L’ordonnance de l’Académie de pharmacie contre les ruptures de stocks de médicaments

L’ordonnance de l’Académie de pharmacie contre les ruptures de stocks de médicaments

20.03.2013
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« 100 % des officines sont concernées par le phénomène des ruptures de stocks », constate Philippe Libermann, vice-président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques. Et tous les médicaments y sont exposés : anticancéreux, anticoagulants, vaccins, psychotropes, en formes génériques ou princeps.

Chaque jour, 5 % des références commandées en ville ne sont pas livrées et la moitié de ces interruptions se prolongent jusqu’à quatre jours. Les pharmacies hospitalières ne sont pas épargnées : ce sont même « 10 % des médicaments qui ont subi des ruptures d’approvisionnement en 2012, pour le groupe Henri-Mondor, note le Pr Alain Astier, qui dénombre 65 médicaments touchés pour des périodes plus ou moins prolongées. Dans certains cas, ajoute-t-il, les substitutions ne sont pas possibles, entraînant des pertes de chance chez certains patients. »

La délocalisation des fabrications en Asie

Lors d’une séance thématique organisée ce mercredi, l’Académie nationale de pharmacie a sonné l’alerte sur ces ruptures de stocks et d’approvisionnement. Divers facteurs économiques mondiaux sont pointés, en tête desquels la délocalisation des fabrications de matières actives à usage pharmaceutiques, 60 à 80 % d’entre elles étant désormais importées d’Asie, principalement de Chine et d’Inde (« Le Quotidien » du 14 mars). Des défaut de qualité repérés lors des inspections peuvent aussi interrompre les fournitures.

Fragilisent encore la « supply chain » du médicament les exportations parallèles effectuées par les distributeurs, les flux tendus qui restreignent de plus en plus les volumes des stocks, l’absence de ponts entre hôpital et officine en sortie d’hospitalisation, le nomadisme des patients, la multiplication du nombre des opérateurs et celle du nombre des références à gérer, ainsi que l’atomisation du marché. S’y ajoutent les arrêts de commercialisation.

Préavis de six mois

Pour en réduire les conséquences, les laboratoires doivent maintenant informer l’ANSM avec un préavis de six mois. D’autres dispositions ont été adoptées par les pouvoirs publics, comme l’obligation faite aux répartiteurs de couvrir les besoins des patients français (décret d’octobre 2012 sur la sécurité de l’approvisionnement), ou l’exigence de confirmation écrite de la conformité aux normes européennes, pour les pays producteurs hors UE (directive applicable au 1er juillet prochain).

L’Académie appelle les pouvoirs publics à aller plus loin. Elle réclame l’instauration d’un droit de substitution des traitements par le pharmacien, à l’exemple de ce qui a été décidé au Québec ; une meilleure coopération du binôme prescripteur-pharmacie ; l’établissement d’une liste de médicaments essentiels, qui permette d’orienter une nécessaire relocalisation de certaines chaînes de fabrication, en France et en Europe.

« Il faut engager une politique volontariste de relocalisation pour des principes actifs jugés, stratégiques, insiste Yves Juillet. C’est un enjeu de santé publique », assure le président de l’Académie de pharmacie, en qualifiant l’évolution observée ces dernières années de « préoccupante ».

Enquête exclusive sur les médicaments dans « le Quotidien » du 25 mars
« Le Quotidien » consacrera un dossier aux ruptures d’approvisionnement dans son édition de lundi 25 mars, avec notamment les chiffres inédits de l’AP-HP et les préconisations pour la filière pharmaceutique européenne.
CHRISTIAN DELAHAYE
Source : Lequotidiendumedecin.fr
Commenter 4 Commentaires
 
24.03.2013 à 10h35

« On se targue d'être indépendant sur le plan de l'énergie (centrales nucléaires) mais on s'aperçoit que ce n'est absolument le cas en ce qui concerne les produits pharmaceutiques. Lors du printemps Lire la suite

Répondre
 
22.03.2013 à 00h43

« "Il n'est jamais bon de jouer avec le feu"... Il semblerait que M.S.T et le directeur de la C.P.A.M continuent de le faire avec toutes les catégories de médecins confondus, s'imaginant peut-être qu' Lire la suite

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21.03.2013 à 09h36

« Quand la logique de profit prime sur la logique de sécurité et de santé publique, voilà une des conséquences... »

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20.03.2013 à 21h16

« Par économie on fait fabriquer ailleurs, on est pas sûr de la qualité, on crée du chômage chez nous.
Si on dépend bientôt des autres dans tous les domaines, en ayant commencé par l'énergie, en passa Lire la suite

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