Opérer avec des Google Glass, une fausse bonne idée ?

Opérer avec des Google Glass, une fausse bonne idée ?

14.09.2013
  • kaeding

21 août 2013. Le Pr Kaeding (centre médical Wexner, université de l'Ohio) opère une patiente de 47 ans, victime d'une rupture des ligaments du genou. En même temps, il communique avec l'un de ses confrères qui visionne en direct, à quelques kilomètres de là, l'opération sur l'écran de son ordinateur, comme s'il était à la place du chirurgien. Ailleurs, sur le campus de la faculté, des étudiants en médecine suivent eux aussi l'intervention en bénéficiant des commentaires du chirurgien.

Tout cela n'a rien d'une prouesse, sauf que le Pr Kaeding utilise des Google Glass, des lunettes à réalité augmentée mises au point par le géant américain de l'Internet. C'est la première fois que cet accessoire est utilisé en visioconférence dans un bloc opératoire, sans avoir à y installer préalablement un équipement et des caméras. Le chirurgien orthopédique est enthousiaste : « Pour être honnête, une fois l'opération commencée, j'oubliais souvent que je portais ces lunettes. C'est très intuitif et elles sont très discrètes. »

Testées par un millier de personnes à travers le monde, les Google Glass renferment une caméra vidéo, un mini écran et un ordinateur miniature disposant de fonctions de communication sans fil (voir la démonstration de Google ci-dessous) et obéissant à de simples commandes vocales. L'accessoire pourrait être commercialisé dès l'année prochaine à un prix très abordable.

Révolution ou simple gadget ?

L'université de l'Ohio imagine d'ailleurs déjà d'autres applications, par exemple pour permettre au chirurgien de visionner dans le mini écran de ses lunettes, pendant une opération, les radios du patient, ses rapports médicaux, etc. « L'idée de mettre à disposition du clinicien des informations facilement accessibles et de manière transparente grâce à la réalité augmentée est intéressante, reconnaît Jocelyne Troccaz, directeur de recherche au CNRS (laboratoire TIMC, faculté de médecine de La Tronche). Mais il reste beaucoup de progrès à faire pour y parvenir efficacement. »

Luc Soler, directeur de projets de recherche en informatique à l'Ircad (Institut de recherche contre les cancers de l'appareil digestif), se montre lui aussi enthousiaste sur le développement des lunettes à réalité augmentée, mais il pointe du doigt les limites des Google Glass. « Pour les applications pédagogiques, il ne suffit pas de montrer ce que voit le chirurgien, explique le chercheur. Il est important de montrer ce qui se passe autour, élargir le champ de vue pour que l'élève voit le placement, l'environnement. Et pour ça, les Google Glass ne sont pas suffisantes, il faut installer plusieurs caméras dans le bloc, ce que nous faisons depuis plus de 10 ans à l'Ircad. »

Des limitations pour les applications cliniques

Autres limitations des lunettes, notamment pour l'affichage de l'imagerie médicale d'un patient en cours d'opération : « La fenêtre de visualisation est très petite et le praticien doit porter son regard vers le haut pour voir les informations, ce qui est l'inverse de la nature. Notre champ de vision est en effet plus important vers le bas », note le chercheur. Bref, la qualité d'affichage des Google Glass est insuffisante et le risque de fatigue visuelle pour le praticien est important.

L'Ircad préfère miser sur des lunettes stéréoscopiques avec écran à position basse, mais qu'il est possible de relever en position « réalité augmentée » pour superposer des informations utiles dans le champ de vision du praticien. L'Institut prévoit de lancer des expérimentations dès l'année prochaine avec des lunettes conçues par les Français Laster et Optinvent.

Faut-il pour autant oublier les Google Glass ? « Leur usage est grand public. Mais les tests menés en chirurgie ne sont pas sans intérêt, remarque Luc Soler. Cela a permis de montrer aux praticiens, qui sont très friands de nouvelles technologies, que cela existait. » Selon lui, il faudra toutefois attendre entre 3 et 5 ans avant que les lunettes adaptées aux cliniciens ne débarquent dans les blocs.

> S. L.
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 1 Commentaire
 
14.09.2013 à 15h14

« C'est une avancée remarquable, intéressante à de multiples points de vue !... Vive Google. »

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