cellule de crise a été montée pour soutenir les professionnels du bloc opératoire. Difficile d’établir un lien direct avec les conditions de travail, mais un suicide sur le lieu professionnel soulève toujours cette question.

L’hôpital de Châteauroux a modifié l’organisation de ses blocs opératoires il y a quatre mois. Les vacations sont passées de 8 heures à 10 heures. Difficile à assumer, particulièrement pour les jeunes mamans. La semaine précédant son suicide, Simona avait travaillé 78 heures. « Elle a très bien pu faire un burn out », analyse a posteriori le chef de service. Le suicide de leur collègue a déverrouillé la parole des professionnels du bloc. Certains ont confié prendre des anxiolytiques, les IADE et les IBODE, surtout.

« Au maximum du maximum »

Plusieurs hôpitaux ont fermé aux alentours. Le bloc de l’hôpital de Châteauroux, ouvert en 1995, peine à absorber le surplus d’activité. « On est passé de 3 ou 4 000 interventions, à 8 ou 9 000 par an. Or on a toujours les mêmes locaux. On est au maximum du maximum. Nos locaux ne sont plus adaptés. On a du travail pour dix anesthésistes-réanimateurs, or on est 8 - et maintenant 7. Le ministère de la Santé ne nous aide pas du tout à recruter », reproche le chef de l’anesthésie-réanimation.

La direction de l’hôpital de Châteauroux se dit prête à rediscuter des horaires de travail. L’établissement est en excédent financier, de 7 millions d’euros. « Le bénéfice a un coût, toujours, reprend le Dr Kaladji. Dans cet hôpital, il n’y a pas de médecine du travail du tout. Nous aimerions que le CHSCT soit ouvert aux médecins, pour que nous puissions parler de prévention des risques psychosociaux ».

Le SNPHAR-E (syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi) enfonce le clou : « L’exclusion des praticiens et de leurs représentants légitimes du CHSCT n’a plus lieu d’être ». Pour le syndicat, « il est temps de repenser les organisations du travail pour les rendre plus humaines ».

Delphine Chardon
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 48 Commentaires
 
25.03.2014 à 08h29

« Les contrats léonins et anti déontologiques des PHC, praticiens hospitaliers contractuels, soumettent nos confrères à une précarité pire que celle des intermittents du spectacle, dans l’indifférence Lire la suite

Répondre
 
22.03.2014 à 17h35

« Et avec tous ses ces exemples, existe t' il encore des cas d'arrêts de travail, avec des critiques au directeur sur le genre que le travail qu'il occasionne ? »

Répondre
 
22.03.2014 à 14h42

« Bon courage à sa famille. Je sais que nombres de médecins du CHU de Montpellier sont ou vont partir en raison de dénigrements et blocages par la nouvelle administration supérieure. D'un autre côté l Lire la suite

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21.03.2014 à 18h09

« ... »

Répondre
 
21.03.2014 à 20h18

« Le médecin du travail, un confrère, siège de droit au Chsct. Son rôle est de préserver la santé de tous les salariés et d'intervenir sur les conditions de travail. Il est consultatif, l'employeur pe Lire la suite

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21.03.2014 à 11h16

« Vos directeurs n'ont aucune estime pour vous praticiens, sans compter vos maires présidents qui ont embauché au-delà du raisonnable du personnel non soignant redevable électoralement, ce qui ampute Lire la suite

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24.03.2014 à 21h11

« Alors oui, bravo. Stop aux abus des maires.

Il y a 8 ans, dans une petite ville de province (dont le maire est pourtant assuré d'une réélection automatique), je me suis vu poussé à la démission pa Lire la suite

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