Bisphénol A : l’ANSES confirme les risques sanitaires sur la base de nouveaux repères toxicologiques

Bisphénol A : l’ANSES confirme les risques sanitaires sur la base de nouveaux repères toxicologiques

09.04.2013
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Deux ans après avoir tiré une première sonnette d’alarme, l’Agence nationale de sécurité sanitaire alimentation, environnement, travail (ANSES) persiste et signe dans son nouveau rapport rendu public ce mardi matin : le bisphénol A (BPA) présente des risques potentiels pour la santé, même à faibles doses, notamment pour l’enfant à naître. Pour des raisons méthodologiques, l’ANSES a travaillé uniquement sur cette population, bien que les nourrissons, les enfants en bas âge, les adolescents, et peut-être les personnes âgées soient également des groupes vulnérables.

Une estimation inédite des expositions réelles

« Pour la première fois, l’ANSES livre une estimation précise des expositions réelles de la population au BPA, par voie alimentaire, par inhalation, et par voie cutanée (contact avec le papier thermique des tickets) », déclare le directeur Marc Mortureux. L’alimentation contribue à 84 % à l’exposition au BPA des femmes enceintes. Quelque 300 types d’aliments ont été étudiés, soit 20 000 produits. Les produits contenus dans des boîtes de conserve présentent de fortes concentrations de BPA (50 % des sources alimentaires), tout comme – dans une moindre mesure – les bonbonnes de polycarbonate. Les experts identifient aussi pour la première fois du BPA dans les produits de la mer, la viande et les abats, sans pour autant l’expliquer. Une contamination post mortem, après l’abattage, serait plausible, peut-être via les ustensiles. Les autres aliments contenant du BPA sont victimes d’une contamination ubiquitaire.

À côté de l’alimentation, l’air représente 12 % des sources d’exposition au BPA, les poussières, 4 %. Les dispositifs médicaux ne présenteraient pas un niveau de contamination élevée.

Quels effets ?

Pour identifier les dangers potentiels du BPA, l’ANSES a réalisé une revue complète de la littérature scientifique, comprenant les rapports des organismes internationaux et les travaux académiques jusqu’en juillet 2012. L’Agence a édité un arbre décisionnel, permettant de classer les études (bonne qualité, limites méthodologiques majeures ou non...) et d’identifier les convergences ou divergences entre elles. Quatre niveaux de preuve ont été définis : effets avérés, suspectés, controversés, ou non renseignés. In fine, ont été identifiés 4 types d’effets critiques : sur le cerveau et le comportement, l’appareil reproducteur femelle, le métabolisme et l’obésité, et la glande mammaire. Pour chacun, l’agence a produit des repères toxicologiques d’effets, c’est-à-dire une dose interne, de l’ordre du µg/kg/j, au-delà de laquelle le risque existe.

Selon les experts les 3 premiers types d’effets sont négligeables. En revanche, l’évaluation des doses internes calculées à partir de scénarii d’exposition montre, sans trop d’incertitude*, des dépassements du repère toxicologique de 0,0025 µm/kg/j établi pour la glande mammaire. « Il y a un risque de modification cellulaire de la glande mammaire de l’enfant à naître, qui la rend vulnérable et peut provoquer ultérieurement des tumeurs », affirme Dominique Gombert, directeur de l’évaluation des risques.

Bonbonne d’eau et tickets de caisse

L’agence a ensuite travaillé sur des scenarii plus spécifiques. Les experts ont ainsi montré qu’une femme enceinte sur son lieu de travail, consommant plus de 5 gobelets d’eau issue d’une bonbonne en polycarbonate approche le repère toxicologique. « C’est si proche qu’on peut dire qu’en une journée, elle risque de dépasser le repère toxicologique » avec son alimentation, estime Dominique Gombert.

Le responsable indique par ailleurs que des professionnels manipulant du papier thermosensible, comme une caissière enceinte, dépassent aisément les seuils pour les 4 effets identifiés (cerveau, appareil reproducteur femelle, métabolisme et glande mammaire).

Substituts

73 alternatives au BPA existent, selon Marc Mortureux. « Il n’y a pas à ce stade un substitut universel qui se substituerait au BPA, mais des alternatives éprouvées selon les usages », déclare-t-il. Sans s’intéresser à la faisabilité industrielle, l’ANSES recense 21 familles de substituts pour le polycarbonate, 18 pour les contenants, et 34 pour le papier thermique. « Nous n’avons pas d’information sur toutes les substances, mais sur 50 tickets de caisse analysés, 1/3 ne contenaient ni BPA ni BPS », précise Dominique Gombert.

Recommandations

Suite à l’avis de 2011 de l’ANSES, la réglementation nationale avait interdit au 1er janvier 2013 le BPA dans les contenants alimentaires pour enfants en bas âge, et, au 1er janvier 2015, dans tous les contenants. « L’agence persiste et signe sur la nécessité de réduire l’exposition au BPA. La réglementation devrait conduire à des baisses significatives de l’exposition et à s’assurer de l’innocuité des substituts. Les données que nous avons sur les autres bisphénols ne permettent pas d’évaluer leur toxicité, mais l’agence n’encourage pas à les utiliser », avance Marc Mortureux.

La ministre de l’Ecologie Delphine Batho a annoncé qu’elle proposerait à la Commission européenne d’interdire le BPA dans les tickets thermiques.

L’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) devrait donner un avis sur les perturbateurs endocriniens (PE) à l’automne. Mais le débat scientifique continue sur les critères de définition des PE. L’ANSES espère la mise à jour d’un cadre commun avant la fin de l’année, avec notamment une révision critique des doses journalières admissibles (DJA) fixées par l’EFSA.

* Niveau de confiance modéré, dans une triple classification : limité

 COLINE GARRÉ
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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