Les autorités sanitaires récusent une étude concluant à l’impact du nuage de Tchernobyl en Corse

Les autorités sanitaires récusent une étude concluant à l’impact du nuage de Tchernobyl en Corse

25.07.2013
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Marisol Touraine l’avait annoncé lors de la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale mardi : « L’étude italienne ne permet pas aujourd’hui selon ses données méthodologiques d’établir un lien de cause à effet plus direct entre le nuage de Tchernobyl et le développement de ces cancers. »

L’étude, menée par 25 chercheurs et dirigée par le Pr Paolo Cremonesi de l’hôpital Galliera de Gênes, a été commandée par la Collectivité territoriale de Corse et présentée début juillet à Ajaccio. Elle conclut que le nombre de cancers de la thyroïde a augmenté de 28,29 % chez les hommes en Corse après le passage du nuage radioactif (pas de chiffre significatif chez les femmes) ; elle montre également que « le risque de thyroïdites (inflammation de la glande thyroïde) chez les moins de 18 ans vivant en Corse et exposés au nuage de Tchernobyl est augmenté de 62,5 % par rapport aux enfants n’ayant pas été exposés ».

Dans cette étude qui est en fait la compilation de 3 trois études distinctes, les chercheurs ont analysé les données de 14 000 dossiers médicaux archivés dont 5 500 dossiers « complets » concernant des patients ayant consulté avant et après l’accident de la centrale nucléaire ukrainienne du 26 avril 1986.

La présidente de la commission Tchernobyl de l’Assemblée de Corse, Josette Risterucci, avait estimé que cette enquête allait notamment permettre aux associations de patients de demander réparation en justice, alors que les autorités françaises avaient nié tout effet du passage du nuage radioactif sur la France. La ministre de la Santé a donc tranché en la jugeant qu’elle ne permettait pas « d’établir un lien de cause à effet plus direct entre le nuage de Tchernobyl et le développement de ces cancers ».

Des limites majeures

Un jugement que l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) est venu conforté. L’institut a vivement critiqué et rejeté les résultats. « L’analyse du rapport fait apparaître des limites majeures dans les trois études réalisées. Ces limites concernent aussi bien les données utilisées, la réalisation des études, l’analyse statistique et l’interprétation des résultats », relève l’IRSN.

La première étude porte sur la relation entre les variations de prévalences de pathologies thyroïdiennes en Europe et le niveau d’exposition au nuage de Tchernobyl ; la deuxième analyse l’évolution de l’incidence des pathologies thyroïdiennes en Corse, sur la base d’une comparaison entre une « cohorte exposée » (nés avant 1986 et ayant un diagnostic de pathologie thyroïdienne après 1987) et une « cohorte non exposée » (nés avant 1986 et ayant un diagnostic avant 1986 ou nés après 1987 et ayant un diagnostic après 1987) ; La troisième étude s’est intéressée à l’incidence de diverses pathologies (pathologies thyroïdiennes, leucémies aiguës, mortalité néonatale par maladies congénitales) chez les 0-18 ans en Corse.

Concernant la première étude, l’IRSN note par exemple qu’elle utilise des données de morbidité hospitalières pour les pathologies thyroïdiennes, ce qui entraîne un biais de sélection. Par ailleurs, ces données ne sont disponibles que pour les années 2000-2009, une période « qui n’est pas la plus pertinente ». Quant à la méthodologie, l’institut objecte que « l’approche n’est ni claire, ni classique ». Pour ce qui est des conclusions, l’IRSN estime que « l’interprétation des résultats par les auteurs dépasse largement ce que peut fournir une étude géographique de ce type ».

L’Institut ne nie pas le bien fondé d’une telle étude et la nécessité « d’une analyse plus fine des conséquences sanitaires potentielles de l’accident de Tchernobyl » compte tenu de l’incidence des cancers de la thyroïde en Corse qui « semble être parmi les plus élevés de France » (rapports de l’Institut de veille sanitaire de 2006 et de 2012). Toutefois « sur la base des estimations de doses », qu’elle a réalisées en 2002, « et en l’état actuel des connaissances sur les effets des expositions aux rayonnements ionisants », l’IRSN précise : « on ne s’attend pas à ce que les retombées de Tchernobyl puissent entraîner une augmentation observable de la fréquence de certaines pathologies en Corse. »

 Dr LYDIA ARCHIMÈDE
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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