Le doyen des médecins sommé par l'Ordre de la mettre en veilleuse

Le doyen des médecins sommé par l'Ordre de la mettre en veilleuse

14.12.2013
  • le men

« Le plus vieux médecin de France » prié de ne plus s'exprimer publiquement... En voilà une drôle d'histoire. Le 27 mai dernier, « le Quotidien » publiait un portrait du Dr François Le Men, intitulé « Médecin de famille depuis 13 lustres ». Témoin rare de l'évolution du métier, le médecin de 91 ans y racontait son parcours exceptionnel  : installé depuis 1949 à Callac, dans les Côtes d'Armor, au cœur d'une Bretagne rurale, le Dr Le Men cumulait 64 ans de pratique médicale.

Début décembre, la rédaction du « Quotidien » renoue le contact avec lui. Mais, à l'autre bout du téléphone, le médecin est désolé, il n'est pas en mesure de nous répondre. « Je ne peux pas. J'ai reçu un courrier en juillet de la part de l'Ordre pour me demander de refuser toute interview », explique-t-il.

Le courrier a donc eu son effet. Mais la position ordinale (1) reste sujette à interrogation : qu'aurait dit le doyen des médecins pour provoquer cette injonction (il semble que la lettre de juillet était une relance) ? Aurait-il bafoué son devoir de réserve ou le code de déontologie ?

Une médiatisation qui agace ?

C'est vrai, le Dr Le Men a la dent dure contre le corps médical en général. On peut même se demander comment il pourrait en être autrement, tellement la médecine d'après-guerre n'a plus rien à voir avec la médecine d'aujourd'hui. « Alors qu’on a beaucoup de professionnels autour de nous, une médecine de pointe, on a une très mauvaise organisation », avait-il déclaré il y a quelques mois. Ce type de sortie a-t-il déplu à certains confrères ?

Son expérience, son âge et, sans doute, sa longévité en tant que médecin, lui ont-ils conféré une sorte de complexe de supériorité ? Il a semble-t-il pris goût à raconter, à la presse du moins, ce qu'il appelle ses « beaux diagnostics », exemples à l'appui (mais invérifiables).

Sans doute encore, son côté « donneur de leçon » a pu faire tiquer certains de ses confrères. Une phrase citée en mai dernier (« Comme je dis souvent : faut penser à tout, si on pense à rien, on trouve rien... ») a certainement fait grincer quelques dents. Idem quand il dit, dans son franc parler, très peu politiquement correct : « Bien sûr, j’ai quelques ratés comme les confrères, mais le moins possibles... On n’est pas là pour envoyer les gens au cimetière. »

Ce qui peut passer pour un manque de tact, peut-être un goût pour une certaine forme de provocation, méritait-il une telle sentence ? A la demande de la rédaction, le Dr Le Men a lu le courrier adressé par l'Ordre. Les termes utilisés sont très clairs : le non suivi de cette demande de ne plus parler à la presse pourrait avoir « des conséquences préjudiciables sur votre activité » et l'histoire pourrait alors être transférée devant le conseil régional de l'ordre. Espérons que la parole libre du Dr Le Men ne lui gâchera pas sa fin de carrière.

(1) Le président de l'Ordre des Côtes d'Armor n'a pu être joint dans le délai. 

> Olivier Quarante
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 81 Commentaires
 
20.12.2013 à 16h17

« Retraitée, 71 ans , j'ai vraiment honte du Conseil de l'Ordre d'autant plus que j'ai été membre de celui de Paris il y a de nombreuses années... Quelle tristesse ! »

Répondre
 
19.12.2013 à 20h57

« Qu'est ce qu'un confrère de 91 ans a à craindre de l'ordre ? Chiche, qu'il les pousse au bout... oseront-ils ? Bien sûr que non.. tout dans la gueule je vous dis. »

Répondre
 
17.12.2013 à 20h31

« Si le CNOM gère tous les faits et actes des médecins inscrits, devrai-je lui demander une autorisation de décéder quand mon heure viendra ? »

Répondre
 
17.12.2013 à 08h27

« L'Ordre est-il à ce point stupide ? Il devrait s'émerveiller qu'un médecin ait encore la passion de son métier , de sa vocation à 90 ans passés ! - Ce n'est pas de la" pub"pour lui mais pour notre Lire la suite

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16.12.2013 à 20h09

« Profession médecin :
Simple question : le sénateur médecin (ou le médecin sénateur) qui avait donné son opinion particulièrement autorisée sur la médecine et les confrères, opinion qui avait fait ré Lire la suite

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