Les médecins ont un rôle à jouer dans la détection du risque suicidaire

Les médecins ont un rôle à jouer dans la détection du risque suicidaire

04.02.2014
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En France, 10 371 décès ont été dénombrés en 2010, soit 27 suicides par jour. Pour mieux appréhender ce fléau, l’Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS) organise demain mercredi 5 février, dans toute la France*, une journée de débats avec les citoyens, les associations, les organisations sanitaires et sociales et les pouvoirs publics. S’engager pour aider toutes les personnes – qui désirent se donner la mort – à s’en sortir, tel est le thème de cette journée nationale. Tout le monde peut, en effet, agir à sa manière et selon ses possibilités pour éviter ces actes suicidaires. Le citoyen, en étant à l’écoute de ses proches (famille, amis et collègues). Les associations, en délivrant - par exemple - des outils et des informations au grand public. Les pouvoirs publics, en organisant la prévention du suicide à l’échelle nationale, mais aussi régionale.

Détecter et prendre en charge

Pour leur part, les médecins (psychiatres, urgentistes, généralistes...) ont un rôle de taille à jouer pour briser les tabous autour du suicide, détecter et prendre en charge le mal-être des patients avant qu’il ne soit trop tard. « Le médecin est indispensable mais il ne peut rien s’il gère seul les patients : il doit travailler en synergie, avec les autres professionnels de santé, les associations, l’entourage du patient... car les conduites suicidaires ont une origine polysémique. L’histoire personnelle de la personne, son environnement depuis la petite enfance et peut-être même, son patrimoine génétique peuvent expliquer certaines fragilités. Aujourd’hui, toute la difficulté est de faire travailler les bonnes volontés ensemble, contre le suicide », souligne le Dr Marc Fillatre, vice-président de l’Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS), psychiatre, thérapeute familial, président de Vies37**.

Des lacunes dans la formation

Le premier plan de prévention du suicide initié en 2001 a permis de faciliter la culture du travail en commun par le biais notamment, de la mise en place de formations pluridisciplinaires à la prise en charge du suicide. Mais les lacunes restent importantes lorsqu’il s’agit de former les médecins. « Il est urgent que la question du passage à l’acte suicidaire soit mieux abordée dans les facultés de médecine, en formation initiale », précise le Dr Fillatre.

Marc Lustmann, médecin généraliste et sociologue, membre du CA de l’UNPS s’est, pour sa part, formé, à cette question. « La crise suicidaire bouscule les habitudes du généraliste et il n’est pas toujours facile d’en parler avec le patient », indique-t-il. De leur côté, certains patients avouent ne pas aborder le sujet avec leur psychiatre ou leur généraliste, de peur de devoir être hospitalisés ou d’effrayer le médecin. « C’est ce qui explique qu’ils préfèrent parfois être écoutés de façon anonyme, par téléphone », assure Paule Frering, secrétaire générale de l’UNPS et de Suicide Écoute.

Redéfinir le rôle du généraliste

Le Dr Lustmann affirme, pour sa part, prendre le temps d’écouter et de dialoguer « trois quarts d’heures s’il le faut » avec la personne ayant des idées suicidaires. Ce qui n’est pas possible pour tous les médecins généralistes, compte tenu de leur surcharge de travail. Pour améliorer la prise en charge du suicide par le généraliste, une réflexion sur son rôle devrait donc être initiée. « Nous assistons, depuis des années, à des débats sur la place du médecin de premier recours. Dans certaines régions, et notamment dans les déserts médicaux, le médecin de famille n’existe plus. Il est difficile, dans ces conditions, de suivre les patients. Par ailleurs la prise en charge du suicide ne doit pas complètement reposer sur les épaules du généraliste : il doit déléguer certaines compétences (aux psychologues, infirmiers, travailleurs sociaux...). Enfin, les missions de la médecine préventive (PMI, médecine scolaire et du travail) mériteraient d’être redéfinies pour mieux prendre en compte les populations fragiles et précaires », conclut Françoise Facy, présidente de l’UNPS.

* Le programme est disponible sur le site de l’UNPS (fédération de 37 associations qui fait le lien entre la société civile et les pouvoirs publics sur la question du suicide) : www.unps.fr

** Vies37 est un réseau dédié à la prévention du suicide en Indre-et-Loire : www.vies37.psrc.fr.

Hélia Hakimi-Prévot
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 8 Commentaires
 
05.02.2014 à 10h13

« Nous avons été sensibilisés en Médecine du Travail.
Maintenant, le suicide est un acte particulier que toute mesure ne pourra pas empêcher. Il faut être vigilant mais malgré la prévention, certaines Lire la suite

Répondre
 
05.02.2014 à 08h50

« Si les médecins eux-mêmes se suicidaient moins, peut-être seraient-ils plus disponibles pour autrui ! Le burn out étant chez nous la règle, il est à parier que nous sommes moins utiles qu'il le faud Lire la suite

Répondre
 
04.02.2014 à 22h40

« Plan-suicide; plan cancer; PNNS; PLFSS; Plans sur la comète . . . quand descendront-ils sur terre nos penseurs appointés de salon ?
il semblerait que les politiques publiques battent de l'aile à pro Lire la suite

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04.02.2014 à 22h33

« " Prendre le temps d’écouter et de dialoguer « trois quarts d’heures s’il le faut » avec la personne ayant des idées suicidaires. Ce qui n’est pas possible pour tous les médecins généralistes" ! ! ! Lire la suite

Répondre
 
Hélia H Presse/média 06.02.2014 à 12h07

« Bonjour,
Vous pouvez ne pas être d'accord avec le Dr Lustmann qui avoue passer du temps avec le patient ayant des idées suicidaires, au risque de faire attendre ses patients en salle d'attente. Mai Lire la suite

Répondre
 
04.02.2014 à 22h23

« " les conduites suicidaires ont une origine polysémique. L’histoire personnelle de la personne, son environnement depuis la petite enfance et peut-être même, son patrimoine génétique peuvent expliqu Lire la suite

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