Nouvelle preuve : les travailleurs viticoles victimes des insecticides organophosphorés

Nouvelle preuve : les travailleurs viticoles victimes des insecticides organophosphorés

29.03.2013
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Les viticulteurs qui ont été exposés pendant des années aux insecticides organophosphorés utilisés pour la protection des vignes présentent plus de troubles neurocomportementaux que les ouvriers agricoles non exposés : le risque triple pour le mevinphos fort heureusement interdit d’utilisation par l’Union européenne depuis 2003.

C’est la dernière conclusion de l’étude PHYTONER dont les résultats sont publiés dans l’American Journal of Epidemiology daté du 27 mars.

En tonnes, la France est le premier consommateur de pesticides au sein de l’Europe, et le 4e dans le monde. Les effets d’une exposition chronique s’avèrent très difficiles à mesurer car les composés disparaissent de l’organisme en 3 à 4 jours. Les organosphorés ont été soupçonnés d’entraîner des troubles au long cours sur la base de leur neurotoxicité aiguë.

Dans cette dernière analyse, l’équipe Inserm Santé Travail Environnement de Bordeaux a utilisé deux nouveaux outils, PESTIMAT et PESTEXPO, qui ont permis de beaucoup affiner l’exposition à ces substances toxiques, pour chaque personne interrogée. « On a essayé de définir au mieux l’exposition aux pesticides, en différenciant les tâches et les périodes, explique Isabelle Baldi, cosignataire de ce travail. Certaines tâches exposent plus que d’autres, comme le nettoyage du matériel à la fin du traitement ou les interventions directes en cas d’incident technique lors de l’épandage. »

La cohorte date de 1995, et concerne des sujets âgés de 40 à 55 qui ont travaillé dans les vignes au moins 1 000 heures par an, pendant 20 ans ou plus sans autre activité professionnelle. Cette dernière publication concerne 443 d’entre eux âgés de 54 ans en moyenne, à la 4e année de suivi (2002-2003) soumis à des questionnaires détaillés sur leurs activités professionnelles, et à 9 tests psychoneurologiques comparés à 171 ouvriers agricoles non exposés aux pesticides.

La durée moyenne d’exposition aux pesticides était de 33,5 ans : 13,3 % rapportent un épisode d’intoxication.

Pour analyse 11 composés organophosphorés ont été retenus (dont seuls 2 sont toujours commercialisés). L’exposition moyenne cumulée varie de 27 mg à 271 mg (les valeurs maximales allant de 75 mg à 865 mg). L’exposition versus la non-exposition est associée avec une moindre performance aux tests. Aucune relation dose effet n’est apparue mais une augmentation du risque est mise en évidence pour chaque palier de 50 mg de dose cumulée en particulier pour le mevinphos (RR : 3,26).

Les auteurs observent un lien entre l’exposition cumulée aux organophosphates et la performance aux tests (OR : 2,43 pour le MMSE avec le mevinphos), plus prononcé lors des tests de mémoire visuelle et la rapidité aux tests en particulier avec l’un des composés, le mevinphos (OR : 2,43 pour le MMSE).

L’exposition à cet anticholinestérasique interdit depuis 10 ans en France, et plus tôt dans d’autres pays, aurait été comprise entre 1 et 10 mg/jour soit un taux très supérieur à la valeur acceptée de 0,06 mg/j. Ses effets toxiques ne seraient pas seulement liés à l’inhibition de l’acétylcholinestérase mais au stress oxydatif et aux altérations de la neurotransmission.

Cognitive Disorder and Occupational Exposure to Organosphosphates : Results From the PHYTONER Study . 27 mars 2013

Dr ANNE TEYSSÉDOU-MAIRÉ
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 1 Commentaire
 
01.04.2013 à 07h06

« Voilà le haut de l'iceberg du nouveau scandale de santé publique français ; omerta nationale sur les pathologies induites par les pesticides ; organo phosphorés et atteintes neurologiques, oragnao-c Lire la suite

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