Autoconservation des ovocytes : la congélation comme un défi au temps

Autoconservation des ovocytes : la congélation comme un défi au temps

28.12.2012
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La loi de bioéthique de juillet 2011 autorise l’autoconservation d’ovocytes pour raison médicale lorsque la fertilité d’une femme est menacée par un traitement stérilisant comme dans le cas d’un cancer. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) veut aller plus loin en demandant d’étendre cette autorisation à l’autoconservation sociétale.

« La congélation ovocytaire permettrait de figer le temps et de contrer le vieillissement. Cette utilisation libertaire va décharger les femmes de la contrainte de l’age », expliquait le Pr Renato Franchin, responsable de l’unité de procréation médicalement assistée (PMA) à l’hôpital Antoine-Béclère (Clamart). De son côté, le Dr Nelly Achour-Frydman, chef de service d’histologie-embryologie cytogénique, déclarait : « En tant que femme et en tant que praticien, je trouve assez injuste de se retrouver à 36-37 ans avec une fertilité en baisse. Injuste par rapport à l’homme qui peut concevoir jusqu’à 80 ans, injuste parce que la société a changé et qu’on demande à la femme de faire des études, de trouver un emploi, de s’installer. Le projet d’enfant arrive souvent tard. »

Congélation lente et vitrification

Les deux spécialistes s’exprimaient en novembre 2011 en plein débat sur la loi de bioéthique à l’occasion de l’annonce de la naissance des premiers bébés conçus après une congélation d’ovocytes en France. Ils dénonçaient alors le retard français en la matière – des centaines d’enfants dans le monde avaient déjà bénéficié du même procédé, et ce dès 1986. De plus, l’équipe de Béclère avait dû recourir à une congélation lente, la moins performante des deux techniques de cryoconservation d’ovocytes humaines aujourd’hui développées.

Une baisse très progressive de température comporte, en effet, un risque de formation de cristaux de glace et donc de destruction de structures cellulaires, en particulier des chromosomes. Depuis la fin des années 1990, une autre technique, ultrarapide, la vitrification, semble mieux préserver les fonctions ovocytaires avec un taux de survie de l’ordre de 90 % (contre 70 % pour la congélation lente).

En juillet 2011, la loi de bioéthique a fini par autoriser la vitrification des ovocytes pour raison médicale. Mais le débat est loin d’être clos. Le CNGOF s’est prononcé il y a quelques jours en faveur de l’autoconservation sociétale des ovocytes. « L’autoconservation de convenance est possible pour les hommes. Il n’y a pas de raison particulière pour que cela ne soit pas autorisé aux femmes », souligne le CNGOF.

C’est, avec le don d’ovocyte, la « seule méthode de traitement de l’infertilité réellement efficace à 40 ans et plus », insiste le Collège. De plus, par rapport au don d’ovocyte qui souffre d’une réelle pénurie en France, il présente l’avantage de permettre aux couples « d’utiliser leur propre capital génétique ».

Un chantage inacceptable.

Le collège dénonce par ailleurs une disposition de la loi de bioéthique qui prévoit l’autoconservation en dehors des cas où la fertilité est menacée par une chimiothérapie ou une radiothérapie mais qui la limite aux seules femmes qui accepteraient de donner une partie de leurs ovocytes (article 29)*. « Un tel chantage nous paraît éthiquement inacceptable », estiment les gynécologues-obstétriciens.

S’il rappelle que de nombreux pays acceptent déjà cette autoconservation de convenance, le CNGOF n’en minore pas les risques. En particulier, ceux liés aux grossesses tardives qui concernent la mère et l’enfant. Ces risques « augmentent dès 40 ans et sont majorés à 45 ans », précise-t-il. Il convient donc de ne pas « donner de faux espoir aux femmes ».

Compte tenu du déclin du taux de succès de l’AMP cyclique – 62 % dans le meilleur des cas – qui s’amorce à partir de 35 ans, le CNGOF propose de réaliser la conservation avant 35 ans. Quant au seuil à partir duquel l’autoconservation rendrait illusoire toute chance de grossesse, un groupe de travail doit encore se prononcer sur cet âge limite acceptable.

* Lorsqu’il est majeur, le donneur peut ne pas avoir procréé. Il se voit alors proposer le recueil et la conservation d’une partie de ses gamètes ou de ses tissus germinaux en vue d’une éventuelle réalisation ultérieure, à son bénéfice, d’une assistance médicale à la procréation.

 Dr LYDIA ARCHIMÈDE
Source : Lequotidiendumedecin.fr

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