Axel Kahn à la recherche des frontières de la France et de l’humanité

Axel Kahn à la recherche des frontières de la France et de l’humanité

08.05.2013
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Ce mercredi 8 mai, aux environs de 8 heures, le généticien Axel Kahn foulera les sentiers de Givet, petite commune de Ardennes avancée dans les terres belges. C’est le départ d’une marche de 3 mois jusqu’à Ascain, au pied de la Rhune, au Pays Basque, le 1er août. Un périple de 1 600 km que le chercheur conçoit comme une parenthèse dans une vie touffue de scientifique et d’intellectuel, aux dimensions parfois politiques, d’un « honnête homme » du XXIe siècle, qui partagera les rencontres de sa solitude sur les réseaux sociaux Twitter et Facebook et sur un site consacré à son périple.

LE QUOTIDIEN DU MÉDECIN – Pourquoi entreprendre aujourd’hui cette randonnée des Ardennes au Pays Basque ?

AXEL KAHN – Cela fait 30 ans que je fomentais ce projet, et c’est la première fois dans ma vie que je dispose de 4 mois pour le mettre à exécution. Au cours de l’été 2011, en me promenant dans ma campagne à Mussy-Sur-Seine, je me posais des questions sur mon avenir. Mon mandat de président de l’université Paris-Descartes prenait fin. J’étais intéressé par la haute administration dans la santé ou la recherche et l’enseignement supérieur, et par la cause politique. Cela m’a d’ailleurs amusé de rentrer dans la bataille des législatives pour la 2e circonscription de Paris, même si avec l’ordonnance Marleix qui a modifié le découpage électoral, j’avais peu de chances de l’emporter (face à François Fillon, NDLR). Toujours est-il que je revenais toujours à ce projet d’une grande randonnée en France.

Je connais très bien le Sud-Est de la France. J’ai donc décidé de partir des Ardennes et de passer par le Massif central.

Je mets mes activités entre parenthèses. J’ai encore signé des textes cette semaine pour le comité d’éthique de la ligue du Cancer et la fondation internationale du Handicap, dont je suis le président, et j’ai corrigé les épreuves de mon prochain livre « L’homme, le libéralisme et le bien commun ». Je ne romps avec rien mais je prends de la distance.

Qu’attendez-vous de cette marche ?

Que certaines de mes réflexions gagnent en qualité et en originalité. Je me passionne pour les frontières de l’humanité. Qu’est-ce qui nous rend humain ? En éthique, il est essentiel de s’interroger sur les progrès et les techniques qui peuvent mettre en péril ce qui nous protège et fait notre humanité.

D’ailleurs, il n’y a pas d’humanité au singulier, mais au pluriel, dans l’interaction et l’échange. L’échange de biens est même au cœur de l’édification d’une société.

Autre sujet, que j’avais abordé dans mon livre « L’homme, ce roseau pensant », l’humain est seul à pouvoir ressentir la beauté. Je souhaite retrouver cette simplicité de la beauté esthétique. Elle n’est plus centrale dans notre monde qui tend à se focaliser sur ce qui est « bankable » ou rentable, comme on peut le voir pour les films ou les monuments. Dans ce parcours, je vais m’imprégner de cette beauté de l’épure.

Comment pensez-vous concilier cette aspiration, le temps long de la marche, avec votre activité sur les réseaux sociaux, sur lesquels vous vous êtes engagés à partager vos coups de cœur et réflexions ?

J’ai découvert Twitter (où j’ai plus de 6 500 abonnés) [@axelkahn, NDLR] et Facebook (où j’ai 5 000 amis) lors de ma campagne électorale. Il est vrai que les réseaux sociaux se prêtent à toute la bassesse du monde. Mais les outils ne sont que ce qu’on en fait, et j’essaie de publier des tweets qualitatifs.

Il y aura deux parties dans mon périple. Entre mon point de départ et l’étape, il s’écoulera 6 à 7 heures où je veux être seul. Je réfléchirai, prendrai des photos. Puis à l’étape, je partagerai cette joie sur les réseaux sociaux ou lors de conférences, qui porteront sur l’homme, le chemin, et la beauté, thèmes de mon prochain livre. « Pensées en chemin » – ce sera son titre – ne sera pas un compte rendu de voyage, mais l’évocation de questions nouvelles ou anciennes, abordées avec originalité.

Vous citez comme référence l’écrivain Jacques Lacarrière et son livre « Chemin faisant ». Nombreux sont les penseurs qui marchent, comme Jean-Jacques Rousseau, Emmanuel Kant ou Victor Segalen...

Rousseau et Kant sont des promeneurs, plutôt que des randonneurs. Et Segalen est parti à l’aventure en Asie. Je reste dans les frontières de la France, content de marcher dans mon pays. Mon aventure est un dépaysement intérieur.

 PROPOS RECUEILLIS PAR COLINE GARRÉ
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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